Jean Régis PERRIN   

La  voie  antique  de Limoges
 à Rancon 

     De  Villechenoux au  village  de  Clavières.
Quatrième étape.
   







   




   Ci-dessous :

    Au niveau du second chemin agricole (repère CH 2), i
l y a une vingtaine d'années encore, toute trace du ruisseau avait disparu : il avait été canalisé en souterrain . . . (Quand ? Par qui ? Comment ? Pourquoi ? Photo n° 4).

   Lors de nos prospections, un léger vallonnement marquait encore son ancien lit. Il  réapparaissait à l'air libre 150 mètres plus bas, sous une belle touffe  de saules (repère barre blanche) et poursuivait alors son cours vers le Vincou.

    A partir de la résurgence du ruisseau, au milieu du cliché, derrière les vaches, une limite de parcelle, à flanc de pente, apparaît encore matérialisée par les lambeaux successifs d'un muret  de pierre sèche, enfouis sous  des cépées de noisetiers ( taillées à hauteur de vache) et d'autant plus vigoureuses qu'elles  bloquent à leur profit le ruissellement du versant.
   C'est la voie romaine principale : la bande de roulement a été débarrassée de ses pierres au cours des siècles pour se transformer en chemin de terre mieux adapté aux conditions agricoles de ces époques (photo 5, ci-dessous).


N B
: De nos jours un "piquage" au-dessus de la canalisation souterraine antique (?) a créé une résurgence qui alimente une
          mare-abreuvoir au milieu de la prairie aux vaches (voir le repère 4 sur la photo de GOOGLE, en haut de cette page ).





   Du fait d'une déprise agricole temporaire, la grande prairie qui domine le Vincou par-delà le rideau de noisetiers et le muret, nous est apparue, il y a très longtemps, constellée de fourrés de ronces et d'orties qui trahiraient selon nous, une forte empreinte organique fractionnée.
  Quinze ans plus tard (20 ans ?) l'image aérienne de l'IGN / Google, plus haut,  nous montre  le même phénomène (zonage rouge, ovoïde).
  On sait qu'en attendant une explication plus pertinente,  nous attribuons ces marques au stationnement des équipages qui, durant les siècles d'usage de la voie, auraient dû à certaines époques, attendre des jours voire des semaines sur cette hauteur et dans des campements de fortune,  la décrue pour passer l'eau.

             
Du Vincou à Clavières

     Le passage à gué du Vincou  a nécessité l'abaissement des rives et le pavage des abords. L'abandon des itinéraires a très vite amené le colmatage de ces échancrures sans pour autant éviter les remontées d'eau dans les anciennes saignées au fond caillouteux : des populations de saules y ont trouvé un substrat idéal et se développent  ainsi perpendiculairement au fil de l'eau sur quelques dizaines de mètres (photos 6 et bandeau de page).

  Au delà, une friche vivace masque souvent des traces où roulent encore des pierres de rebut (photo 6 bis).
   Il arrive parfois que sous l'effet du  besoin, se soit créé un chemin d'exploitation agricole parallèlement à l'ancienne voie abandonnée et ruinée. Sur la photo 7, on distingue à la fois l'interruption de la friche (en bas, à droite) et au-delà de la route, en prolongement, la conservation sur quelques mètres du bombement de la chaussée antique.
  Le chemin d'exploitation va accompagner les vestiges antiques sur quelques 500 mètres, récupérant sur ses rives et sans réel besoin, les centaines de m3 de pierre. Les anciennes emprises routières sont ainsi devenues des terres libres pour l'usage agricole (photos 8 et 9).



  La trace antique à peine discernable comme une dépression légère dans la prairie (photo 10) domine le chemin creux chemisé de pierres sèches (9).

   Quelques mètres plus haut, un abreuvoir a été créé dans la pente, au milieu de l'ancienne chaussée épierrée.

   Ensuite un muret transversal de récupération barre l'ancienne emprise routière qui transparaît encore comme une légère ensellure au faîte de la petite dorsale géographique (photo 11).

    Au delà, c'est enfin le long replat du plateau de Clavières.




 Au second plan de la photo 11, à droite, le fort thalweg d'un ravin sec précède la remontée du terrain qui porte plus loin, la route de La Crèche à Clavières (plan lointain, point rouge ).
    Et en vous rendant sur cette petite route que l'on entrevoit  (point rouge), vous pourrez obtenir, par-dessus le ravin sec, une vue de profil sur les derniers mètres de la montée qui portait il y a 2000 ans, la voie antique de Rancon (photo 12).
   La pente est impressionnante (photo ci-dessous).  
   Ils étaient vraiment fous ces romains.

   Le
  romain aurait sans doute pu utiliser cette tranchée naturelle ponctuée de chênes - visible au premier plan - pour construire une route moins pentue et aux raccords plus doux avec le relief environnant : nous avons là en contrepoint, l'illustration de la méfiance irréductible  de ces techniciens pour des dépressions sèches naturelles qui n'auraient pas été, à leur goût, suffisamment ouvertes pour pouvoir y ouvrir des fossés susceptibles d'évacuer, un jour d'orage,  quelque petit tsunami !





           Les diverticules

                                                                                                                                     Rappel de l'image synoptique


  Le diverticule de La Crèche

   Il faut croire cependant que l'ingénieur romain, agent-voyer responsable du chantier antique,  se soit enfin rendu compte de l'inconfort de la portion d'itinéraire que nous venons de décrire.

   On observe en effet que dès la sortie du gué sur le Vincou, un diverticule part sur la droite encore matérialisé par un lambeau de bois grossièrement rectangulaire puis par une ample dépression dans le parc de la maison proche du carrefour de La Crèche (repère 6, clichés a et b).
   Le haut du parc est limité par un long appareillage de pierre sèche, un "parcellaire muré", une réserve en attente d'emploi et dans tous les cas, le résultat de la longue reconquête d'une terre agricole (ci-dessous).
 
   Quant à la dépression du parc, elle s'aligne avec un ancien chemin de terre qui monte vers un carrefour moderne qui marque l'entrée dans Clavières (repère étoile). Cette orientation se prolonge, de l'autre côté de la route, par une limite de propriété peu lisible :
petite flèche rouge devant la ferme.
   Dans les champs jouxtant la ferme, première maison du village, des noyers rabougris (points verts) témoignent  par leur affinité calcicole, de l'imprégnation des terres par le mortier de constructions
disparues à qui nous accorderions volontiers une origine antique .




Le diverticule de la pancarte

    Il n'en reste pas moins qu'au bas de la tranchée routière de Villechenoux, le contournement de la tête de source et le passage en marge de la prairie aux vaches, a toujours quelque chose d'inaccoutumé dans le domaine des voies antiques.
   Peut-on parler d'un inadmissible défaut d'anticipation en regard des travaux gigantesques engagés et réalisés  quelques dizaines de mètres en amont de  difficultés découvertes trop tard ?

  Pour mener une investigation courte et efficace sur un ou plusieurs itinéraires de replacement, il nous a semblé intéressant selon une vieille habitude, de mener une recherche  sur un axe facilement accessible, formant barrage à cette éventualité d'existence d'autres passages antiques :

la perpendiculaire du juste en somme, par opposition à la diagonale du fou.

    Il existe un providentiel axe routier grossièrement parallèle au Vincou, (repéré CH 3 sur la photo synoptique Google ci-dessus ou ci-dessous : la Départementale 96 a) . Avec beaucoup d'attention, nous avons refait  le parcours ce jour-là, descendant du Roule (Le Roulet de l'ancien cadastre) au carrefour de La Crèche.
 
   Cette petite départementale que l'on peut parcourir en voiture  à vitesse réduite, constituait une bonne démarche de départ.





  Et à mi-chemin, à droite de la route, à demi cachée par la végétation, c'est une pancarte  qui nous a arrêté.
  C'était la réplique en tôle d'une chose déjà vue sur la voie d'Agrippa  . . . r
appelez-vous, une pancarte pourrie, à une douzaine de km de St Priest-Taurion : 
                                          "Défense
de déposer des ordures".
     
  Ici encore et de part et d'autre de la route, un passage en tranchée avait de toute évidence, été décaissé au flanc de la colline :
  pancarte rouge sur la photo synoptique (diverticule A,B,C,D) .

   
 
 Nous avons bien évidemment cherché à retrouver le passage de ce "diverticule de la pancarte" au niveau des chemins d'intérêt agricole de Villechenoux.

        Depuis le chemin CH 1 : la photo panoramique A prise en plongée , représente la souille de la chaussée antique envahie par les joncs, se dégageant d'une terrasse de culture qui en masque la  partie haute.

        Depuis le chemin CH 2 : la longue jonchée est prise en contre-plongée (photo B 1).
        De l'autre côté du chemin, le passage épisodique des bovins  dégrade un tas d'épierrement (B 2).

    Nous retrouvons de grosses pierres errantes sur une autre terrasse de culture qui barre la descente à mi-pente (3 points rouges alignés).

   A noter que la photo verticale de l'IGN et de Google est très explicite pour ce qui concerne  la suite de la "jonchère".

 

    Un diverticule tardif
   Un ultime  contrôle  sur nos photos, nous a permis de repérer un dernier (?) diverticule.
  Sensiblement plus loin, perpendiculaire au chemin agricole CH 2, une dépression humide envahie par des saules enchevètrés descend vers le Vincou (repère F).
  Le gué sur cette rivière (repère E) illustre particulièrement bien le phénomème de remontée de l'humidité dans les dépôts de colmatage des anciens gués, phénomène déjà remarqué près de La Crèche.
  



 Une étude attentive des documents de l'IGN et de Google (édition 2011) montre l'origine de ce dernier cheminement dans les labours sur le plateau de Puy-Pichot à Villechenoux en dérivation de l'itinéraire principal. On peut en retrouver les traces au sol entre les chemins CH 1 et CH 2.

  Nous verrions volontiers dans cette nouvelle trace un dernier itinéraire, plus  tardif et destiné à faire oublier et à remplacer  définitivement les errements du passé par un cheminement direct, quasi-linéaire et offrant enfin un dénivelé acceptable.
                   
      - " Trouver des voies romaines ? Un jeu d'enfant !" disait Monsieur AGACHE, Directeur Régional des Antiquités Préhistoriques de Picardie et pionnier de la recherche archéologique aérienne en France.
      Heureux homme qui avait heureusement bien d'autres cordes à son arc et que j'ai rencontré quand il n'avait "que 3 500 villas romaines" à son tableau de chasse.

      Mais, pour ce qui concerne les voies romaines, son plat pays  n'a rien de commun avec  les
rudes terres  bosselées et pleines d'embûches du Limousin.

               


   Pour ceux qui se seraient égarés dans mes options routières compliquées, j'offre ce raccourci entre le rebord nord du plateau de Puy-Pichot où nous stationnons près d'une clôture à moutons et le culmen de Clavières (château d'eau) :  les différents  diverticules dont nous venons de faire état ne sont jamais loin, à gauche ou à droite, de cet alignement.

   Quant à "la voie de l'érudition", publiée par "Travaux d'Archéologie Limousine", sa trace fantomatique essaie de faire bonne figure 1 kilomètre de là, à l'ouest, passant par le lieu-dit le Roule (autrefois "le Roulet") où elle est installée de façon quasi officielle et subventionnée, pour quelques dizaines d'années encore !

  A tout à l'heure !