Jean Régis PERRIN


Limoges / Augustoritum

La Voie Haute de l'Ouest.
La voie d'Agrippa vers Saintes
(seconde étape)



Les Arènes


Au temps de la Paix Romaine, c'est ici que fut construit un vaste amphithéâtre
qu'une  lourde  magnificence préserva pendant des siècles de l'incurie des hommes.
 
   Puis chaque époque renaissant sur les cendres et les décombres de la précédente,
le puissant monument des fastes païens céda 600 ans plus tard,  ce qui lui restait de pierres
au chantier de la grande abbaye de St Martial qui s'érigeait en contrebas.

   Il fallut cependant attendre le XVIIIe siècle pour que l'Intendant d'Orsay fît   enfouir
les derniers pans de murs des "Arènes d'Augustoritum"
sous un jardin d'agrément.
Je vous offre en tête de cette page, un
dernier regard aérien sur une ligne intérieure de soubassements antiques
qui fut temporairement remise au jour dans les dernières décennies de notre tout proche XXe siècle.


 









Etat des itinéraires
après la ruine de la ville coloniale


    La ruine de la ville d'Augustoritum sous la poussée barbare venant du nord-est, fut sans doute progressive et on est mal renseigné sur la migration des habitants vers le Puy-St-Etienne et sur les étapes de la construction progressive des remparts qui furent érigés autour de ce réduit. Il semble bien que les routes nouvelles et leur convergence sur l'Amphithéâtre que nous venons d'évoquer, furent destinées nous l'avons dit, à protéger le nouveau centre d'habitat et à tenter de fixer aussi loin  que  possible, l'étape des tribus nomades redoutées.

    Et peut-on imaginer combien l'énorme amphithéâtre d'Augustoritum et son massif annulaire percé de toutes parts par les galeries de circulation internes, les précinctions,  les voûtes radiales d'accès, les gradins . . . pouvaient constituer  une étape de choix pour les "maréchaux des logis" barbares chargés de pourvoir à l'hébergement de leurs  hordes  en route vers le sud de la Gaule ?

   Et il était logique que  quelques autochtones  encore dépositaires d'une parcelle d'autorité   fassent tout pour décourager l'usage des vieilles routes qui convergeaient vers la ville monumentale en déclin et le refuge de Puy-St Etienne. Est-ce à dire que ces routes furent détruites dans la proximité périurbaine, "embolisées" et rendues impraticables ?  C'est ce que nous suggérons sans trop de conviction sur notre document, en substituant un tracé noir au tracé rouge du temps de leur splendeur.

   Dès lors, sur notre photo, les tracés jaunes à grénetis vert  figurent les nouvelles voies : tantôt de courts itinéraires de jonction allant récupérer aussi loin que possible de la cité,  les routes  de l'ancien temps de paix, tantôt des routes résolument nouvelles, désaxées par rapport à ce qui restait du centre vital et qui allaient  en tant que de besoin, vers des buts ancestraux par ces morceaux de chemins nouveaux.

    A quelques centaines de mètres près,  le schéma de la vieille Table de Peutinger est toujours explicite  ("limousin-archeo-aero", page augustoritum).




Les chemins de Verthamont
(voir ou revoir "une voie tardive par Verthamont", site "limousin-archeo-aero.fr")

 Un nouveau départ pour la très vieille voie remontant aux lendemains de la conquête :
le chemin du gué du Haut-Verthamont

 
A partir de la Place des Carmes, notre document  montre d'abord un itinéraire que fossilise la rue François-Perrin.
  Puis, tout juste passé le Canadier, c'était le carrefour des "Treix-Treix", un noeud routier où l'on croisait la vieille voie d'Agrippa - ou ce qu'il en restait et qui abordait ici la montée du Puy-las-Rodas.  "Lou Treix-Treix", les trois trajets : les trois itinéraires.
  Que n'a-t-on pas raconté à ce sujet ?

   Quelques dizaines de mètres plus loin, la rue d'Isle prend le relais. On la suivra jusqu'à la Croix-des-Places dont le nom a maintenant glissé jusqu'au boulevard de Vanteaux, abandonnant sa vieille composante, la rue Haute-des-Places.
   Aujourd'hui une petite rue en sens unique prolonge le trajet : c'est la première partie de la rue dite du Gué de Verthamont. Quelques centaines de mètres encore et la petite rue entre dans le quartier du Roussillon.
 
   C'est ici que cette nouvelle amorce  tardive venant des Arènes, rejoignait  l'ancienne voie des temps de la Paix romaine, la voie de haute-époque venant du forum et de Sainte-Claire (Lycée Renoir) par Vanteaux et en tout ou partie, par les rues Maurice-Rollinat et Camille-Guérin. Nous avons déjà décrit cela .

   On sait comment et pourquoi cette  partie de l'itinéraire jusqu'au Carrefour des Hautes-Bayles, fait toujours partie et à juste titre, de l'héritage réputé antique, de notre histoire locale.  
  Mais le divorce d'avec la réalité historique nous attendait là : à l'exception de quelques surprenants ilôts de mémoire populaire  éclairée, on sait que le souvenir a  dérapé.

  Personne à ma connaissance n'a jamais milité en faveur de la voie antique précoce de Vesunna / Périgueux qui filait alors comme nous l'avons montré, vers les Cailloux puis la Croix-du-Thay (actuelle), Beauchêne et enfin la Vienne en contrebas du château du Haut-Verthamont. Tout réminicence s'est évanouie, tout indice est devenu obscur : ne revenons pas sur ce sujet !



 Un nouveau tracé inédit :
 la voie tardive vers  le bac du Bas-Verthamont


   Revenant au noeud routier des Arènes, un autre itinéraire se mit en place, inconnu de la tradition érudite mais que nous avons déjà exploré ensemble,  par les rues Vochave, des Pénitents-Rouges puis par la rue Pierre-et-Marie-Curie, continuant par Bourneville, la Cornue, le domaine des  Bayles pour se glisser sur la corniche de l'Avenue des Basses-Vignes, dominant le Cheyraud et finissant par atteindre la Vienne par une ancienne route déclassée, devenue chemin de desserte locale fréquemment interrompu, côtoyant la Chabroulie puis le Breuil et traversant jadis le Pic, ferme et château.
 C'était l'amorce d'une voie tardive vers Périgueux avec un nouveau passage d'eau qui fut peut-être
 il y a très longtemps, un gué mais que notre histoire locale a retenu sous la forme du bac du Bas-Verthamont.

 Après ce nouveau passage d'eau que nous rejoignons ici dans la mémoire populaire, le cheminement montant vers le sud n'a jamais été d'une grande clarté   : depuis la plateforme de rive le chemin antique était pourtant, encore il y a peu, tracé dans la broussaille jusqu'à la D 32. Après quoi une formidable tranchée routière - qu'une origine occulte, avait peut-être et jusque-là préservé de toute construction - montait à l'assaut de la voie SNCF. Puis le chemin antique traversait le Bastier, un village qui naquit un jour
de la présence d'un fabricant de bâts.
L'itinéraire de crête entre le cours de 2 ruisseaux, le Boulou à l'est et le Cramoulou à l'ouest, a gagné par le latin, ses lettres de noblesse avec des toponymes tels que Lestrade et  la Pouge.
 
   Plus loin également et  plus ciblée dans le temps, figurerait l'évocation
de restes de travaux antiques : les Rochers.

Voir ou revoir à titre d'éclairage, les dépôts cyclopéens de l'ancienne ferme de l'Echo (les Caux, sur la voie d'Agrippa devenue "La Loutre"), également du Puy-Parvier à proximité de Magnc-Laval et du chaos de Pramounier près de Verneuil-sur-Vienne (même site).


 
Revenant sur nos pas depuis ce dernier passage d'eau  qui resta en service durant des siècles et jusqu'au début du XXe, on gagnait alors Limoges par des chemins  dont nous venons de  récuser plus haut l'origine antique, des chemins de courte mémoire qui font le bonheur des bulletins municipaux, lesquels auraient bien tort de faire de l'histoire polémique pour un sujet aussi mince.

  En effet, remontant la pente depuis la Vienne,la route communale chantournée du Bas-Verthamont à la nouvelle Croix-du-Thay (la Seybanne) par les Garaudies, puis la Route Départementale 74 qui devient après Ventre-Noir, rue de la Croix-Bachaud puis André-Barlet, après avoir passé le point culminant des deux châteaux d'eau . . . ne doivent rien à la romanité : comme quoi et en matière de voies antiques, les chemins de crête ne sont pas toujours de bonnes références !

En matière de paysage, la  tradition savante au même titre que la populaire . . . sont toujours aussi mal armées pour lire en rase campagne les indices  pérennes qui démasquent l'ampleur et la rectitude de ces  chemins d'origine doublement millénaire, construits par des techniciens impétueux mais qui savaient également se montrer lorsque le besoin s'en manifestait, aussi  prudents que diplomates.

   Le folklore qui ne saurait remonter
au-delà des derniers siècles a ainsi transféré sous les chemins de  l'Ancien-Régime, le tracé imaginaire de nombreuses voies attribuées
inconsidérément à notre limousin antique.


    En attendant d'autres exemples, nous illustrerons à nouveau ce même phénomène dans une prochaine page, en récusant
sur la Vienne un passage d'eau faussement réputé antique, au village du "Gué de la Roche".



   
 La "Voie Haute de l'Ouest" :
          une doublure pour  la voie d'Agrippa ?

   Et puis à la même époque tardive probablement, une autre voie  quittait vers l'ouest le noeud routier des Arènes. Elle peut être matérialisée à distance par la rue Armand-Dutreix.

 
En effet cette nouvelle voie devait probablement et assez vite s'établir légèrement au sud de notre vieux "Faubourg d'Angoulème" , pour occuper  le haut du terrain dans son parcours vers l'Aurence. Après être passée sous l'assise actuelle de la Cité Léon-Betoulle, elle devait circuler en rebord de plateau, au-dessus de la petite combe sèche de l'actuelle rue Fénelon.
  Pour ce faire, la voie antique pouvait occuper un espace que les aménageurs urbains d'après 1812 (référence cadastrale) auraient utlisé pour créer la rue Portefaix, actuellement en impasse.
Ce cas n'est pas unique de ces  voies disparues qui renaissent du néant 20 siècles plus tard !

   Une rue Portefaix créée postérieurement à 1812 donc et qui pouvait très bien avoir été prévue pour aller à la ferme du Portefaix  (ben voyons !) : une ferme qui existait il n'y a pas si longtemps, au début de la rue Fustel-de-Coulanges et dont la grange,  conservée, est devenue la Chapelle St-Jean-Baptiste.
   Mais cette inflexion vers le sud du tracé antique aurait pu être guidé par un  intérêt  autrement important : celui de se raccorder à ce qui restait de la vieille voie d'Agrippa dans sa dernière descente vers l'Aurence.
   Voir ou revoir la page "Itinéraires vers Saintes . . . etc " de notre site précédent "limousin-archeo-aero.fr" .

   Car  nous n'allons pas tardé à découvrir que nonobstant cette doublure, la vieille voie d'Agrippa est toujours là.
 
  En effet, entre cette dernière et  la nouvelle voie que nous allons décrire  (que nous appellerons la "Voie Haute de l'Ouest", faute d'avoir été à ce jour décrite et nommée) après la rue Portefaix et sur des dizaines de kilomètres, nous allons voir s'instaurer de très nombreux diverticules de liaison.

   Enfin, reprenant notre "Voie Haute de l'Ouest" - orientée grosso modo par la rue du Portefaix puis et tout aussi grossièrement par la rue Courtot - nous irons vers les  immeubles de la Vialoube, descendant dans le voisinage de la rue Jacques-Chardonne puis s'engouffrant dans la dépression occupée de nos jours, par la Chaufferie du Val de l'Aurence qui a été construite dans les restes aménagés d'une tranchée routière antique partiellement bouchée par la ligne SNCF au XIXe, pour enfin aller passer sous le Lycée  du Mas-Jambost.

   Car c'est au sortir de cet établissement, près d'un "cubilot" désaffecté (peut-être ancien incinérateur ? devenu une tour moderne de ventilation ou de tout autre usage indécis :  réf point trait blanc ), à quelques pas de l'Aurence, que nous recueillerons enfin les premiers indices incontournables de la présence d'une voie romaine.
   Des indices qui se manifesteront en continu jusqu'au terme de notre enquête à 15 kilomètres de là. Le temps de découvrir des liens entre les itinéraires, un ou deux villages gaulois . . . et de tordre le cou peut-être, à de vieilles fables infiniment ressassées mais jamais reconsidérées objectivement. 
 

   Nous ne ferons pas état de cette voie tardive dans sa continuité vers l'ouest mais nous avons pu  en restituer de nombreux jalons  rapprochés jusqu'aux parages de Bagoulas (le Cerisier de Gaurie, commune de Verneuil).

  A partir de là et sans trop de difficulté, les photos de l'IGN et de Google nous ont permis d'aller  jusqu'aux sablières des Seguines près de St-Junien où Jean-Pierre CLAPHAN avait intercepté et étudié
en 1988, une voie de même orientation, marquant dans le même temps un point d'arrêt temporaire  -  ou un point d'attente pour une durée indéterminée - sur notre  itinéraire.
   A peu de distance avant le site Clapham et en orientation concordante, nous avons nous-même intercepté récemment cette voie sur une image IGN, traversant subrepticement le lieu-dit "la Tuilerie de la Malaise" (voir plus loin).

  Voici donc une voie qui continue vers l'ouest mais dont la destination nous est inconnue. D'aucun qui ne l'on jamais vue dans son développement, vous dirons qu'elle allait à Saintes. Elle aussi alors ? Mais il y en avait déjà une que nous avons ébauché et sur laquelle nous allons revenir !
 
  Et pour ne pas alimenter inutilement la polémique, on pourra  essayer  d'imaginer pourquoi le besoin se serait imposé de créer ex nihilo cette seconde voie, pour une  destination finale identique à l'ancienne, tout en créant dans le même temps, tout un réseau de petites voies d'échange entre elles. 


      Une hypothèse plausible jusqu'à l'Aurence
puis . . .  des réalités inattendues.



Rectificatif léger au croquis ci-dessus: 
Au niveau de la ligne SNCF, la courbe de la voie romaine doit être décrochée de quelques dizaines de mètres vers le sud  pour tenir compte du fait que la Chaufferie du Val de l'Aurence et partiellement la Caserne des Pompiers, occupent ce qui reste de la tranchée routière antique qui négociait ici une rupture de pente au-dessus de l'Aurence. L'établissement de la ligne du chemin de fer ayant par ailleurs et  en son temps, nécessité le remblayage d'une partie du décaissement routier antique.


  Au nord de la ville antique ruinée, le Chemin de la Maison-Dieu :
 le poids d'une tradition.

Ayant ainsi dans le paragraphe précédent, atteint la périphérie  lointaine de la ville antique 
et avant de poursuivre vers l'ouest nos relevés en rase campagne des 2 voies majeures
 et des  diverticules traversiers qui les unissent,
il nous a semblé utile de donner notre sentiment, au nord de l'agglomération
antique,
  sur une liaison tardive importante entre le noeud routier des Arènes
et la place Maison-Dieu.

Cette liaison mettrait en continuité plus ou moins directe, les itinéraires
rayonnants et que nous avons étudiés jusque-là .






     Tous les chemins mènent à Rome


   Nous superposons ci-dessus à quelques mètres près,  des éléments intéressants du cadastre de 1812 (trait double marron), au tissu urbain moderne.

  Le chemin de la Maison-Dieu est bien connu des archéologues limousins qui en ont fait hardiment un vestige  de la voie d'Agrippa (en jaune).
  Admettant par là que la rue Aristide-Briand et la vieille route d'Ambazac conserveraient le souvenir de la racine limougeaude de cette voie antique vers Lyon.

   Ce dont nous ne sommes pas persuadé comme on le sait et même si la liaison "Maison-Dieu / passage d'eau des Casseaux" qui rendrait sa cohérence à la Table de Peutinger et à notre propos, reste encore pour nous comme une sorte de hiatus que nous aimerions bien combler avec autre chose qu'une intime conviction.
  
   
Le Crucifix d'Aigueperse
Cf  notre site "limousin-archeo-aero" page "Voies de Maison-Dieu".

  Nous revenons sur nos sources : le cadastre napoléonien de Limoges recomposé entre la Maison-Dieu et le Crucifix. Nous pensons que la première partie du tracé figuré en bleu ci-contre, est "interprété" abusivement en tant que ruisseau d'Aigueperse car il est ici   montré comme  une  canalisation artificielle, un  aqueduc.  

    Le véritable cours du ruisseau  des origines est probablement ce tracé tremblotant qui prend ses sources d'abord  au Crucifix puis subsidiairement à la ferme même d'Aigueperse : un exemple de glissement toponymique.
   Mais personne ne nous a compté la véridique histoire d'eau de la Maison-Dieu .

   Et nous  entrevoyons la relation qu'il pouvait y avoir entre la forte inflexion du Chemin de la Maison-Dieu en 1812, au milieu de la rue actuelle du Général-du-Bessol, et le cours du ruisseau des origines : c'était à n'en pas douter la marque   du petit thalweg
creusé au cours du temps par le  véritable ruisseau peut-être plus ou moins asséché, à une époque incertaine,  pour les besoins en eau d'un édifice important à la Maison-Dieu !
   
   A propos de la dernière partie du Chemin de la Maison-Dieu (localement rue du Général-du-Bessol) franchissant le vallon du ruisseau d'Aigueperse, on pourrait être plus précis en parlant de passerelle à cet endroit, évoquant le Théâtre éponyme connu qui continuerait à fixer ici un très vieux souvenir (?).


       Les "paroissiennes"

   J'ai pris conscience du site de la Maison-Dieu il y a bien longtemps. J'avais cinq ou six ans peut-être mais pas plus. Et la "veillée des chaumières" était une coutume campagnarde de cette lointaine époque : on conviait une ou deux  familles amies à passer la soirée autour du feu. On tirait la lampe  près du manteau de la cheminée et chacun prenait place sur un demi-cercle convivial. Les langues allaient bon train et  souvent, au loin, des oreilles sifflaient.
  On parlait ce soir-là d'une fille originaire des environs que je ne connaissais pas mais que je situais très bien dans sa parentèle qui habitait notre village. Une fille, vraiment ?  D'après ce que j'entendais, elle devait être d'âge canonique.
 
Et notre plus proche voisin,  qui affirmait l'avoir bien connue au temps de sa jeunesse, prétendait que c'était déjà  une sacrée paroissienne !
    Et ce devait être une très forte femme puisqu'elle tenait une maison à la Maison-Dieu !
   
A la Maison-Dieu . . . c'était pour ça . . . une paroissienne ! 
   Mais c'est lourd . . . comment peut-on tenir une maison ?

  Je n'en perdais pas une miette mais tout cela n'était pas très clair et  j'ai mis un demi-siècle à comprendre que j'avais mis ce soir-là  un doigt dans l'histoire : à peine alphabète je faisais mine d'être absorbé par la lecture  d'un ouvrage édifiant  imposé par ma grand-mère qui le tenait elle-même d'un arrière-grand-oncle qui avait été bedeau chez les Missionnaires du Dorat.


                                Jeux d'arcades . . .

    Les paroissiennes . . .

  Jusqu'au milieu du XXème siècle, des Carmes et du  Jardin  d'Orsay  à  la  Maison-Dieu, on a toujours observé   une activité importante  tout au long de ce parcours : hasard ou persistante opportunité ?
  Et ne signalait-on pas dans le quartier des Arènes, à une époque assez ancienne sans doute, la présence de deux établissements dont les enseignes mimaient les armes parlantes :  "l'Ecu d'Or" et  "l'Ecu d'Argent" *
   Quoi qu'il en soit et après la dernière guerre, une élue du peuple, veuve et repentie dit-on, fit voter la loi qui "fermait les maisons closes". Antoine BLONDIN lui trouva un surnom pétillant : "la veuve qui clôt" ! 

* N B :  J'avais  ainsi évoqué de mémoire, il y a quelques années - au prix d'une métaphore un peu scabreuse -
deux enseignes de maisons closes.
Un renseignement que j'avais cru retenir de l'excellent ouvrage de Pierre DELAGE, "Trottoir et Maisons Closes",
 "La Prostitution à Limoges à travers les Ages", Editions Fabrègue.

Rappelez-vous, c'était le temps où notre nouvelle monnaie l'EURO faillit s'appeler l'ECU.
Le mot en lui-même devenait d'usage courant ; ici et
de plus, il s'accompagnait de deux références monétaires de bon aloi.

Revenant à mes sources et vérification faite, j'avais tout faux : il s'agissait de "La Coquille d'Or" et de " La Coquille d'Argent",
situées en vis à vis rue des Clairettes et par le plus grand des hasards,
à deux pas de l'Hospice des Pélerins de Compostelle.
La coquille !

"Honni soit qui mal y pense !"

 Mais  revenons à l'esplanade des Arènes aux temps antiques : il  faut se représenter en effet le long déambulatoire périphérique de ces gigantesques  monuments ovales, circulaires ou semi-circulaires dont les arcades - fornix en latin - abritaient  le commerce de professionnelles de l'amour tarifé. Notre langue en porte encore des traces  dont le tour archaïque et devenu désuet, nourrissait les imprécations des  prêcheurs en chaire qui vouaient  à  l'enfer  les  fornicateurs.  
  Curieusement  le terme a encore  une descendance au long cours  qui a  retraversé  la Méditerrannée pour échouer de nos jours dans un certain langage populaire, sous la forme incongrue de NTM !

   Ainsi  est  née autour de notre Amphithéâtre, initiée par les voyageurs de l'antiquité,  cette  tradition  de libertinage  qui allait défier les siècles. Dévalant tout naturellement  la pente jusqu'à la Maison-Dieu, insensible au temps, les ébats investissaient  masures, passages, venelles  et autres lieux aussi improbables que les "charreyrons" qui desservaient
les jardins potagers des chanoines de St-Martial.
Des lieux qui furent un jour bâtis et, pour ne pas  faillir à une tradition déjà longue, devinrent  le quartier chaud du Viraclaud.


   Un quartier qui fut un jour démoli pour laisser place à la Préfecture.

                Retour sur la "Voie Haute de l'Ouest" :
 les passages de l'Aurence

     Les images ci-dessous décrivent les péripéties du passage de l'Aurence par la Voie Haute de l'Ouest. L'Aurence et son affluent l'Aurençou  qui pouvaient confondre ici leurs crues, incita sans doute les constructeurs de la voie à prévoir une forte embardée vers le sud pour s'éloigner de la zone inondable ( tracé jaune).
    On retrouve tout au long de ce tracé primitif de la voie antique, des indices pertinents du passage - devenus classiques au fil de nos pérégrinations - sur lesquels nous essaierons de ne pas nous appesantir outre mesure.
     Et ce sont les travaux de dérivation de l'Aurençou qui, remontant la confluence en amont, permirent un jour d'établir une nouvelle voie  sur une ligne tendue plus conforme à la doctrine des ingénieurs romains (tracé vert).

     En effet, sur cet axe de l'antiquité tardive,  on pourra observer, sous la résurgence de Chativaud (point bleu sur tracé vert) , la trace d'anciens fossés qui marquent encore les transferts latéraux de la route pour éviter au cours du temps, les passages défoncés et les fondrières.
   Un certain nombre de tronçons ces voies romaines tardives restèrent en effet,  vaille que vaille, des routes durant bien plus d'un millénaire,  des zones de passage, incertaines, mal entretenues, inconfortables et toujours dangereuses.








  
  

Des vasques de pierre       (photo ci-dessus, à droite)

   Dans le Parc du Mas-Jambost, en quelques jours  de pluie, au pied de la pente,  une arrivée d'eau remplissait autrefois deux vasques de pierre (cercle rouge et vignette). Ce devait être un ancien abreuvoir. Récemment les vasques ont été enlevées.

  Et  une excavation creusée à 1,20 / 1,50 mètres de profondeur environ, a atteint  un lit de grosses pierres, étonnament propres, sous lesquelles circulait un mince filet d'eau qui  se  réinfiltrait  en aval .  C'était à n'en pas douter le radier de la voie antique qui fonctionnait ainsi comme un aquifère intermittent. 

  De fortes pluies pouvaient le mettre en charge et provoquer  une remontée d'eau jusqu'au  au niveau du sol assurant ainsi  le remplissage des vasques de pierre.
Un puisard a été posé, obturé par un tampon à fleur de terre. Autour, l'excavation a été remblayée : il n'y a plus rien à voir.

  Cependant et à la faveur d'un intérêt involontaire pour la préservation des zones humides, le milieu de la pelouse (décrite par notre photo "les taupes") est laissée en végétation naturelle : à chaque pluie, une remontée d'eau entretient une large population de joncs sur l'ancienne assise de la voie antique.
  

                


                  Une pause pour une photo oblique de révision : une dizaine de voies romaines nous contemplent







    Du Parc de l'Aurence
au ruisseau de Chamberet :
la Voie Haute de l'Ouest,
la Voie d'Agrippa II


Le parcours que nous vous proposons pour ce qui concerne la "Voie Haute de l'Ouest" figure sur les cartes IGN
au 1/25000 ème, série bleue, n° 2031 est, Limoges,
n° 1930 est, Oradour-sur-Glane et n° 1931 est, St Junien.

Nous reprenons cet itinéraire par la rue Jean-de-Vienne puis viennent la ferme de Montevert, les villages du Breuil
puis de La Côte, le passage du ruisseau de Tranchepie, la proximité nord  du village de Bagoulas au sud de La Bouteille
et le site du "Cerisier-de-Gaurie", sur la commune de Verneuil-sur-Vienne.

Suivra alors une simple évocation de la suite du parcours jusqu'à la "Tuilerie de la Malaise" où nous intercepterons
sa trace intacte dans une culture avant de rappeler la belle fouille d'une chaussée (malheureusement tronquée)
effectuée par Jean-Pierre CLAPHAM en 1988 dans les gisements de granulats
des Seguines, à peu de distance de St Junien.

Sur ce parcours nous aurons reconnu la bifurcation d'un diverticule visant à longue distance,
l'antique Voie d'Agrippa qui sera rattrapée loin au sud-ouest et par-delà la Vienne.



 
Etant donné une voie romaine . . .

   Après nos dernières photos au-dessus du  Lycée du Mas-Jambost, notre enquête sur la Voie Haute de l'Ouest n'a pratiquement pas fait appel à une recherche aérienne personnelle si l'on excepte quatre ou cinq clichés pris à proximité de l'aéroport de Bellegarde.
  
   Pendant longtemps en effet nous n'avons pas suffisamment porté attention à cet axe qui n'existait qu'à l'ombre de la voie d'Agrippa avec laquelle d'ailleurs, de nombreux archéologues - et non des moindres - continuent de l'assimiler. 

   La faute à COURAUD, toujours génial, qui après  le Mas-Jambost avait esquivé une montée vers Landouge pour aller traverser Les Vaseix et trouvé le moyen de rejoindre le Pont-des-Piles, passage  de la Vienne  incontestable et incontesté pour la vieille route antique de Chassenon et de Saintes : nous l'y retrouverons tout à l'heure.

   Bien sûr il ne pouvait pas savoir que les détours et les contorsions qu'il infligeait ainsi à ses tracés étaient peu compatibles avec les us et coutumes de l'époque antique mais on sait que  le temps lui a manqué pour revenir sur ses schémas.

   Mais j'observe à nouveau que Couraud, sur ce départ difficile vers l'ouest dès les années 1960,  et par de petits pointillés très humbles, avait parfois amorcé sur ses cartes  la possibilité d'autres directions.






   Passé Chativaud, par le Mas-Neuf, la rue Jean-de-Vienne représente assez bien le tracé de la voie. Une direction qu'elle va quitter à hauteur du petit chemin de la Betoulle pour aller vers  un probable  ponceau dont l'abandon et la ruine ont sans doute longtemps entretenu  ce marais tout proche de la ferme de Montevert. Cet endroit encombré de saules et de ronces que la création récente, face à l'école de Landouge,  d'une "grande surface commerciale" vient de remblayer.
 
    Après cela la voie passait sous la ferme abandonnée de Montevert précisément et derrière le bâtiment, une tranchée routière remonte encore la pente, parallèle à la petite route actuelle qui va rejoindre l'ancienne assise de la Nationale 141 (ci-dessus, à gauche).

    Nous  parlerons de cela en revenant  sur ce site, après le prochain paragraphe. Mais déjà des constructions neuves me mettent en position de dernier témoin de la voirie antique à cet endroit.



                         
   la Voie d'Agrippa II

                          Voie d'Agrippa versus Voie Haute de l'Ouest  
                    
 
   En fait, entre la Voie d'Agrippa - toujours  mal connue et dont le tracé dans la tradition archéologique locale, est passablement dévoyée tant ici que dans son cours lointain -  et la Voie Haute de l'Ouest  entrevue à deux reprises , notre tradition  locale n'est finalement sûre de rien  : les deux routes iraient à Saintes.
   Bien qu'entrevu - en deux points distants -
(voir ci-dessous les travaux de Jean-Pierre Clapham et de Assumpcio Toledo i Mur) je ne suis pas sûr que l'on ait tout à fait réalisé qu'il s'agissait de deux itinéraires indépendants bien que localement parallèles au départ de la ville antique.

  Sur le territoire lémovique, pendant que les ingénieurs d'Agrippa tirait à travers un relief difficile, une ligne stratégique tendue entre Augustoritum et Cassinomagus (Chassenon), allant jusqu'à ignorer superbement l'oppidum de St Auvent  dont ils n'avaient manifestement rien à faire -  vous ai-je déjà dit que les "oppida" gaulois ne représentaient plus rien dans le monde politique gallo-romain ? -  une opinion actuelle "orientée au doigt mouillé", tendrait à faire remonter notre Voie Haute  vers le nord pour aller passer la Vienne au gué de Manot . . . après tout, pourquoi pas ?  Mais qui le sait ?

          Un échangeur, des échangeurs

   Cependant, mais fallait-il encore le montrer, dès le départ d'Augustoritum une  coexistence s'impose entre nos deux voies : nous avons suggéré déjà  que la courte rue Portefaix qui s'embranche sur la rue du Clos-Augier, devant la Cité Léon-Betoulle, pouvait avoir conservé le souvenir d'un premier échangeur entre Voie d'Agrippa et Voie Haute.
   Un second indice déjà plus objectif, existait dans le Parc du Mas-Jambost.
   A 50 mètres au sud  des vasques de pierre signalées plus haut, le promeneur aurait découvert il y a peu, une seconde arrivée d'eau qui créait un marigot quasi permanent au pied de la pente. Au loin, vers l'Aurence, deux bancs de repos existent encore, en bordure d'une allée : derrière les bancs, le bord de la rivière a été abaissé sur quelques dizaines de mètres. Et on retrouve également un reste de  décaissement sur l'autre rive.
   Les Services municipaux ont longtemps travaillé à purger ce marécage : nous les avons vu dans la pelouse, découvrir d'anciens puisards et essayer de rendre sa perméabilité à une probable ciculation d'eau dont l'orientation vers l'Aurence est conforme à ce que nous venons de suggérer. Manifestement le problème s'était déjà posé mais il y a deux ans, il semble avoir été  résolu.

    En effet et à la suite d'une conversation impromptue soulevant  le problème historique, un chef de chantier a fait développer une tranchée de récupération barrant sur plus de 10 mètres
le front d'une arrivée d'eau  venant des hautes terres. Le marigot qu'entretenait le suintement d'eau a été ainsi circonscrit et supprimé, le captage en sous-sol et l'évacuation vers l'Aurence sont devenus efficaces.
     Est-ce suffisant pour être sûr qu'il y avait là une nouvelle bretelle d'origine antique entre les deux voies ?

   Or, dans les  déblais vaseux répandus en surface après les travaux, j'ai trouvé intact un élément de canalisation cylindrique de brique rouge au même module que celles découvertes sur le site de la ferme gallo-romaine du Breuil de Morterolles, voir ou revoir la page "une virée de galerne" du site "limousin-archeo-aero".

   Rappelons qu'une canalisation de même facture mais de section légèrement moindre, fut trouvée dans les  anciennes fouilles des Thermes de Chassenon où elle est sans doute toujours conservée .

   
 


Incontournables, spectaculaires et plus surprenants
 deux autres échangeurs, 
entre la Petite-Vergne et Chez-Fournier.
 


   L'échangeur de la Betoulle

  C'est en fait le premier (repère 2, photo IGN noir et blanc ci-dessous) qui s'est d'abord imposé à nous : peu avant Chez-Fournier, une prairie en forme de conque profonde allait vers le nord en s'étrécissant sous le couvert de grands chênes.
      Magnifique, c'était il y a bien plus de 20 ans. 
    Plus haut, au nord,  derrière la ferme de la Lande-de-Fournier, un mur cyclopéen axé bordait des cultures maraîchères : il est toujours là et toujours partiellement visible depuis le parking de la petite zone commerciale voisine. Au-delà de la RN 141 à 4 voies, la petite route d'accès à la Betoulle finissait de matérialiser le trajet de jonction.
   La conque a été barrée par du remblai  et un étang  a recouvert le reste de la prairie. 



                                    L'échangeur de Muriol


  Mais le plus inattendu,  c'est bien  la découverte de la racine d'un autre et troisième  diverticule (repère 1).

Les idées s'imposent à nous selon un enchainement qui n'a souvent  rien à voir avec le sens de notre cheminement.

 Revenez plutôt observer le haut de la rue de la Roseraie à sa jonction avec la voie communale du Moulin-Roux au Coudert, face au Chemin de Chez-Fournier : une subtile inflexion vers la droite, en montant. Et pour céder à la pression de l'antique passage routier, la maison d'angle présente un pan coupé.

  Si l'on suit cette direction du regard, de l'autre côté de la rue du Coudert, on s'aperçoit qu'un vieux paysan avait placé ici sur du terrain solide, l'entrée charretière de son champ : dans ce contexte sensible et pour avoir rencontré la même scène huit ou dix fois, l'indice pour nous, est imparable.
  
Trop tard, les pavillons ont envahi  le site archéologique de Muriol !

   La voie d'Agrippa entrait dans le champ pour en ressortir aussitôt; entre les deux une bifurcation était née dont l'emprise est confortée par l'orientation biaise  d'une propriété privée et de son parc quelques 100 mètres au nord (flèches vertes, pointe rouge sur le vieux cliché IGN de 1978, fond de tableau sur la petite photo 1 ci-dessus et photo IGN). 
 
  Restait alors à parcourir la rue Jean-de-Vienne pour contrôler l'arrivée de ces  diverticules présumés sur la Voie Haute : pour celui de la Roseraie, une longue tranchée routière venant d'une zone humide créée par le barrage formé par la RN 141 à  4 voies, balaie les derniers doutes (cliché ci-dessus à droite).
 
   S'agissant de l'autre diverticule, celui de Muriol et au-delà de la nouvelle RN 141, la petite route de desserte de la Betoulle est exactement sur l'axe et va joindre la rue Jean-de-Vienne.

Mais dépèchez-vous, les zones pavillonnaires ou artisanales gagnent du terrain : voir plus haut le panneau vertical Google .

   Revoir également sous les repères  2 et en 3  la contribution des vaches de Chez-Fournier à la découverte d'une voie antique : vaccae gratias ! (site "limousin-archeo-aero.fr", page "itineraires de l'ouest vers Saintes ").

  On aura noté l'orientation biaise mais parallèle des deux liaisons que nous venons de signaler : solutions redondantes  pour un même changement d'itinéraire
  On notera que cette inclinaison des  diverticules de liaison    privilégie les échanges de la Voie Haute vers Agrippa  pour les voyageurs allant vers l'Est et Agustoritum.
  Sont également privilégiés les voyageurs circulant vers l'ouest sur la Voie d'Agrippa et désireux de rejoindre ici la Voie Haute.

  Les voyageurs qui auraient opté pour une situation différente (nous allons y venir) étaient sans doute  priés d'attendre les prochains échangeurs du Verdoyer, du Breuil voire les diverticules des Prés-Gras et de Lacour que commandaient les passages d'eau de La Roche sur la Vienne.

  Cet épisode ne fait qu'inaugurer pour nous un constat de fréquence de ces diverticules  au cours de plus en plus long au fur et à mesure de la divergence de ces deux voies principales. 


 
En attendant et pour tenter de ne rien laisser échapper, observons le bruit de fond 
d'une emprise agricole qui remonte à la nuit des temps :
     des limites de parcelles, orientée par ces bretelles de liaison  antiques,  s'effacent sous nos yeux
 sous la marche inexorable de la déprise a
gricole et la marée montante de l'urbanisation.






                                 Illustration des passages 2 et 3 ci-dessus


 
                          Après Chez-Fournier, la Voie d'Agrippa

   Alors et pendant quelques kilomètres encore, nous allons continuer à mettre en parallèle les deux voies qui nous occupent tant leurs échanges nous apparaissent importants pour l'histoire à venir de nos terroirs antiques.
  Nous profiterons de la photo verticale de l'IGN de 1978 ci-dessus, pour amener l'itinéraire de la voie d'Agrippa à la lisière des bois des Vaseix.

   Passé les jardins de Chez-Fournier (repère 3), la voie guide au nord le chemin de desserte de ce village vers la route du Mas-Loge.
   Après la route du Mas-Loge à Landouge, une limite de propriété, buisson perché sur un remblai caillouteux guide la voie.  180 mètres plus loin, une haie  courbe  en quart de cercle  enveloppe  le masque d'éboulement d'une structure en bois et/ou en torchis. Cet  indice oriente  l'interprétation vers une ancienne et énigmatique structure qui avait sans doute quelque rapport avec la voie antique (repère 4).

   Dans les terres qui suivent, on nous a rapporté que les vieux paysans pestaient chaque année au cours des labours contre ces "aqueducs" que les socs des charrues  accrochaient. Ils ne pouvaient pas savoir qu'il s'agissait d'une voie romaine. En observation aérienne cependant, ces terres montrent  de temps à autre et outre la trace de la voie, des indices linéaires diffus qu'il ne serait guère possible d'interpréter sans les références enregistrées au sol.


   La ligne droite nous amène directement sur le rebord du plateau, à une étable de plein air (repère 5) au pied de laquelle s'ouvre une belle tranchée routière à double courbure qui négocie la pente.  On a malheureusement laissé pousser une haie au fond de la dépression (document ci-dessous) et de nos jours le passage a en a été réduit d'autant.
   A mi-parcours cependant, la haie s'éloigne et en contournant l'avancée rocheuse, le passage retrouve son ampleur pour un large virage qui nous amène au gué sur le ruisseau de Chamberet sur lequel veille ci-dessous une brette noire débonnaire.

    
   
   Le franchissement du petit ruisseau de Chamberet ne présente aucune difficulté. Les linguistes vous diront que Chamberet vient du latin cambo, la courbe et du gaulois ritu, le gué. La signification globale adoptée étant :  "le gué sur la courbe de la rivière".

  Mais le ruisseau de Chamberet, tout comme la Glane, la Glayeule, le ruisseau d'Envaud . . .  dans leurs  cours hachés  de dizaines de milliers de minuscules méandres, essaient  d'occuper des lits bien trop larges , bien trop profonds,  bien trop grands  . . . qu'ils ont hérité d'un lointain passé où des cataractes permanentes et gigantesques sculptaient profondément la surface de notre terre.
  Une alternative pour nous serait  "le gué sur la courbe de la voie antique". Des voies dont le profil en effet, présente de façon quasi permanente, un large virage (et deux   s'il le faut)  pour  présenter au voyageur un passage perpendiculaire au fil de l'eau.







   La voie antique  semble terminer sa montée sur un replat à mi-pente entre le plateau occupé par les Bois des Vaseix et le ruisseau de Chamberet. Le site est occupé de nos jours par une  ferme et une résidence dans un parc arboré : le replat naturel apparaît actuellement renforcé par un mur de soutènement en pierre sèche qui a manifestement subi des réparations ou des remaniments au cours du temps ce qui a permis de prolonger  l'horizontalité de l'espace utile.
   Entre l'arrivée et le départ de la voie une solution de continuité, un "hiatus" se manifeste qui milite en faveur d'une halte sur le parcours antique, un probable endroit de repos et de "rupture de charge" pour les caravanes et les convois.

   Mais voilà que dans le prolongement de l'arrivée on observe comme un dédoublement de la voie en deux tranchées parallèles plus étroites et séparées par  moins de dix mètres (étoile et repère 7).

   Dans le même  contexte et plus ou moins à l'écart des voies, nous avons observé ailleurs et à deux reprises pour le moins, le même phénomène.
   La nature ayant comme on le sait horreur du vide, nous nous sommes longuement interrogé sur la destination de cet aménagement : nous suggérons (en attendant une idée plus pertinente) d'y voir des restes de tranchées - qui furent peut-être à leur époque, chemisées latéralement de planches pour rendre leurs parois verticales - et où les animaux porteurs étaient dirigés pour rendre les débâtages et les "rebâtages" plus faciles.

   Un très faible indice sur un labour  (cadre rouge)  indique le nouveau départ de  la voie. Ce type de marque apparaît parfois sur des terres fraichement labourées : observez sur la photo prise au sol, la teinte sombre que donne aux sillons un humus forestier accumulé durant des siècles. Par comparaison le labour situé plus loin en direction des bâtiments, apparaît beaucoup plus clair.  Attendons que les labours aient ressuyé (séché) et nous verrons la teinte  devenue quasiment uniforme. Les faibles indices éventuels se montreront très affaiblis à moins qu'ils n'aient disparu. Observez encore stockées au pied des arbres, quelques grosses pierres déterrées par les labours  et - si vous avez bon oeil - le saupoudrage d'une infinité de graviers blancs : nous sommes sur le passage de l'ancienne voie romaine.

 Nous allons abandonner ici et provisoirement la voie d'Agrippa qui arrive là à la lisière des Bois des Vaseix pour revenir vers la Voie Haute de l'Ouest.
     
   Plus loin, nous  les réunirons à nouveau par des échangeurs qui devront traverser la Vienne.




Les chemins de la dévotion

  Ces grands itinéraires construits par les Légions durant les deux premiers siècles qui  suivirent la conquête, pour organiser la pression romaine sur la Gaule vaincue puis pour en assurer la romanisation, le contrôle, disons la colonisation, ont été  décrits dans leurs lignes principales par des documents d'origine antique. Celui qui recueille les faveurs de l'amateur en ce qu'il présente l'aspect imagé d'une carte est sans conteste la Table de Peutinger que nous avons sommairement présentée dans notre page "Augustoritum", site précédent "limousin-archeo-aero.fr".
   Nous avons indiqué que le canevas des voies majeures que ce document nous présente,  irradiant autout de Lyon / Lugdunum, capitale des Gaules, apparaît comme le cauchemar des archéologues limousins qui en recherchent la trace sur le terrain.
   Car à ce canevas 
sans doute assez lâche des grandes voies impériales, s'ajouta sans doute au fil du temps, celui de voies plus modestes : un réseau plus tardif  tracé dans un esprit sensiblement différent.

   L'ensemble forme un chevelu passablement confus et mal individualisé qui, restitué par l'érudition à partir 
de courtes découvertes éparses, part dans tous les sens et brouille singulièrement une perception  qui devrait au contraire s'efforcer  de décoder les mille et une remarques susceptibles de nourrir et faire progresser  une ébauche  cohérente.

 C'est ainsi que se multiplient des itinéraires peu fiables au prorata de la multiplication d'enquêtes "haut-le-pied" lancées à la recherche de signaux inconnus et faisant "flèche de tout bois" : combien de voies vers Périgueux / Vesunna, combien de voies vers Argenton / Argentomagus, combien de voies pour Saintes / Mediolanum ? . . . ont été un jour imaginées, aperçues, supputées à partir de déductions savantes . . .  puis abandonnées  mais toujours réinventées ?

   Et combien des sites d'habitats, combien  de stations agricoles, combien de sanctuaires, combien de lieux d'étape, combien de petits bourgs, combien de stations militaires  ont été outrepassés,
ignorés, non reconnus pendant que des futilités ou des cas singuliers étaient magnifiés, fantasmés et trop souvent montés en exemples dont s'inspirent encore et toujours des publications de circonstance.
   
   Dans cet ordre d'idée voici la trace d'un petit enclos rectangulaire assez élaboré.
   Il fut découvert dans l'ouest immédiat de Limoges, au nord de la propriété de Chamberet,  par mon ami, artiste, aviateur et "Peintre de l'Air" Alain FRADET il y a une dizaine d'années. Il n'apparaît pas sur ce cliché  GOOGLE de 2006, mais je le restitue à sa place à quelques mètres près.
 
 
Pour cette découverte isolée, le hasard voulut qu'Alain FRADET se trouvât là en attente de son tour d'atterrissage ; son attention de pilote chevronné et des circonstances météo favorables firent le reste.
   Dans un premier temps et à charge d'inventaire, la dévolution de l'image à une forme
archéologique connue  aurait pu s'ensuivre au sein de la communauté scientifique concernée.  
         


   Un jardin de curé ?

  Il n'en fut rien. L'institution questionnée, devant cet exploit non sollicité d'un amateur, esquiva  et décréta de prime abord qu'il s'agissait  des restes d'un aménagement paysager lié à la construction de  la propriété bâtie de Chamberet, toute proche  :
   - "Taisez-vous, Le Nôtre !" 

           Bien sûr, c'était la trace d'un petit sanctuaire.

  Tout y est :  la délimitation d'un espace sacré rectangulaire, fossé ou palissade, un jour la fouille le dira peut-être mais pour ma part je pencherais pour les fondations d'un mur pillé jusqu'à ses  bases.
   Puis, une entrée que l'on devine , prolongée par l'allée où va s'accomplir le rite ambulatoire : une lente, progressive et déférente approche, scandée de signes de soumission comme il se doit,  jusqu'au saint des saints, piédestal, autel ou tabernacle pour une statue, une icône ou de saintes espèces : les dévotions ont souvent recyclé les mêmes rituels.  
  L'image du sanctuaire gallo-romain de Chamberet rappelle en plus fruste dans sa trace fantômatique, le  temple du vicus de Champlieu dans l'Oise  (voir ci-dessus) ou plus près de nous celui de Sanxay dans la Vienne.   
  A Chamberet comme ailleurs,  le voyageur pouvait invoquer la divinité, déposer une obole ou accomplir un petit sacrifice pour que son voyage soit bon.


  Car ce que je veux vous  montrer finalement, c'est le chemin ( petits points rouges sur la photo ci-dessus ) qui reliait cet édifice à la "Voie Haute de l'Ouest", cette voie romaine tardive que j'avais découverte quelques années auparavant et qui doubla un jour, comme nous venons de le voir, la grande "Via Agrippa" sans pour autant la déclasser complétement  puisque de nombreux échangeurs les réunissent dès la ville même d'Augustoritum et jusqu'au pays de Cassinomagus/Chassenon où se terminera mon aire de modeste compétence.


  Cependant et m'appuyant sur une certaine  expérience en matière d'us et coutumes des ingénieurs-voyers de cette époque, j'entrevoyais la forte probabilité d'un second chemin   prévu par le romain, formant avec la grande voie récemment découverte,  le troisième côté  d'un triangle  routier, aussi aplati que possible, de façon telle que le voyageur, arrivant d'un côté ou de l'autre par cette "voie de l'ouest", perde le moins de temps possible pour joindre puis  quitter le lieu de ses dévotions.      
    Respectueux mais pragmatique, le romain.

   C'est en consultant l'image 2007 de Google (ci-contre) que j'ai remarqué une seconde trace routière incontestable qui pouvait  être le trajet manquant. (L'astérisque rouge sert à rattacher le cartouche d'agrandissement au plan synoptique.)
   Les deux arbres isolés, l'un en lisière du bois, l'autre au milieu du champ, trahissent une voie construite : décaissement - même modeste - puis remplissage de pierraille et damage. Aucun sentier simplement créé par l'usage n'aurait donné cette trace pérenne.

   Notons pour mémoire, à peu de distance au-dessus de l'arbre isolé, un lambeau de trace double beaucoup plus large  et dont l'image  peut correspondre à ce que nous connaissons des ces pistes gauloises matérialisées à proximité d'un lieu de vie ou de culte (nous en avons parlé ci-dessus).

  Dans un article de rappel de la presse locale, le 14 janvier 2008, la même antienne fut reprise par les spécialistes mais cette fois, l'hypothèse d'un sanctuaire ne fut pas écartée mais si mes souvenirs sont bons, la proximité de voies romaines ne fut pas évoquée.
   La grande Voie d'Agrippa passait cependant à 375 mètres de là, au sud. 
   Sur le dernier cliché une trace, une ombre semble relier le sanctuaire à l'esplanade de Chamberet qui fut sans doute, aux temps de la haute antiquité, une aire de rupture de charge et de repos des équipages (zone rouge sur le hiatus du tracé de la voie antique d'Agrippa).


Retour sur la Voie Haute de l'Ouest :
de la ferme de Montevert
au Cerisier de Gaurie


   Après la ferme abandonnée de Montevert, la montée vers l'ouest est accompagnée, nous l'avons dit, par le petit chemin rural qui rejoint l'ancienne RN 141 (photos A et A bis).

   Le passage sur le dos de la colline par une dépression légère, ouvre la vue sur la suite du parcours (photo B). L'ancienne nationale 141 barrant le passage antique au bas du cliché, a déclenché de très longue date une rétention d'eau. Il s'en suit sur le haut du talus et plongeant ses racines vers le fond du fossé, la prolifération d'un fort bouquet de saules (couleur vert-tendre)  situé par un gros point vert sur les clichés aériens, à droite de l'automobile ( cliché  B).

   Le large environnement de la Ferme de Montevert est actuellement en cours d'aménagement en zone pavillonaire : nos remarques et relevés sont sans doute les derniers signes pertinents que l'on puisse encore voir sur ce trajet antique .









    En contrebas de Landouge, quelques dizaines de mètres après la traversée du Ruisseau de Chamberet et après une courte terrasse alluviale, une chaussée est assez bien conservée sous la friche. Plus haut, le cliché C illustre une scène fréquemment rencontrée : l'ancien fossé de la voie comblé par le ruissellement de versant entretient une population très vigoureuse de noisetiers. Ces arbustes des sols frais manifestent ici vers le sud, un phototropisme remarquable et stérilisent par leur ombrage toute végétation herbacée et arbustive : seules végètent quelques tiges naines de houx. La voie est à gauche, dans le champ voisin, parallèle au tunnel végétal et complétement nivelée par les labours. Notre cliché n'a qu'un intérêt botanique; mais nous retrouverons la scène sur d'autres voies.

  En D, la limite de parcelle (des arbres perchés sur un petit talus), était bordée par une bande de terre très humide encombrée de ronces et d'orties. C'était le passage de la voie arasée dont le remblai fractionné par la pierraille, retenait l'eau.
  Postérieurement à ce premier constat, un nettoyage par gyro-broyeur a autorisé un labour qui s'est arrêté cependant par prudence à une dizaine de mètres de la limite de propriété. En très peu de temps les saules ont recolonisé le terrain délaissé. Depuis lors, cette lisière de parcelle  a subi  un important drainage.
   Et signalons encore au moment des travaux d'abaissement de l'ancienne RN 141 pour permettre le creusement du tunnel d'accés au Lycée des Vaseix, l'apparition de strates de pierres sur le haut glacis du fossé nord  (points rouges sur le document GOOGLE).


   Une route plus directe par Le Verdoyer ?

   
Après le passage du ruisseau de Chamberet, il est possible qu'un trajet plus direct jusqu'au Breuil ait pu exister : une profusion de houx sur les lisières et les haies qui cesse avant d'arriver au Verdoyer. Il ne peut s'agir d'un embranchement qui irait rejoindre vers l'école de Bellegarde, la voie de St Gence et de Rancon comme nous avons pu le penser autrefois,  la prise de direction serait plus précoce et plus  proche de la bifurcation.
  A dire vrai, nous n'avons pas d'hypothèse sérieuse ni  rien de pertinent à apporter sur ce petit incident de parcours.


    Suite de nos  contacts avec la Voie Haute de l'Ouest


   Ce fut en premier lieu, la présence quasi permanente mais toujours peu marquée, d'une trace rectiligne sous la courte finale d'atterrissage en piste 03 de l'aéroport de Bellegarde  (repère E ci-dessous).
  A cet indice s'est très vite ajouté - l'expérience aidant - la présence de "l'arbre du Breuil" solitaire au milieu de sa parcelle humide au bord de la Route Départementale 20 (3 points verts). Quelques années plus tard - et l'initiative était  à louer -  il fut heureusement conservé au milieu du second rond-point de cette Départementale. 
  Hélas,  la modification de son milieu naturel a   fait  qu'en 1999 il  ne résistera  pas à un fort coup de vent : il allait avoir 300 ans. Son dernier emplacement a été rappelé sur la composition de clichés GOOGLE sous 3 points verts : voir plus haut et ci-dessous.

 Enfin on notera sur notre cliché vertical infra, la belle haie d'alignement qui joignait ce beau chêne  au ponceau fouillé , en 1995, par Assumpcio Toledo i Mur, sur le ruisseau du Breuil (repères F et G) dans le cadre de l'inventaire archéologique qui précède actuellement tous les grands travaux d'aménagement : il s'agissait ici de la mise à 4 voies de la vieille RN 141. Les flèches orange indiquent le cheminement vers l'ouest.
N B : On devra se rappeler de ces clichés  lorsque nous évoquerons plus loin,
 le pont rustique protohistorique du chaos de Pramounier.


 La Nationale 141

   Pont de construction antique  ou  probablement beaucoup plus tardive, dans l'un ou l'autre cas, l'usage  puis la désuétude de ces ouvrages font partie des avatars d'un axe de circulation qui a subi au cours du temps de multiples aménagements et des  flottements d'assiette importants. Nous en vivons actuellement un  épisode . . . .  peut-être pas le dernier.  



     Vers la fin des années 1980,  à force de scruter les alentours du Breuil à chaque envol, nous avions fixé une autre image : celle d'un  diverticule qui partait vers le sud-ouest et la Croix-de-la-Maillartre ( tracé vert sur la photo Google ci-dessous) et dont le raccordement à la voie principale sous notre trajectoire aérienne, sans être totalement explicite au premier abord, se signale néanmoins avec une rare précision par une petite trace de dépôts plus sombres dans la parcelle de culture : rond rouge, lettre E, ci-dessous.

  C'était une remarque qui  nous entraina très vite dans la découverte d'un réseau qui instituait des prolongements inattendus à ce besoin d'échange entre les grandes voies de l'ouest. Echanges dont nous venons de percevoir les premiers exemples remarquables dans les terres de Muriol, de Chez-Fournier et de la Betoulle.

   Notez ci-dessous, l'orientation conforme - perpétuée sur près de 2000 ans de décalage chronologique - de l'ancienne ferme de Maison-Neuve : ça ne s'invente pas !

   Continuons vers l'ouest : à peine passé le ruisseau du Breuil qu'un nouvel accés vers le sud et Verneuil, va apparaître plausible par les Fonts et Vialbos.
   Et au fur et à mesure de la découverte de nouveaux cheminements vers  la rivière Vienne, des gués jamais imaginés auparavant, vont prendre corps  sur les rives de cette rivière à l'abord souvent difficile pour des voyageurs venant du nord.




   Cependant et avant de nous lancer sur ces nouvelles pistes et scrutant les plus menus indices comme les plus monumentaux, nous allons ci-dessous essayer de prolonger de quelques kilomètres encore vers l'ouest notre trajet antique : la Voie Haute . . . de l'Ouest précisément.

    Ne serait-ce que pour voir comme nous l'avons dit, si d'autres diverticules dont nous avons idée, un peu plus loin, ne pourraient pas exister . . .


Après le Breuil

 


 Donc et dès  1995, après  le Breuil et le pont d'Assumpcio Toledo i Mur, nous avions repéré un emmarchement  surplombant à droite l'ancienne RN 141  qui, à cet endroit,  n'allait pas tardé à être emporté par les travaux du croisement à pont avec la D 2000. Subsistent cependant encore en prolongement, des pierres éparses dans les pépinières et plus loin, une chaussée d'étang d'irrigation qui a pu trouver une assise solide sur le passage de l'ancienne voie : repère H.
   Nous allons ainsi relever des constats pertinents de loin en loin, sans trop chercher à définir un tracé précis, mais attentif à tout indice qui pourrait conforter de nouveaux liens vers cette voie stratégique d'Agrippa véritable "épine dorsale" des pays de l'ouest, édifiée dans les dernières années précédant l'ère chrétienne, sous l'empereur Octave-Auguste, fils adoptif du grand César et qui nous accompagne toujours à quelques kilomètres au sud, prête maintenant à traverser la Vienne à 200 mètres en aval du Pont-de-la-Gabie.  



Mais, poursuivons sur notre Voie Haute de l'Ouest.






  A peu de choses près, elle ne va pas tarder à circuler sur la crête de l'interfluve entre le Ruisseau du Pré-Vieux et le Ruisseau de Tranchepie. La vieille RN 141 la côtoie avec beaucoup d'à propos, les hautes terres ayant toujours été des lieux de passage privilégiés.
   Passé les dernières maisons de la Côte, à main gauche, à hauteur d'un arrêt des bus, un fort mur qui ne sert à rien, barre le paysage : longueur estimée à 30 mètres, hauteur moyenne 1,50 m, épaisseur 40 à 50 cm.
  C'est le produit de la récupération dans les terres avoisinantes d'un volume de pierres impressionnant et que l'on devrait encore abonder de ce qui a servi à bâtir les maisons du village et des alentours.  
  Car ce mur n'est probablement qu'un surplus : il attend de servir à autre chose depuis des siècles et il représente bien l'effort soutenu au fil du temps pour convertir l'emprise d'une vieille voie  en  espace agricole.

  Sur la photo ci-dessus (repère I), au milieu du jardin, nous sommes exactement sur l'ancien passage : non, je ne vous parlerai pas du puisard couvert d'une tôle mais vous pouvez prendre conscience de l'importance du stockage de pierre dans le mur de la Côte !




   Poursuivant en ligne droite après la Côte, nous avons retrouvé notre voie romaine comme une longue tranchée aux versants adoucis (repère J), au flanc d'un pré, au-dessus des étangs de Greignac.
   Il est probable qu'elle amorçait là une longue courbe (en K) pour venir se présenter perpendiculairement au cours du Ruisseau de Tranchepie. La présence des étangs a beaucoup changé le paysage mais on comprend très facilement l'usage des deux énormes dalles de pierres (flèches rouges), plus qu'à moitié recouvertes de mousse et de gazon et qui ont été ripées sur la rive du déversoir.   Elles reposaient naguère encore sur les culées dont on aperçoit les restes au-delà de la clôture à moutons :  un  passage d'eau sur une "planche" selon le terme consacré pour ces ponts rustiques. La flèche bleue représente le cours originel du ruisseau.
  Les énormes quantités de pierres tirées de l'ancienne assise routière convertie en terre de culture, ont trouvé une forme de stockage en murets de souténement le long d'une route communale toute proche.

    
   

     La montée vers le carrefour des Prés-Gras est jalonnée par des arbres fruitiers rabougris qui végètent dans un champ de pierraille (repère L). Les clichés de L'IGN et de Google sont ensuite explicites sur la suite du tracé sans que l'on puisse jurer cependant qu'il n'ait pas été repris et aménagé postérieurement à l'époque romaine (pont rustique sur le ruisseau de Bagoulas que nous n'avons pas visité - ci-dessous).

       

   La montée au-dessus de Bagoulas restera floue dans ses détails : nous n'avons rien trouvé qui nous incite à descendre de voiture, au long de la petite route de Bagoulas à Beauvalet. Par contre et en suivant le petit chemin qui la double à l'ouest , nous sommes tombé en arrêt devant un fort muret, loin de toute habitation, qui  barre un petit thalweg en lisière d'un bois (repère N sur le plan synoptique et ci-dessous). A droite et à défaut de savoir d'où nous arrive  la voie, nous sommes au moins sûr de ne pas être loin du passage. En effet, une légère ensellure sur la ligne d'horizon, à gauche de notre cliché, marque la suite du parcours antique (point rouge).



   Le cliché de Google ci-contre ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le tracé de la voie qui monte vers le Cerisier-de-Gaurie où elle va outrepasser la vieille RN 141 (repère O).

  Sur cette grande pièce de terre, au sud du carrefour d'Oradour-sur-Glane, la trace d'une structure en creux est encadré par deux arbres dont le port et la ramure trahissent l'espèce : des noyers . 
   

  Entre eux, une grosse dalle a été abandonnée là par les carriers antiques : ses dimensions  explique qu'elle soit demeurée en place.

 Nous avons pu suivre sur les documents de l'internet et malgré quelques passages de relative incertitude, le tracé de la "Voie  Haute de l'Ouest". Il est assez évident qu'une prospection complémentaire sur le terrain aurait permis de mener à bien et sans difficulté le relevé complet de l'itinéraire  jusqu'à la belle coupe effectuée par Jean-Pierre CLAPHAM en 1988 sur un vieux chemin de St Junien à Oradour qui empruntait ici probablement une portion de la voie antique au niveau du site d'extraction de granulats des Seguines.

  La photo, le dessin de la coupe et les commentaires de l'auteur montrent bien la stratification de la voie ce qui  lui assigne sans ambiguité une origine antique. Malheureusement, au fil du temps, la voie a été amputée sur son flanc par une parcelle agricole dont on perçoit la limite jalonnée par une ligne d'arbres. L'auteur estime que la largeur d'origine de cette chaussée  peut- être évaluée à 5 mètres.

  S'agissant d'une voie amputée dans sa largeur mais conservée intacte dans la stratification de sa partie restante, toutes les suppositions dimensionnelles restent permises y compris celles évaluées volontairement a minima en Limousin, une démarche recherchée qui privilégie néralement la fouille de voies complétement ruinées ou irrémédiablement amputées comme dans le cas présent.
  Car une image de l'IGN prise à 3 km à l'est du site de la fouille, montre sans ambiguité la projection très détaillée de l'emprise  routière  antique. Les "visuels", outils de mesure mis à disposition des chercheurs par l'IGN ou GOOGLE, utilisés avec toutes les précautions d'usage, permettent d'estimer la largeur de la voie d'un fossé à l'autre, dans une fourchette de 18 à 20 mètres.
   
En Limousin, l'étude traditionnelle de ces vieilles voies, semble se complaire de façon constante dans une posture de "gagne-petit du trimard antique" pour ne pas  entrer en conflit  - avons-nous cru comprendre - avec les données venant des auteurs antiques.

   Mais sommes-nous sûrs de parler de la même chose : voies de la conquête et de la Paix Romaine, versus voies tardives du Bas-Empire ?





En revenant des Seguines

  Reprenons à l'envers notre trajet vers l'est et le Breuil.
  Vous aurez noté au passage des Prés-Gras (une boutade assurément !) que nous avons pris en compte une double jonction à la Voie Haute. Par deux routes qui vont en fait converger et se réunir, à peu de distance au sud  (en vert sur nos documents).
  De là, nous cherchons encore quelque trace d'une direction unique qui nous amènerait sur une nouvelle jonction repérée au sud, face à deux  gués sur la Vienne encore totalement  inconnus  :
      - le ou les gués de La Cour dont nous ne connaissons encore que les atterrissages car le barrage du Moulin-Barlet les a "ennoyés" depuis si longtemps que les plus vieux paysans du village n'en ont jamais entendu parler. Des gués cependant qui commandaient un long itinéraire  permettant de rejoindre toujours et encore, à 3500 mètres de là au sud-ouest, la vénérable  Voie d'Agrippa dans les Bois des Essarts, sur un prolongement de la Forêt d'Aixe.

   Mais nous sentons - l'idée est encore mal assurée - que cette direction antique pourrait porter une charge historique bien plus importante que ne pourrait le faire un simple diverticule de liaison et d'échange. Nous y reviendrons .

  Revenant au Breuil, nous avons signalé sous la finale 03 de la piste de Bellegarde l'embranchement vers le sud d'une voie qui va très vite se scinder en deux directions divergentes certes mais toutes les deux attirées et encore une fois, par la vieille Voie d'Agrippa : le réseau se complique et faute de maîtriser le maillage antique des habitats locaux et ceux plus lointains  des centres de décision petits et grands, nous avouons que la logique de ces cheminements traversiers nous échappe quelque peu.

  Ce sera pourtant l'objet de notre prochaine page.

 

Un cliché chargé d'histoire que j'ai pris un jour de 1985,
 au décollage de Bellegarde : la Croix de la Maillartre.


   Ce cliché marquera le point de départ de notre nouvelle étude des passages d'eau antiques sur la rivière Vienne.
  Dans cet esprit nous aurons déjà noté l'orientation conforme de l'ancienne ferme de Maison-Neuve à peu de distance au sud de la bifurcation sur la Voie-Haute sous l'approche finale de la piste de Bellegarde.
   Raymond COURAUD avait bien vu cette trace sur ses photos aériennes de 1960 mais, arrivant des Vaseix, il n'avait su qu'en faire. Avec une belle intuition, il pris néanmoins la route du Pont de la Gabie.

 L'itinéraire (flèches vertes) est ici fossilisé par une limite de parcelle jalonnée par une ligne d'arbres. Après un petit délaissé de culture (affleurement rocheux) dans la céréale, un fort indice se manifeste vers le carrefour (christianisé : La Croix de . . .) de La Maillartre.
  
     Ici encore et après le carrefour, l'expérience accumulée au fil des prospections permet de ne pas sacrifier ingénument  au mythe de la voie antique cachée sous une route actuelle ce qui stériliserait toute la suite de l'étude. La voie se prolonge dans le pré opposé au-delà du carrefour , nous y reviendrons.

Une invite à la photo-interprétation

 Un autre indice est cependant présent sur le cliché et probablement sans lien avec les voies qui nous occupent : une tache grossièrement rectangulaire et relativement diffuse (cadre rouge). Repéré en rase campagne et sans autre accompagnement plus précis, l'indice  appellerait à peine une visite.  
   Mais il s'est trouvé que dans le cas du moment - desserte de l'Aéroport de Bellegarde -   l'abaissement de la chaussée de la Départementale 20 a recoupé l'indice et isolé sa position en hauteur pendant que le "recalibrage" de l'emprise de la Départementale a rafraîchi le glacis des fossés .
  La trace rectangulaire que nous percevons, par sa perméabilité, collecte les  eaux de pluie. Ces eaux qui  percolent  au travers d'un profond dépôt  en place depuis des millénaires comme la  probable litière d'un  habitat humain, peuvent  déverser leur trop-plein sur le glacis du talus et ruisseler vers le fossé en contrebas.

   Au moment de notre cliché, sur le glacis de pure argile du talus,  le ruissellement de ces eaux  avait déclenché très localement l'apparition d'une végétation pionnière où prédominaient  des plantes  hygrophiles et nitrophiles ( avides d'eau et d'azote).

  Au flanc du talus, 25 ans plus tard, le même phénomène se perpétue, particulièrement net en saison hivernale mais demande pour être perçu un maximum  d'attention : une belle coulée verte pérenne de plantes sensibles tranche au milieu d'un environnement rabougri de plantes chlorotiques qui ne trouvent pas leur compte dans l'argile minérale.

   NB : Les astérisques rouges * marquent des implantations d'intérêt agricole réalisées depuis lors, pour le compte de l'Etablissement INSEM-OVIN. Le bâtiment principal qui occupe le haut de la parcelle n'a probablement pas recouvert complétement la trace du fond-de-cabane présumé.
  Un grand hangar (bergerie) occupe depuis peu de temps, l'extrémité basse de la parcelle, au sud : la voie antique venant de l'ancienne ferme de Maison-Neuve a pu être décaissée en tout ou partie par le chantier de construction .
 
   De nombreuses voies profondément ruinées, sont ainsi relevées par l'observation aérienne grâce aux modifications physico-chimiques subies par les sols qui se répercutent de nos jours encore et principalement dans les cultures herbacées.
   Nous pensons que  des indices matériels seraient très difficiles à détecter et à qualifier lors d'une fouille.

   Nous avons constaté de tels exemples en visitant des chantiers de préparation des sols précédant des aménagements ou des constructions : constructions pavillonnaires et
aménagements paramédicaux rue du Gué-de-Vethamont entre autres.