Jean Régis PERRIN


 La route romaine de Rancon
au Clops de Villefavard




 les Côtes du Merle,
 Villard, station
gallo-romaine,
 la rivière Semme et la  montée de la Côte-Loube,
 le replat élevé du Clops de Villefavart.

Par delà deux mille ans d'histoire,
sur les landes où se réunissaient jadis Lémovices et Bituriges,
  les scories ferrugineuses des sidérurgistes gaulois,
colorent encore en rouge les longues chaussées
des voies de circulation.

Septième et dernière étape








     












   Au-dessus des Chômes, la vignette n° 3 (ci-dessous et ci-dessus) nous rappelle le passage est-ouest de la vieille voie du Breuil de Morterolles au Pont du Bouchaud que nous avons sommairement étudiée sur le site "limousin-archeo-aero" page "une viree de galerne". Jusqu'au XIXe siècle elle était encore - à quelques mètres près - la vieille route de Bellac à Châteauponsac, jusqu'à ce que l'exploitation des gisements d'argile ne la détourne vers le sud.
   Précisément, la traversée des "adillères" - gisements d'argile ("ardil") - selon  les vocables employés par les maçons marchois jusqu'à la première moitié du XXe siècle - au sol bouleversé par les excavations, réserve de beaux points de vue en période humide.
  Lichens et genêts au passage  de la voie (photos 3 bis).   






 Une haute levée de terre en sortie nord de la zone, recouvre manifestement la chaussée antique conservée et exhaussée par le dépôt  des terres végétales décapées pour atteindre le sous-sol argileux (photo 4).

  La photo n° 5 illustrant la suite immédiate du cliché 4 (voir le photo-plan GOOGLE ci-dessus) ranime un réel problème : il est fréquent que nous repérions des indices qui montrent à quel point les voies antiques pouvaient être des constructions monumentales. Il s'agit dans ces cas-là de l'emprise totale de la voie, d'un fossé à l'autre : 30 mètres ne sont pas rares.
  A d'autres moments comme ici (photo 5) et parfois sur la même voie, l'emprise est considérablement plus étroite. Nous pensons que le pillage des voies, dans les temps qui ont marqué la décadence de l'Empire et les siècles qui ont suivi, ne s'est pas effectué de façon uniforme. Dans le cas présent, la chaussée aurait pu être simplement écaillée pour permettre une précaire récupération agricole du sol. Par contre l'enlèvement des grosses margines, pierres posées de chant sur les rives de la chaussée, recherchées tant pour la construction que par souci de débarrasser le sol d'éléments encombrants, aurait laissé d'importantes fondrières.
  Les fouilles alors se seraient remplies naturellement d'éléments meubles tantôt favorisant la bonne venue d'arbres de rapport ou subsistant en tant que longues lignes de dépression toujours perceptibles malgré des siècles de façons culturales (voir également le cliché 3 et le cliché Google ci-dessus) .  


Et puis, abandonnée dans les champs d'argile,  l'épave d'une "haveuse" à godets, parce que c'est aussi de l'histoire et parce qu'elle était là.




 La photo oblique ci-dessus illustre la complexité du canevas des routes antiques sur l'interfluve entre Gartempe et Semme.


Aperçu :  la voie tourmentée  du Breuil de Morterolles
vers le Pont du Bouchaud
, par Châteauponsac, le Verger, Monsac . . . .


 
   Mais puisque nous en sommes là, profitons-en pour apporter ci-dessous, deux images supplémentaires à cette voie est-ouest que nous avons peut-être   trop sommairement évoquée dans notre page précédente bien que davantage décrite dans celle dénommée "une viree de galerne", site "limousin-archeo-aero".

              

      L'inflexion d'évitement vers le sud du tracé restitué en couleur orangée, au niveau du sanctuaire gaulois du Verger (carré : vierekschanze), assignerait à cette voie une origine pré-romaine. Le vieux sanctuaire ou la voie  qui passait à proximité ont généré un incroyable cailloutis dans la parcelle cultivée qui les sépare (points rouges).
   En contrebas, l'aire rituelle qui a remplacé le vieux sanctuaire (teinte rouge surimposée), semble davantage en adéquation avec le tracé rouge qui serait  en bonne logique, plus tardif donc antique.



   En tout état de cause  nous pensons que ces voies transverses, dont l'emprise reste très étroite par rapport aux voies nord-sud que nous relevons dans le voisinage immédiat, pourraient être des pistes gauloises ravaudées à moindres frais selon les techniques romaines des premiers siècles de la conquête.



Plus loin, ce vieil itinéraire passera près des hameaux de Monsac et de Labastide, desservis par une courte bifurcation.
Nous pourrions avoir là les restes du départ d'une voie en direction du Dorat puis du Poitou par les Quènes
et le gué antique de la Caille sur la Brame, le Chiron, Lathus . . .
Ce serait une alternative à un départ au niveau du village des Egaux évoquée ci-dessous sur le document IGN de 1950.

Mais d'autres options peuvent prendre corps à partir de la profusion de documents que notre époque nous permet de consulter.

                           
De Villard au Clops de Villefavard



  Nous venons de voir comment notre voie antique avait eu pour lointain et approximatif  héritier un chemin creux  utilisé aujourd'hui par les randonneurs et dont le tracé  loin des servitudes du passé, pouvait se montrer plus radical (tracé rappelé en vert sur le cliché synoptique Google supra : montée des Côtes du Merle jusqu'à la D 25)).
  Car après la ruine de la voie et dans un contexte géopolitique dégradé, un chemin fruste, prit le relais pour des besoins vernaculaires .  Encore chemin il  est venu à travers les siècles s'estomper au seuil de notre époque moderne. Devenu plus loin route nouvelle, le XIXe siècle l'appelait encore "chemin  de Rancon à Villefavard".
  A l'approche de Villard, un décaissement  parallèle à la petite route en cul-de-sac  de desserte du village, induit une  petite inflexion  de la voie antique.

    De plus et sitôt cette dépression récupérée par la petite route actuelle que l'accès se poursuit dans une tranchée routière qui échancre un léger relief arboré qui  fermait le passage (flèches affrontées, site repéré 1 ci-dessus et petite photo 1 ci-contre).
   Sous Villard, l'analyse de la première partie du versant vers la Semme nous permit de revenir à l'orientation globale de notre route. Passée l'ancienne voie du chemin de fer et à l'époque de nos prospections, mon chien   refusa catégoriquement d'aller plus avant sur un terrain  fortement pentu et selon lui, devenu totalement impraticable (photo 2).





Il restait alors à aller rechercher le passage d'eau en prospectant la rivière Semme en aval du Moulin de Villefavard.
   Sur l'autre rive, il ne fut pas utile de descendre jusque-à la rivière : à mi-pente la belle tranchée routière montante de la Côte-Loube ne laissait déjà plus aucun doute sur la suite du parcours antique (panoramiques n° 3 ci-dessus).  
  A noter en particulier en remontant vers le Meynieux, la double inflexion de la petite route du Moulin (parcours en baïonnette) pour négocier, lors de sa création à une date aussi vague que reculée , la traversée de la haute chaussée résiduelle de la voie romaine (étoile rouge ci-dessous).

  Remarqué également en parcourant un vieux chemin transverse entre le Meynieux et la Solitude (photo 4), la dépression en jonchère laissée  par la voie au milieu d'une prairie :  observez au fond du champ, les touffes de noisetiers (pointe de flèche rouge) qui colonisent localement les haies au droit du passage des voies antiques (les sols frais). Plus claires,   des cépées de saules se remarqueront ailleurs  lorsque l'imprégnation hydrique sera plus constante et abondante.



 




    La ligne de faîte montante nous avait conduit au village du CLOPS . . .
   La cote d'altitude 300  marque toujours le passage
vers le nord, depuis au moins 2000 ans . C'est ici la fin de notre contribution  au repérage contrôlé de cette longue trace routière jusque-là inconnue, qui nous est venue par monts et par vaux de Limoges/Augustoritum par les hauts-lieux, protohistoriques et antiques, de St Gence et de Rancon.



   

  INTERMEDE 


    Anachronismes et vieilles dentelles ?
    Il y a 160 ans . . . M. de Beaufort
   Il y a 160 ans - nous en avons longuement parlé dès la première page de ce site - M. de BEAUFORT passait par là : il étudiait  un itinéraire antique qui, selon lui , venait de Saintes et qui se dirigeait vers Argenton-sur-Creuse.

  Campé sur notre terminus du Clops de Villefavard, nous relevons avec quelque étonnement le passage d'Elie de Beaufort en 1850,  à la ferme de la Commanderie, commune de Droux, à 2300 mètres dans l'ouest-nord-ouest du Clops.

    La Commanderie : on sait que ce toponyme qualifiait au Moyen-Age, un hospice élevé à proximité d'une route et destiné à apporter une aide temporelle et  spirituelle aux voyageurs, marcheurs et  rouliers exposés aux vicissitudes du voyage.

  Ces établissements furent créés au plus tôt au XIIe siècle - dans la mouvance des Croisades - par des  moines-soldats
relevant de confréries de Templiers, Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem,  Ordre de Malte . . .

 Nous avons raconté plus haut dans le présent site, (page "voie de St Gence à Taillac") comment nous avons été grossièrement et très approximativement plagié à seule fin de se prévaloir d'une antériorité d'étude sur cet itinéraire antique.

   Dans l'ouvrage de 2002  "Travaux d'Archéologie Limousine", l'auteur de "Proposition de tracé pour une voie romaine d'Augustoritum à Argentomagus" après avoir outrepassé  Rancon à fond de ravin (Rancon antique outragé !)  n'a pas compris dans la planimétrie de l'agglomération, pas plus que dans la topographie de la rive droite de la Gartempe, l'évidence d'une dualité de voies antiques divergentes. Malheureusement, ici comme ailleurs,  l'intérêt historique de la publication est nul et  l'intoxication  du public maximale pour plusieurs décennies.

   Ayant épuisé comme guide, notre travail succintement résumé, notre suiveur s'est alors inspiré  de très près comme nous l'avons dit plus haut, des travaux de M. Elie de Beaufort et s'est retrouvé à son tour et 160 années plus tard à la ferme de la Commanderie.


   
 . . . au plus tôt au XIIe siècle . . .

 
Ainsi donc, ces grandes voies romaines que nous étudions, auraient pu survivre  à  12 siècles d'incurie, d'exactions, de déprédations, de faits de cupidité et d'hostilités forcenées - bref, à 12 siècles d'histoire - et  fomenter encore au bout de ce temps, sur leur assise pillée et devenue impraticable, des établissements hospitaliers !

   La vérité est sans doute plus terne :  les  voies  romaines , dévolues essentiellement aux besoins des Légions et de l'administration romaine, plus grandioses et somptuaires que réellement adaptées à des trajets ordinaires,  commencèrent  à péricliter  faute d'entretien, dès avant  la fin de l'Empire. On dut alors sans doute et progressivement se résoudre à se déplacer - dangereusement - sur des pistes ni  instituées ni véritablement élaborées et donc simplement créées par l'usage : des "cheminements" plutôt que des chemins.
Les passages les plus propices furent souvent aménagés et contrôlés par des potentats locaux  avides de péages et de rapines .  
  Nous  touchons là à la grande précarité voire à la quasi inexistence d'un  héritage routier que nous aurait laissé l'époque antique. Cependant et par exception, il nous arrive parfois de  remarquer   que malgré l'usure du temps, quelques courts morceaux de nos routes actuelles, quelques lambeaux de vieux chemins ruraux conservés,  circulent encore  sur d'anciens  bas-côtés  de  voies antiques définitivement ruinées mais que d'infimes restes et dépôts d'épierrement peuvent encore sauver de l'oubli. Et il arrive, de loin en loin, que des chaos de blocs énormes abandonnés non loin des chaussées, témoignent des travaux des carriers-concasseurs qui alimentaient les chantiers routiers de ces hautes époques.

    Et alors ? La Commanderie ?

  Nous y voilà : quelques siècles encore et les puissants ressorts que furent l'instauration de nouveaux centres de décision, sièges d'un nouveau pouvoir disposant de gens de guerre et voulant profiter du commerce, suscitèrent  le tracé de  grands chemins - soumis encore à toutes les vicissitudes, y compris celles des riverains. Déjà un début d'héritage dont nous conservons peut-être quelques traces.
  Et la charité chrétienne agissante y  posa a son tour  ses propres   jalons. C'était de loin en loin, des lieux d'accueil  que nous restituent des toponymes tels que :  l'Hôpital, la Maladrerie, la Commanderie . . . Exception notable, nous le savons,  il arrive que des "Maison-Dieu" tirent leur origine de relais antiques qui ont prolongé leur vocation jusqu'au XIXe siècle.
 
   Dans l'immense majorité des cas, il faudra encore attendre la fin du Moyen-Age  pour qu'une véritable autorité régalienne  commence à saisir l'intérêt et se donne les moyens  de parfaire, un semblant de réseau routier. Et nous sommes toujours dans cette mouvance : il suffit de remonter au cadastre napoléonien (autour de 1820), sur lequel nous ne reconnaissons déjà plus notre environnement présent, pour prendre conscience de l'énorme travail de voirie qui a été fait  durant les XIXe et  XXe siècles.

   Elie de Beaufort va alors décrire  un long itinéraire orienté en moyenne, vers le nord-nord-est car on venait déjà à cette époque, de faire trouvaille  de la partie supérieure d'une borne routière antique à St Léger-Magnazeix.

   Plus loin, il fut  conduit à l'approche  de la 
Benaize par une  série de toponymes routiers  tels "le Chemin ferré (via ferrata)" et "le Chemin de César", qui l'amèneront au gué de Chez-Palant, non loin de Jouac.



Des chaussées de scories rouges provenant de la fonte
 du minerai de fer dans les bas-fourneaux gaulois
 
 
C'est alors qu'en suivant de place en place  les restes espacés  de scories ferrugineuses s'étirant au travers des labours comme une  longue série d'indices objectivement incontournables dont nous venons après lui,  de retrouver la trace sur des photos aériennes, il trouva une aide puissante et sûre pour poursuivre son trajet antique jusqu'à  Chaillac.

 Ce faisant Elie de BEAUFORT entrait dans une dialectique encore et trop souvent méconnue des rares chercheurs, qui était celle de l'ingénieur romain : aller chercher l'entrée d'un terroir entre deux têtes de source de telle façon que désormais -  marchant à  distance entre  le cours de deux  eaux - il pourrait atteindre sa prochaine étape, ici il s'agissait de Chaillac, sans rencontrer aucun ruisseau. Et au pire n'avoir qu'un gué à passer, sur le ruisseau principal, pour continuer sa route.

   Monsieur de BEAUFORT manqua de repère en cours de route et fut obligé de se mouiller les pieds quelque part entre Les Loges et Bois-Joli. Mais il atteignit bellement la Buissonnière par un large chemin miraculeusement conservé.  Des limites de parcelles lui suggèrèrent de laisser Chaillac  à sa droite.
   Nous y sommes après lui et nous n'irons pas plus loin ! 
   Nous avons déjà  beaucoup empiété sur les terres des  Gaulois Bituriges !




Vus d'en haut :
                 commentaires et échantillonnage d'indices antiques
               ou historiques repérés sur photos aériennes, dans la mouvance
                d'une voie antique  présumée, au nord de St Léger-Magnazeix.

   Nous avons survolé virtuellement  sur notre écran, avec les photos de l'internet (Géoportail IGN et GOOGLE-EARTH ) une grande bande de terrain entre Villefavart-le Clops et la limite entre les départements de la Haute-Vienne et de l'Indre.
  Un exercice précurseur qui devait éventuellement guider  une prospection au sol poussée jusqu'aux limites de notre département. Dans un premier temps,  nous n'avons recueilli aucun fait visuel flagrant - mais on sait que les images explicites sont rares.  
   Par contre il était possible de retenir de nombreux points de passage potentiel pour orienter l'enquête de terrain qui finalement n'eut jamais lieu.

   Quant au trajet proposé par la publication de Travaux d'Archéologie Limousine, tome 22 (2002), la forte tendance ondoyante et tourmentée du tracé publié   ne  dément pas celle remarquée depuis St Gence : comme une sinusoïde qui aurait subi les derniers outrages.

   Revoir notre page " La Voie de Rancon et autres lieux : de Limoges à St Gence" (index.html, page d'accueil, même site).

     
         Quelques jalons sérieux
    venus d'ailleurs

  
   Les routes historiques, des meilleures aux pires,  convergent et finissent souvent par se confondre à l'approche d'un lieu d'étape désigné par un signe irréfutable.
   Et le bourg de St Léger présente en effet la forte probabilité d'être né de la proximité  d'une voie romaine : un morceau de colonne  inscrite  y fut découvert au XIXe siècle.

  Après avoir subi bien des vicissitudes on vient de s'apercevoir que cet élément conservé constituait la partie haute d'une embase de borne sortie récement d'un fossé (1985) où elle avait dû basculer il y a fort longtemps, à peu de distance du bourg  : Travaux d'Archéologie Limousine, tome 29, 2009, pages 55 à 68.

   Du coup, cette trouvaille isolée  complétant heureusement une découverte ancienne, apporta aux auteurs 
(MM. BRUN, DESBORDES et FACQ) la quasi-certitude qu'une voie antique circulait bien ici, sur un axe sud-nord, à 750 mètres dans l'est de St Léger.
   Et ce point critique d'implantation ponctue ainsi une direction de circulation antique déjà fortement présumée par un toponyme en situation au sud : la ferme de la Chaussade, pendant que, plus loin au nord, des appellations telles que "le Chemin Ferré" près de Ménussac (via ferrata), puis "le Chemin de César" qui de la Bottière, plonge vers la Benaize, confirment le passage antique .

   Dans le même temps de la découverte de l'embase de borne, il fut observé une tranchée routière au sud près d'un ancien passage traversier du Ruisseau-du-Ris et au nord et toujours sur le même axe, une photo de GOOGLE-EARTH décrit à n'en pas douter une trace de  voie conforme dans un labour (photo ci-dessous).  

     T
outes les photos lisibles que nous avons pu recueillir nous montrent une petite voie sans bas-côtés appréciables et de moins d'une vingtaine de mètres d'assise hors-tout . . . (fossés compris). Mais, nous l'avons déjà dit, on ne sait pas toujours ce que montrent exactement  les images : lignes de margines ou traces de fossés.

  En conséquence cependant,  l'itinéraire antique proposé par Travaux d'Archéologie Limousine (2002) autour de St Léger-Magnazeix, heureusement amendé et rectifié par les travaux de 2009,  prend soudain une allure de véracité qu'on ne lui avait pas encore connue depuis St Gence.
   Ce court tronçon de voie constitue un exemple remarquable des résultats que l'on obtient quand la prospection redescend sur terre (!) pour prendre en compte hors de toutes  supputations effrénées,  une ligne de constats matériels concordants.


  Ajoutons au crédit de cette découverte et aux travaux d'interprétation plus anciens qui lui sont liés que la borne présente une dédicace lisible qui situerait la construction de la route ( ou sa réfection éventuelle ) sous le court imperium de Tétricus le père soit, à dire d'expert, vers le début de l'an 274 de notre ère. 
 


Les Gaulois au nord de la Benaize !




   C'est ici, sur cette courte approche de la rivière Benaize (un chemin anciennement connu sous le nom de "Chemin de César") que nous avons retrouvé encore inscrites dans les labours et au-delà de toute espérance, les propositions formulées il y a 160 ans par Elie de BEAUFORT.

   Cela commence donc au sud par une petite route, mi-chemin rural, qui aborde la rivière Benaize.
   Passé le gué ou le pont, une tranchée routière  paraît émerger des bois de rive. Une voie en part et s'individualise par un arbre relique au milieu d'une parcelle. Passé le chemin de desserte de Chez-Palant, une haie prend le relais.Puis des traces apparaissent dans un labour .  Plus loin, vers le nord, les restes de la chaussée antique ont servi à asseoir la levée de terre d'un étang moderne : l'étang Luque.

   La voie s'inscrit alors en continuité apparente, sur les photos aériennes de l'IGN et de Google. A quelques minuscules écarts près, ce sont ces restes rouges de chaussées antiques qui  conduisirent Elie de Beaufort en 1850, jusqu'à Chaillac, à 10 kilomètres de là .  
   Les photos modernes heureusement complétées par d'autres plus anciennes (1950), nous restituent ce parcours   par des longs rubans  de scories, déchets sans doute issus d'une activité sidérurgique artisanale dans laquelle nos ancêtres gaulois excellaient.
  Ces scories métalliques couleur rouille qui dessinent de longues lanières continues au tracé très fluide, colorent encore les terres malgré 2000 ans de brassage par les labours. Une diffusion au fil des siècles par les façons culturales, a sans doute sensiblement élargi leur emprise.

  Revenant en arrière et sitôt passé  la Benaize, nous constatons qu'une autre et très forte  tranchée s'incruste dans le sol et remonte tout droit dans la pente sur 400 mètres, en divergeant vers l'est d'une trentaine de degrés. Nous serions alors devant une bifurcation.
  Seulement voilà : passée la petite Départementale 105, à hauteur des Plaignes et sur un terrain pourtant favorable ici ou plus loin, aux révélations de chemins antiques, nous n'avons plus retrouvé aucune autre trace aussi loin que nous ayions porté  l'investigation.

   Alors, un coup pour rien Monsieur le Romain ?
   Déjà, sur la présente voie, à Villechenoux  (nord de Nantiat), une monumentale tranchée routière fut un jour décaissée par un ingénieur romain. A mi-pente on s'aperçut qu'une tête de source et un ruisseau barraient le passage. Il fallut trouver autre chose et ce ne fut pas une mince affaire.






        Structures et traces

 

  On notera également sur les photos  le regain d'intérêt qu'apportent quelques témoignages d'une activité humaine dans le large environnement de la route antique (photos ci-dessous).  
 C'est d'abord et sur des photos en noir-et-blanc, une suite de traces qui prolongent la révélation des chaussées rouges d'Elie de Beaufort jusqu'aux portes de Chaillac.
Mais également des labours constellés de macules sombres et un nom générique "les Cribledis" qui s'y rapportent à l'évidence.
 
 Bois de la Reine, Bois aux Dames, Bois rond . . . des toponymes boisés. La Minière, la Petite Forge, Chez Pierre de Forges . . . peuvent témoigner de l'intérêt qui fut  porté ici à une  métallurgie artisanale du fer et sans aucun doute poursuivie bien longtemps après les gaulois.
   Voire même les Rochères, la Terrière, les Sablons . . . qui pourraient être reliés à des travaux de recherche du minerai.




Sur le lieu de confront actuel des départements de la Haute-Vienne et de l'Indre, aux milieu des landes, on remarque une trace semi-circulaire qui s'appuie sur un diamètre légèrement décalé.

   Nous n'éviterons pas l'allusion aux lieux  de rencontre - equoranda : "les terres du milieu" - entre Lémovices d'Augustoritum (Limoges et sa large région )  et Bituriges-Cubi d'Avaricum (Bourges et autres pays d'alentour), qui se réunissaient dit-on à dates fixes  sur leur frontière commune pour règler leurs accords et leurs différents, se défier en joutes guerrières et certainement ripailler !


     
   Il est étonnant que cette trace assurément très ancienne, s'inscrive dans un retour d'angle limousin (lémovique ?) de la ligne de partage entre les deux départements.

   Toute généralisation abusive mise à part, nous aurions là sur le cours de deux millénaires et plus, un exemple de pérennité de limites administratives.

   A l'inverse, le cliché IGN récent (à gauche) est muet sur ces très vieux aménagements mais à la faveur d'une culture  fine et d'une circonstance météo favorable, il nous décrit une emprise hors-tout de la voie antique d'une grande crédibilité (étoile rouge).
   
   Plus loin, le toponyme "Bois-Rond" pourrait cacher d'autres rondeurs.

 


"Les Cribledis"



   Le toponyme évoque ces champs criblés de macules plus sombres et sans doute rouges, s'il s'agit comme nous le pensons de terres  rubéfiées par la chaleur ainsi que des brisures de l'argile recuite des bas-fourneaux et de mâchefers oxydés par la chaleur (les scories).
   Nous croyons savoir que les premiers bas-fourneaux  de la protohistoire étaient  démolis dès  la fin de la première chauffe pour récupérer  la loupe de fer fondu, prisonnière des scories . Et l'on rebâtissait un nouveau fourneau . . .
Dans d'autres contrées, des signes semblables dans les labours ou les cultures ont pu être interprétés comme des excavations dans le calcaire pour rechercher les rognons de silex d'où l'on tirait les premiers outils des Ages de Pierre. Mais ici, les scories rouges des très vieilles routes voisines de Chaillac, infirment cette option.


  Il n'est pas davantage plausible que  de petites et éventuelles excavations (maintenant comblées), puissent avoir été des  puits de mine.
 Enfin ces espaces frontaliers entre peuples de l'Age du Fer (Lémovices, Bituriges et Pictons), situés sur des zones de contact géologiques entre les vieilles roches hercyniennes du Massif-Central et les roches sédimentaires du Poitou, ont vu se perpétuer au cours du temps une activité sidérurgique artisanale alimentée  tant par des minerais de surface que par le charbon des forêts d'alentour.

  Dans la page "gaulois et gallo romains.html" de notre site "limousin-archeo-aero.fr" nous avons fait état d'une récolte fortuite de minerai sous la forme de gros nodules d'un poudingue ferrugineux dénommé autrefois "bétain", sur des terres de lande gorgées d'eau, dans deux communes de Haute-Vienne, aux confins du Poitou.

   Ici, un petit enclos  carré figure au milieu de la zone d'activités.

  Une zone,
les Cribledis ( les terres criblées de ... taches, de trous ?) terme issu de l'ancien dialecte local, comme l'aigadis, le renfermedis, le plantadis . . .  Mais il en existe d'autres  que la couverture photographique IGN nous démasque et d'autres encore  que la toponymie  nous suggère. 
       

L'approche de Chaillac     


   On pourrait penser que la voie d'origine est celle qui a le plus marqué le paysage : voyez ses ondulations encore soulignées par des haies et son emprise conservée jusqu'à son arrivée au village de la Buissonnière.
  Néanmoins un détail nous pose un réel problème : un ingénieur romain responsable aurait hésité à  établir une route si près d'un ruisseau et qui plus est, en parallèle ( tracé fléché jaune) et sur une distance relativement longue.

  Aussi nous ne pouvons écarter l'idée que la voie d'origine serait celle encore marquée par les traces de scories ferrugineuses (flèches rouges).
  Le passage ondoyant au plus près du ruisseau (tracé jaune), serait alors un itinéraire postérieur, construit ou créé par l'usage, un diverticule destiné à libérer les hautes terres, plus propices à la culture.




  Mais déjà on a pu  se demander, en visualisant l'ensemble du parcours de la Benaize à Chaillac, la raison d'une subtile inflexion  vers l'ouest au niveau des Loges : il s'agissait en fait, de contourner d'aussi loin que possible  la double proximité de la tête de source du Ruisseau des Chardons, près de Beaulieu et du ruisseau des Loges (voyez votre carte IGN, série bleue).
  Et d'aller du même coup faire passer la voie entre les têtes de source du Ruisseau des Loges et du Ruisseau de l'Allemette (photos).
 
  Et ainsi de joindre Chaillac sans s'être jamais exposé à subir des crues soudaines  et à s'être tenu le plus loin possible des miasmes paludéens  qui émanent des vases  des fonds de vallée !
 
                Le romain redoutait les traîtrises de la terre et des eaux, le gaulois se méfiait du ciel.