Jean Régis PERRIN     

La  voie  antique  de  Limoges  à  Rancon  

et  autres  lieux 
Deuxième  étape  : de  St-Gence  à  Taillac











 Image de  gauche, au premier plan, au centre, venant du bas de l'image  :
   - trace d'une voie probablement antique, se dirigeant vers le parvis de l'église. La flèche rouge prolonge de façon non équivoque, un indice de voie sortant d'un gué sur le ruisseau de Puy-Boursault et venant probablement  de Nieul ?
    L'indice ne doit pas être confondu avec :
     -  la limite biaise de la parcelle de l'ancienne école communale (étoile rouge et tracé jaune ) qui bordait la route de l'Ancien-Régime venant de Nieul . Hormis cette limite de parcelle, elle n'a laissé aucune trace.

     -   Une forte probabilité de retrouver sous la route de la Celle, plongeant vers un édifice antérieur à l'église actuelle, une liaison protohistorique et antique avec La Chatrusse (coin supérieur gauche). Voir l'argumentaire ci-dessous sous le titre : photo de droite.

    -  Un chenal surchargé en bleu stérilisant des anciens méandres de la Glane et créant des bras morts : c'est un aménagement moderne.

     -  En médiane traversière rouge sud-nord du cliché, la voie antique vers Rancon et autres lieux.

    Photo de gauche encore :

     -  Redite d'un aperçu sur la pérennité des traces des voies antiques ou anciennes.  

   Dans la parcelle en labour (teinte claire) dite "Les Pâtureaux",  la trace à peine visible de la vieille route de l'Ancien-Régime, sans doute très  fruste ( 3 points jaunes dans le labour) venant de la Gagnerie et se prolongeant en courbe vers le Rabaud (tracé non romano-compatible) montre une trace si insignifiante qu'elle a dû être emportée par les décapages des fouilleurs  de maisons gauloises sur cette parcelle. Ils ne l'ont sans doute pas vue et ceci est tout à fait normal : elle avait sans doute été formée par quelques pelletées de cailloux jetées sur la terre et damées par le passage. Même après quelques siècles d'usage, la matérialité des restes de tels aménagements n'a pas résisté aux labours après leur abandon. Dans des circonstances météorologiques favorables, l'observation aérienne restitue cependant le passage de l'ancienne voie par une variation à peine sensible de la couleur du sol.

   Autre exemple : après un usage également pluri-séculaire, le site de la voie antique de Limoges au Gué de Verthamont, ruinée, pillée et sans doute abandonnée depuis plus d'un millénaire, vient d'être coupée lors de la construction d'un établissement hospitalier. La coupe, minutieusement examinée sur quelques mètres et à plusieurs reprises, ne nous a jamais montré aucun signe remarquable et distinctif qui trancherait sur la suite des terrassements. Mais nous avions relevé sa trace très nette (trop nette !) par observation aérienne, au même endroit précis, sur une culture herbacée, quelques années auparavant : "limousin-archeo-aero.fr", page "Itinéraires de l'ouest et du sud-ouest", paragraphe "voie précoce par le gué du Haut-Verthamont", photo "Le Roussillon".

   Les modifications physico-chimiques des sols même remaniés, au droit des anciennes emprises routières, sont pérennes.

Double image ci-dessus :
   Nouvelle facette encore, au rang de ces  petites choses : le tracé en chicane qui fut imposé lors de sa création tardive, à la vieille route de l'Ancien-Régime (encore ! La Gagnerie au Pont du Rabaud : tiretés et pointillés jaunes) par un tracé préexistant, plus important et plus solide (voie ravaudée à la mode romaine ?), venant de la Celle et aboutissant au cimetière actuel : la chronologie de ces itinéraires pourrait bien être résumée dans notre  cercle jaune.
       
    Faut-il encore avoir pris le temps d'apprendre à lire un paysage aérien historique. Reprenons ! Ici, à un moment indéterminé de l'Ancien-Régime (monarchie), une route en cours de construction pour des besoins nouveaux, vient buter contre la haute accumulation pierreuse d'une ancienne chaussée romaine.
  On cherche un créneau praticable pour franchir l'obstacle à moindre frais. Quitte à aller le chercher à une dizaine de mètres à droite ou à gauche; puis on reprendra l'orientation prévue : l'incurie des usagers fixera l'anomalie  des siècles durant et elle viendra jusqu'à nous.



 La voie en rase campagne.



    Après avoir coupé la route du Châtenet, la route antique va nous permettre de découvrir le  petit fanum de Senon, relié à la ligne de crête qui porte le village, par un étroit sentier qui franchit un maigre ruisseau sur un pont de pelouse. Le fanum pourrait être posé sur une terrasse débordante (?) : quelques images le suggèrent.

     A noter qu'entre le fanum et l'actuel village de Senon, existent de très nombreux indices de peuplement protohistorique sous forme de linéaments, angles de possibles enclos, petits chemins étroits etc . . .

    Quelques dizaines de mètres plus loin, antérieurement à la tempête de 1999 et aux débardages qui s'en sont suivis, la voie principale atteignait la place d'une bifurcation pavée de façon très soignée à petits cailloux jointifs (demi-cercle rouge, après le fanum,  ci-dessous).
   

    La trace de la voie secondaire "déférente", réapparaît sur nos photos, dans une terre de culture : on pourrait la croire moderne si son module n'excédait de beaucoup la largeur des engins agricoles modernes. Nous n'avons pas pu la retrouver au-delà de la petite Départementale 128 de Senon à Peyrilhac qui occupe la ligne de crête.
 









    Après avoir cotoyé de très près un enclos carré entouré d'arbres (triangle rouge), dont le fort dévers vers le ruisseau ne nous dit rien de bon,  la voie de Rancon bien inscrite dans le paysage, va aborder un premier gué sans problème en limite de prairie. Nous observons alors sur une petite éminence, un dépôt de pierres ouvrées dont l'origine très ancienne est probable (triade de points rouges).
   Vient alors la traversée d'un marais créé par les multiples bras d'un affluent de la Chambarrière.  



   C'est alors qu'intervient le constat le moins évident de cette traversée : sur plus de 60 mètres, la chaussée a dû être surélevée et se présente actuellement à fleur d'eau du côté amont. Aux temps antiques, il y eut ici un pont : un jour les chenaux colmatés ont fait barrage à l'écoulement de l'eau créant l'enfouissement de la chaussée sous la vase accumulée.

       "Charbonnier est maître chez lui !"

   On sait  pour l'avoir observé ailleurs, que certaines  voies  furent ainsi contraintes de circuler sans raison apparente, dans un environnement très défavorable.
  Alors, nous nous sommes posé des questions. Nous  avons  déjà  commenté  certaines facettes, certains traits dévoilés des relations entre un fonctionnaire ou un technicien romain chargé des voies et un notable gaulois qui voulait rester patron en son village : nous suggérons qu' ici et ailleurs le romain, fut parfois obligé de passer au large de la ligne de crête convoitée !  


          Chef gaulois vaincu peut-être, mais toujours "vergobret" en son village.

   Comprendre ces photos, c'est probablement accéder à un tout petit supplément d'histoire mais il faut être là précisément et être déjà inscrit dans une problèmatique qui s'éclaire ainsi petit à petit.
 
   C'est encore cela la leçon du terrain  !





Entre Peyrilhac et Nieul,
des rencontres rares :

une villa agricole gallo-romaine, Traschaussade,
un petit édifice en tête de vallon,
 une taverne sur la crête, Maison-Rouge,
et un village, Fourcelas, qui nous aiguille sur une nouvelle voie inattendue
mais qui va très vite, s'évanouir dans le paysage . . .
et beaucoup d'autres choses.




 
   Trachaussade, c'est littéralement en occitan "la ferme de l'autre côté de la grand-route" (la voie romaine) : une langue occitane qui succéda au gaulois qui lui-même, aidé par le latin, avait déjà créé le roman : la langue romane.
   C'est dire qu'entre la création d'une ferme par des cultivateurs de l'Age-du-Fer et le nom qui lui a été donné il y a à peine quelques siècles, un énorme morceau d'histoire nous échappe totalement.
   "Chaussade" . . . Il s'agit bien de la voie romaine bien sûr ou ce qu'il en restait, car rien de pareil n'a jamais existé dans nos terres limousines depuis la lointaine époque des gaulois indépendants et jusqu'aux derniers temps de l'Ancien-Régime (monarchie).

   Chaussade,  le toponyme remonte au plus tôt à l'apparition de l'occitan dans notre région : l'occitan, la "langue d'au".
   Car autrefois, les patoisants de mon village (c'est à dire tout le monde) répondaient invariablement - "au !" à toute interpellation, c'est à dire -" oui je vous entends ! Quel est votre message "?
    Et personne à ma connaissance ne s'est jamais avisé dans nos campagnes, que ce
"au !" guttural  toujours employé, ait jamais voulu dire "oui", le oui sémantique que les aviateurs et les militaires ont remplacé par le vocable "affirmatif !" pour qu'on ne le confonde pas avec un grognement évasif.
   Et pourtant !
  Je doute cependant qu'il se soit jamais prononcé "oque", en Limousin.
 
   Mais, revenons à l'agriculture : la ferme de Trachaussade trahit son origine gallo-romaine, voire gauloise, par les terrassements aménagés en tertre surélevé  encore apparents sous la  maison du village actuel, la plus proche de nous.
  Second indice, dans le grand champ, de l'autre côté de la route moderne, les  "hortillons" ou hortus (horti pour les puristes), les "petites parcelles" qui apparaissent encore sur le terrain  quelques 20 siècles après leur création.
 

    On peut cependant apporter une nuance : les exemples de culture en hortillonnage (petits jardins) vus à Villejoubert et évoqués ailleurs dans une autre page (Magnac-Laval), avec leurs allées de desserte, apparaissent plus structurés et plus réguliers que sur le présent site de Trachaussade : d'aucuns pourraient voir ici la structure plus lâche et moins bien orthonormée des "champs celtiques" décrite par les spécialistes de la protohistoire agraire. 


   La zone  surélevée que nous évoquons, porteuse de la ferme gauloise, a sans doute été longtemps reliée à la voie  principale de facture romaine qui circule au bas de notre cliché : le chemin de liaison est encore perceptible.
   La voie principale vient du long-pont et de la zone des marais. Le raccord avec les documents qui précèdent se fera facilement sur les deux arbres-témoins qui ont poussé sur ses anciens fossés et qui ont sans doute disparu à ce jour (circonférence rouge). 
   Enfin à gauche et au bas du présent cliché, à la jonction du chemin de la ferme et de la voie principale. La trace d'une petite structure carrée est apparente (5 bis).
 



                   Un village, Fourcelas :  "la fourche":
il y avait ici une bifurcation !


 




Numéros- repère et vignettes associées :

   - 1 : tranchée routière du diverticule devant Fourcelas. Le petit édicule isolé au fond de l'image, est un captage d'eau sur le passage d'un fossé de la voie; un second captage sur l'autre fossé, nous est caché par les arbres, à droite. Les deux ouvrages on s'en doute, ont été vite abandonnés et l'eau collectées durant les orages n'est peut-être jamais parvenue à Peyrilhac..

   - 2 :  pierres de récupération  en attente d'évacuation, en lisière d'une culture.

   - 3 :  racine du diverticule de Fourcelas, au niveau de la route actuelle. Ce départ d'une petite voie à 90° de la voie principale n'est pas dans la manière des ingénieurs romains : il pourrait s'agir d'une voie privée. Cependant et tant que nous pourrons la suivre, elle présentera dans sa facture toutes les caractéristiques d'une voie romaine.

  - 4 :  tranchée routière du diverticule après les bois de Fourcelas. Il s'agit d'un vallon sec plus ou moins aménagé : le trait de charrue axial purge les eaux de ruissellement sur les flancs  de l'ouvrage (prairie à moutons).

   - 5 :  dépôt d'épierrement dans la montée de la Cantine.

   -  5 bis : petit enclos (Trachaussade)

        Un petit édifice, une auberge et l'enclos d'une ferme gauloise

   Sur le cliché d'ensemble renseigné on remarquera - proche de la voie principale - un petit édifice en tête de vallon avec galerie de façade ou petite terrasse.
   Sa liaison probable  à la voie principale nous est cachée mais il est possible de percevoir la petite voie qui le relie à l'auberge de Maison-Rouge. Elle apparaît au-delà de la route, selon une trace claire à peine perceptible (en palimpseste). Il est probable que les bois nous cachent un second chemin de liaison entre l'auberge et le diverticule, après Fourcelas.
    Une trace rectangulaire bipartite, face au village de Fourcelas, est marquée par les chênes qui ont colonisé les fossés. Elle est  établie en tertre au-dessus de la tranchée routière qui passe à son pied. C'était une ferme gauloise typique avec partie résidentielle et partie agricole, type "cassano-curtis" : voir le site "limousin-archeo-aero" page "un desert archeologique".



Nous revenons sur l'exposé qui précède à la lumière d'une expérience déjà longue. Le départ de la voie de Fourcelas s'effectue "à la perpendiculaire" sur la voie principale de Rancon, à peu de distance du lieu-dit "la Cantine". Un tel embranchement à angle droit est généralement le fait d'un diverticule desservant un sanctuaire, une villa, une ferme, un lieu d'étape . . . Dans le cas présent, le fait que cette voie semble s'interrompre en rase campagne peu après la tranchée routière du Boucaret, serait le signe de son peu d'intérêt "stratégique" voire de son abandon avant d'avoir atteint son but.
(Recherchez des cas similaires : après le fanum de Senon une voie vers Peyrilhac et tout près, l'accès à Maison-Rouge etc . . .

Les terres du Pic



                                           N B : Etoiles, pointes de flèches et astérisques rouges sont des repères qui assurent le raccord des images

   Sept cents mètres après la Cantine la voie antique quitte la petite départementale 128. Une lisière de bois encombrée de cailloux roulants matérialise encore son passage (triades de points rouges comme à l'accoutumée). Après un gué très vaseux (traits bleus), la chaussée antique s'est conservée sous un haut buisson perché (points rouges ).
   Après la petite route du Pic le vieil itinéraire ne va pas tarder à basculer dans la pente pour descendre vers le village du Mas-du-Bost : un chemin rural , lieu de passage immuable depuis des siècles, est encore là. Ses flancs évasés trahissent son origine et sa facture antiques et le démarquent radicalement des chemins creux plus tardifs, encaissés et usés par le ravinement car créés à la diable dans les siècles de misère du Moyen-Age, par le passage répété des paysans, des animaux domestiques et de la "sauvagine".
   Ainsi, il faut apprendre à lire le paysage : d'une part, le droit chemin "ferré" des ingénieurs abordant de front la difficulté, ailleurs,  créé par l'usage, le chemin de terre, boueux et compliqué des ânes, des boeufs et des manants, économes de leurs efforts !



Le Mas-du-Bost : une station agricole gallo-romaine




  A proximité de la zone agricole des "hortus" la cicatrice laissée par la démolition de la voie antique de Rancon est souvent très apparente.
  Cette année 2011, Google nous en donne une image très valable comparable à la nôtre, il y a 20 ans. Avec les instruments qui accompagnent les clichés d'aujourd'hui, on peut la mesurer à 10,23 mètres  : il  s'agit  évidemment  de la  tranchée  de  récupération  des pierres de la chaussée, remblayée par le tout-venant et finalement comblée. Dans les conditions météorologiques de l'instant (sécheresse d'été) les bas-côtés ne sont pas visibles









   Dans la pente qui verse vers la Glayeule, la voie antique n'est plus perceptible sur nos photos mais nous la récupérons sans difficulté à travers bois comme une belle tranchée qui vient mourir au niveau d'un chemin agricole beaucoup plus tardif. Une dizaine de mètres encore et c'est un gué sur un fond de rivière solide, damé par des siècles d'usage et qui permet toujours aux charrois de passer l'eau. Le piéton peut toujours passer à pied sec sur une dalle surélevée traditionnellement appelée "planche".
   Le cliché circulaire anticipe sur des explications qui vont suivre.






                    Le contournement du domaine de Talius




 
 C'est alors qu'un vrai problème s'est posé à nous.  En résumé . . .

   La voie antique arrivant sans ambiguité ni contournement superflu au gué sur la Glayeule et avant même de savoir où  observer sa continuité, une visite du village en compagnie du maire-adjoint de l'époque M. Piquet, nous avait orienté vers un schéma plausible de l'occupation du sol aux temps antiques : aire en surimpression rouge, en tête de laquelle nous avons figuré une zone elliptique (esplanade, voir le cliché plus loin) où aurait eu  quelque chance de se trouver la villa résidentielle gauloise ou gallo-romaine.
  Récusant d'abord et par intime conviction (si, si, ça existe, toute pertinence mise à part) le tracé d'un chemin actuel que la tradition locale donnait comme étant d'origine antique -grénetis blanc- c'est finalement l'alignement d'une ancienne cour de ferme avec - de l'autre côté de la route - un chemin bordé d'une muraille impressionnante de pierres de rebut qui nous a suggéré une solution.
   Des traces dans une culture en billons à proximité du gué, accréditait cette idée.

   Mais il a fallu une dernière visite lors d'un fort épisode pluvieux pour que tout s'éclaire et les photos sont parlantes. Mais au risque de redites, voici de plus amples détails.



   La première idée qui nous vint à l'esprit en observant le village de Taillac - dont le nom même clame ses origines latines (taillacum) - qui fut un probable  territoire agricole antique évoqué par une forme para-circulaire englobant le bas du village et le versant ouest vers le ruisseau.
   L'analogie avec la ferme antique de Busserolles près de Bussière-Poitevine ( site "limousin-archeo-aero" page "routes et domaines gallo romains"), nous incitait à cette analyse et la profusion de pierres errantes, amassées et montées en murs sur la limite est du dispositif, au milieu du village (voir photos 1 et 2 ci-dessous), apportaient de l'eau à notre moulin. Bien sûr, la suite de l'itinéraire sur laquelle nous allons revenir, confirmait notre démarche.


 
 Restait à scruter le terrain après le gué sur la Glayeule pour y découvrir  la trace d'un large virage antique nécessaire pour ne pas tomber dans les mouillères d'un vague affluent de la Glayeule et éviter dans le même temps de traverser la résidence et les terres du nommé Talius . . .

  L'arrivée de la voie antique est matérialisée par le gué (voir ci-dessus) mais les terres agricoles sont marquées par des passages anciens et par la tranchée récente d'amenée des eaux usées vers une petite station d'épuration.
   L'étendue du domaine est assez bien délimitée par les caractéristiques naturelles des terres : effet de tertre au-dessus du ruisseau et mouillères au premier plan.

 
    Examinons les documents  ci-dessus   :

      -  2 tirets jaunes matérialisent probablement un très ancien chemin agricole ou une ancienne limite de parcelle : la trace ne nous emmène pas très loin. La suite  circulerait sur le rebord d'une terrasse de culture en surplombant une zone fortement marécageuse  sans débouché évident.
      -  Une croix jaune marque le passage récent du collecteur des eaux usées du village vers la petite station d'épuration qui occupe la clairière non loin de  la route (triangle vert). Vingt ans plus tard la tranchée aura disparu des clichés de l'IGN et nous avons dit pourquoi.
    
     - Restent alors, immédiatement après le gué, deux lignes courbes qui pointent vers le haut des terres et  le sud du village comme la trace élargie d'une emprise routière encadrée par ses fossés et que nous signalons par 4 pointes de flèche rouges.

   - Remontez maintenant vers le village et observez alors une courte trace verte qui sort de la cour d'une ancienne ferme déjà signalée plus haut :  pointe de flèche rouge également.

 Ceci trahit un épanchement d'eau vers la prairie .
                       
 
 -  Puis supputez en suivant la pente, le trajet de cette eau que le fond des anciens fossés recueille et conduit vers le bas du terrain (flèche bleue).

   - Alors, allez voir plus bas et découvrez le profond fossé de drainage qui  barre le pré de fond et verse vers la Glayeule en longeant la haie transversale (trait bleu encadré de deux liserés marrons)  . . 

              . . . Et si comme nous, vous ne voyez pas pourquoi  un vieux paysan a pris la peine un jour, de  creuser ce profond fossé  en travers de son pré . . .essayez de repassez par là (comme nous l'avons fait fortuitement) après un gros orage et, les pieds dans les 10 à 15 centimètres d'eau qui auront envahi le bas de la prairie . . .

                                d'un seul coup, vous aurez tout compris : il suffit de lire l'image !
 



  Et attention,  quoi qu'on vous en dise . . . voyez que le chemin des points blancs n'a rien à voir avec la voie romaine !


Vous cherchez les voies romaines ?
Cherchez les pierres !



    Ainsi donc, après avoir bâti leurs maisons et leurs fermes avec les pierres de la voie antique, les villageois  ont encore eu  du "rab" . . . étonnant, non ?



                               Après la fontaine . . .  à propos, savez-vous  que sur les traces des voies romaines, nous trouvons souvent de gros blocs de quartz blanc : existerait-il des endroits  marqués d'une pierre blanche ?  
                               Mais peut-on faire  parler le hasard ?


                       

                                   Un dernier détail

   Dans l'angle inférieur gauche des deux  clichés GOOGLE de la page qui va suivre et dans celui ci-dessous, un marécage allongé, envahi par les roseaux et autres plantes des marais, semble sourdre sous la chaussée de la RN 147; il avait attiré notre attention
- sans plus - depuis  longtemps.
   Il nous est venu à l'esprit récemment qu'il pouvait bien être le réceptacle de l'eau conduite par les soubassements de la voie antique encore présents sous l'actuelle Nationale. En l'état peu engageant des lieux et carrément inaccessibles à l'époque de nos prospections ( les vaches y étaient pour beaucoup !), nous n'avons pas pris le temps d'accorder plus d'intérêt à ce détail. Nous signalons le site dans un ovale de couleur verte.
  Cependant, sa position topographique  et ses caractéristiques hydrologiques apparaissaient plus convaincantes que lors de notre première proposition expéditive de franchissement du ruisseau, extrapolée ( les vaches !) entre deux indices, après la fontaine de Taillac.  
   C'est souvent le dernier détail, la microscopique anomalie à laquelle on n'a pas accordé  d'intérêt particulier . . . qui vient soudain retenir l'attention, rappeler quelques souvenirs, déclencher un dernier regard sur la photo, revenir sur la carte IGN pour une ultime vérification et finalement clore un chapitre en élargissant de quelques dizaines de mètres un tracé de voie qui pourtant nous donnait - presque - satisfaction.
   Cerises sur le gâteau, les cartes IGN ne relèvent aucune source à cet endroit mais indiquent clairement qu'une limite communale (anciennement paroissiale) transite ici pendant 20 à 30 mètres.

   A noter que sur ce même itinéraire, à hauteur du Mas-Blanc et jusqu'aux approches de Bellegarde (la Bravine), la rue de St Gence nous avait déjà fait le coup des limites paroisiales pendant deux kilomètres. Si on y ajoute deux  occurences de quelques mètres relevées en cours de route, on recense 2,2 km de parcours parallèle ou superposé, sur un total de 22 km.

   Ces limites paroissiales pour le sujet qui nous occupe, ont un intérêt historique certain : c'est le témoignage incontournable que la route antique existait et était encore en service quand les paroisses se mirent en place, en prolongement de la nouvelle religion officielle, le christianisme (IIIe, IVe siècles ?).
  Mais elles ne sont nullement garantes de l'époque à laquelle la voie fut construite si elles indiquent clairement qu'elle était encore en service au moment de la définition des paroisses.

  S'appuyer systématiquement  sur les limites paroissiales devenues généralement communales à la Révolution et souvent en place aujourd'hui encore sous une forme plus ou moins dégradée, est une pratique au spectre très étroit et qui concerne  surtout l'antiquité tardive.
 




Et voilà le travail !

   Le  technicien romain  aurait peut-être  pu se rendre compte dès son passage au Puy-des-Elies, là-haut sur la colline, qu'une descente directe vers le site actuel du Moulin de Taillac (grénetis jaune) était plus courte que celle qu'il va nous  obliger à retrouver parmi  les pierres, les contournements, les évitements et autres dommages collatéraux imputables à la hardiesse de ses projets.
   A moins qu'en entamant sa descente il n'ait pas douté un seul instant
- avec l'arrogance du vainqueur -  qu'il pourrait traverser impunément  le domaine et les installations agricoles d'un quidam qui se faisait appeler "Talius".

   Après d'âpres négociations dont nous ne saurons jamais rien, avec ce chef gaulois, il lui aurait donc fallu, puisque la bévue était consommée lors de son arrivée sur le gué toujours actuel, baisser ses enseignes et accepter le contournement du domaine. Une perte de temps et d'argent qu'il aurait pu éviter par une décision opportune au Puy-des-Elies.
 
   Nous, Centurion, nous nous serions permis pour pallier la prochaine et prévisible occasion difficile, d'intimer l'ordre à ce technicien, de prendre désormais le temps d'une enquête préalable et prospective.

   Mais si tel a jamais été le cas, le centurion n'a pas été entendu : à Villechenoux, dans quelques kilomètres, notre ingénieur impétueux et  imbu de ses capacités techniques, fera décaisser au flanc de la vallée du Vincou, une gigantesque tranchée routière.
  A mi-pente, une tête de source et les mouillères qui vont avec, stoppèrent le chantier : l'arrivée d'eau fut canalisée en souterrain et la voie romaine déviée à flanc de pente. Et sur cent mètres de rivière, trois accès à d'autres passages d'eau plus ou moins commodes, furent établis pour tenter de faire oublier la bévue.

 
NB : Qui donc nous a dit un jour que ce bout de chemin sans queue ni tête, qui apparaît au bas du cliché de GOOGLE ci-dessus (3 points jaunes), en prolongement d'un itinéraire venant du Puy des Elies par le Moulin de Taillac, était connu des randonneurs sous le nom de "Chemin Henri IV" ?
   Si le renseignement est exact nous pourrions avoir là un avatar hautement médiéval de la route de Poitiers, la RN 147 en attendant celui de Maison-Rouge ! (Voir page suivante)

 
Mais la longue route continue . . .
  
 Tout près de là, au bas et à droite de l'image ci-dessus nous figurons  une trace résiduelle qui est à la limite du perceptible : la rupture de pente entre le versant et les prés de fond a été décaissée pour amoindrir le dénivelé lors  de la traversée d'un petit ruisseau (étoile jaune).
  Rappelons cependant qu'un phénomène semblable est resté longtemps visible - et évident dans ses buts - à Limoges, sur le "Chemin de Pépou", jusqu'au percement de la rue Clouet près du boulevard du Mas-Bouyol. Voir la copie du cadastre de  Limoges en 1812.

  Ici comme ailleurs, la voie et sa  tranchée, sont  sans doute tombées en désuétude au bout de quelques siècles; le lopin de terre traversé revint au bout d'un temps incertain, à l'usage agricole. Aujourd'hui  les sillons du labour, d'orientation transverse à la pente comme il se doit, suivent encore subrepticement l'altération des courbes de niveau. Une limite de parcelle arborée s'est instaurée entre la terre agricole et les prés de rive : en freinant et filtrant la colluvion, le buisson a  pratiquement fait disparaître en amont, ce qui restait du petit accident de terrain. Seule l'inflexion, l'angulation  de la haie restent perceptibles.
  Nous allons retrouver ce cheminement à la page suivante ; une étoile jaune marquera non pas la voie romaine principale mais ce qui fut en fait un premier diverticule à la voie principale, la première occasion d'un raccourci pour  monter à Maison-Rouge. 


                             La fameuse taverne de Maison-Rouge.

    Depuis Limoges/Augustoritum, en route vers Rancon/Roncomagus, le légionnaire avait déjà fait le gros d'un chemin difficile mais le bivouac était plus loin.
   Pour le marchand, familier de cette voie provinciale ou autorisé à emprunter le chemin impérial , Maison-Rouge pouvait être l'étape d'une journée.  
  C'était alors le débâtage des mules lourdement chargées, de l'eau et une brassée de foin pour chacune. 
Du pain et du fricot pour le caravanier et après une fiasque de vin, la promesse d'une paillasse. Le sourire de la servante et plus si affinité.                                                    
     Car la taverne de Maison-Rouge était sûrement une étape réputée. Construite en retrait à quelques centaines de mètres de la route antique, elle irradiait autour d'elle pas  moins de 4 chemins d'accès en éventail qui rejoignaient à tour de rôle la voie principale sur 1,5 km depuis Taillac.
     Mille cinq cents ans plus tard, la diligence de Limoges à Poitiers s'arrêtera toujours à Maison-Rouge.  Quel programme !

               Dans une prochaine page nous ferons ici une courte étape, sur le chemin de Rancon.