Jean Régis PERRIN

La Voie d'Agrippa 

cinquième étape

Du Queyroix à la Pouge-Périgord 
Le diverticule  de St Auvent
















  Dans cette longue montée, sur 60 mètres de dénivelé, nous sommes accompagné par des parcellaires murés plus ou moins ruinés qui témoignent d'une très ancienne et sans doute très lente reconquête de l'espace routier par les activités agricoles. La configuration de  dorsale topographique accompagne les traces malgré des rejets latéraux de pierraille plus distants : la voie pourrait ainsi et aussi bien, être restituée sur une courbe décalée de 10 à 20 mètres au sud.

  Après nous et au sortir du couvert forestier, le cliché de GOOGLE restitue sans ambiguité la trace antique en orientation et emprise, à 250 mètres du sommet (VOR).
 L'image verticale  ajoute heureusement le constat renouvelé  de la largeur délirante de ces grandes voies impériales. 
   





Les traces d'une structure inattendue
révélée par l'agriculture traditionnelle



  Les souches issues de la déforestation du sommet, ont été rassemblées sur la ligne de rupture de pente du plateau sommital (surimpression rouge). Les rejets arbustifs forment maintenant un énorme bourrelet qui s'effondre sous le pied lors d'une tentative d'escalade : danger !
   Toute trace d'aménagement bâti qui aurait pu exister sous la forêt primitive a disparu avec le dessouchage.

   Notre cliché a une autre vertu, il montre en bordure droite de la route communale proche de l'émetteur principal de radio-navigation une vacuole claire grossièrement carrée qui se manifeste dans une parcelle de céréale dont la récolte est déjà faite sur une marge  triangulaire qui descend vers la ferme.

   Sur l'étendue de la parcelle et au-delà  de la réserve carrée de couleur claire, des taches irrégulières maculent la culture de traces de couleur "marron-gris".  Ces macules plus sombres sont le fait d'une plante parasite autrefois bien connue sur les sols acides : la grande oseille (localement : "las rambas") qui mûrit et se déssèche en prenant une teinte "rouille". Elle aurait pratiquement disparu des cultures sous l'emploi d'amendements calcaires et / ou de  désherbants sélectifs. Elle subsiste néanmoins ici.

    Pour expliquer l'absence de grande-oseille sur les zones claires, nous ne voyons guère qu'un apport massif et sans doute très ancien de chaux. Apport possiblement issu de mortiers de construction de structures bâties par exemple, qui se seraient délités sur place lors de la ruine des édifices, pendant que les pierres qu'ils liaient, auraient été évacuées. Le phénomène aurait ainsi modifié ponctuellement mais profondément les caractères physico-chimiques du sol en empêchant localement  la plante parasite de s'implanter.

   La présence de ces indices induit la question de savoir ce que recélait la grande parcelle de l'autre côté de la route avant son défrichage . En tout état de cause, il eût été difficile d'observer quoi que ce soit sous le couvert forestier qui  précédait sa mise en culture, quelques dizaines d'années auparavant.
   Au temps de nos contrôles au sol sur cette zone ( il y a 20 à 25 ans), nous nous souvenons avoir repéré quelques pierres ouvrées, équarries ou parementées parmi les souches accumulées après le défrichage, en un endroit que nous marquons sur notre cliché, par une triade de points rouges cerclée.
  Aucune remarque n'avait encore été faite sur ce plateau par voie aérienne : l'anecdote ne prit donc pour nous, aucune signification particulière .



L'incident routier de Ployat-Les Guillaumeix




  Avant d'aller plus loin, revoyez comment depuis le ruisseau des Râches et Paradis, la voie romaine s'est si profondément inscrite dans le paysage qu'en 2000 ans de durée historique, les limites des parcelles agricoles que nous restitue l'ancien cadastre, suivent toujours sa trace, une trace qui se répercute dans les terres d'alentour.

 
Arrivé ainsi sur ce point culminant de cote 413,  le technicien romain chargé de  poursuivre sa route selon les normes rigides de son art,  avait une excellente solution. Il s'agissait de virer lentement à gauche au niveau de l'émetteur  de radio-navigation et de descendre de la colline en suivant la rupture de pente marquée à ses débuts, par la limite entre les feuillus et les résineux (tirets jaunes).
 P
uis par un isthme géographique d'une vingtaine de mètres de large, de se faufiler entre les têtes de source du ruisseau des Guillaumeix au nord et celles des Bois de Maurissou au sud.
 
Marqué par des flèches bleues opposées, on appréciera le rôle parfait de cloison géographique de ce passage horizontal étroit  tenant le milieu à parts égales, entre les  sources.

   Mais sur le terrain, il n'existe aucun indice qu'une telle solution ait été appliquée.

   Par contre et en restant par delà le point culminant, sur l'axe de la voie antique dans les derniers mètres de sa longue montée depuis Paradis, le chemin réel est encore tout tracé !

 



      La solution : le passage des Guillaumeix

 Cela commence par une alternative tout à fait acceptable, si ce n'est qu'elle va devenir un pis-aller !

 Par-delà le pylône de l'émetteur, porté en continuité sur l'axe du parcours, un fort chemin au profil en auge de maçon,dévale la pente vers le nord-ouest en ne laissant ainsi aucun doute sur ses origines deux fois millénaires et sur sa capacité à assumer   la suite de l'itinéraire antique (flèches rouge ci-dessous).

   Car ce n'est pas un vallon classique, c'est un chemin qui fut taillé dans la colline; il n'a jamais charrié que l'eau des orages et aucune source ne l'alimente.
  Avant la tempête de 1999, c'était un long tunnel dans la pénombre des mélèzes; il constituait une image d'école. Ses talus doucement inclinés disparaissent aujourd'hui  sous la broussaille pionnière .

  Mais si nous faisons le pari d'une structure principale qui aurait occupé le sommet de la colline, la structure carrée isolée dont  nous venons d'observer la trace, n'en serait qu'une qu'une ultime dépendance en pente vers l'est. Il serait dès lors  permis de voir dans un tel état de fait, l'explication de l'importante anomalie qui s'annonce dans le tracé de la voie.

   Car il n'est pas douteux que l'ingénieur romain a subi ici et de la part probable d'une autorité locale, un refus de passage.

 


 


  Revenons donc à notre itinéraire imposé par une situation politique (?) que nous ne maîtrisons pas. Mais rappelons-nous cependant avoir surpris un autre technicien romain aux prises avec un problème similaire à la sortie de St Gence, à hauteur de Senon-Montcocu, sur la voie de Rancon : la traversée des marais de la Chambarrière.

 A 250 mètres donc du culmen de l'émetteur, notre chemin de secours, sortant de sa tranchée routière,  évite de justesse une tête de source, peu importante au demeurant (cadastre et ci-dessus). 

 Mais,  100 mètres plus loin, on voit bien que l'ingénieur antique a dû renoncer à poursuivre dans cette direction la construction d'une voie qui dérogeait de façon trop flagrante à la direction de Saintes : le terrain devenait difficile à maîtriser, l'espoir de pouvoir reprendre prochainement un chemin vers l'ouest devenait problématique.

  Le  passage que l'on venait de parcourir était cependant assuré d'une certaine pérennité : il deviendra après de nombreux siècles de maturation, le court instant d'une vieille route de Cognac à Séreilhac (cadastre) .





   Pour sortir de ce mauvais pas, il fallait en venir à créer une voie pas tout à fait conforme aux prescriptions de la doctrine légionnaire.    On prit le parti d'aménager ce que l'on avait  à portée de la main : il fallut sans doute ravaler sa honte et faire face, quitte à créer une route d'embuscades !
 
   Alors, 100 mètres plus loin comme je l'ai dit, on tourna à gauche, pour traverser un petit plateau - dont bien plus tard, une famille Guillaume fera son fief -  puis il fallut se laisser  glisser au fond d'un ravin. Là, un pont fut nécessaire : vu la minceur du ruisseau et le resserrement des rives,  ce n'était pas un problème.
    La difficulté apparut  quand l'autre extrémité du pont vint à buter contre la tombée de la colline : on aurait beau décaisser un replat, il faudrait probablement et de temps à autre, appeler une escouade de légionnaires à la rescousse pour riper les avant-trains des gros chariots incapables de reprendre leur ligne de route par leurs propres moyens.

   A l'issue de quoi, il suffisait de contourner le  mamelon topographique et pour ce faire, avoir l'humilité de remonter le ruisseau  - ça ne se faisait  pas en général ! - sur une étroite chaussée décaissée à flanc de colline, au risque de se faire attraper par une crue soudaine ! Pour atteindre enfin un terrain propice à supporter une route romaine digne de ce nom.

  Car à partir de là et maintenant, aussi loin et aussi précisément qu'on puisse en connaître, l'ingénieur allait trouvé le moyen de s'installer sur un long parcours dénué de toute difficulté de terrain et de tout traquenard prévisible .

   C'était  un nouveau début pour une route encore longue vers l'ouest, une route qui saurait éviter les zones humides et les têtes de source et qui n'aurait guère que trois petites rivières à traverser  :  la Gorre, puis la Graine et enfin  la Charente.
   Trente kilomètres : un peu plus de 20 000 doubles-pas soit 20 milles romains
et là on ne devrait pas être très loin de la limite du pays des Lémovices et le commencement de celui des Santones : pas une frontière linéaire probablement mais un pays indécis et de partage qui était désigné sous le nom d'equoranda, " la terre du milieu ".





  Nous ne pouvons pas quitter le site des Guillaumeix sans revenir sur le pont . Dans sa forme actuelle, il n'est pas d'origine romaine.
  L'arche sans doute unique de celui d'aujourd'hui, n'est plus observable : elle est totalement envasée.
  En l'absence d'entretien suivi, elle a  pu être assez vite obstruée par des branches, puis colmatée et finalement bouchée .
  En son état à la fin du XXème siècle quand nous avons fait sa découverte, le passage d'eau était à hauteur du tablier.
  Un chenal  avait alors  été dégagé sous la chaussée et et ce n'est qu'en aval que l'on peut encore voir l'eau cascader dans l'angle de la culée et disparaître sous des monceaux  de feuilles. 

  Nous faisons confiance aux techniciens romains pour avoir, à leur époque, bâti un dispositif moins vulnérable.

  Car notre fameux pont-relique était encore en service pour les besoins des exploitations agricoles, en 1959. La photo verticale de l'IGN en témoigne et il était desservi par un large chemin à double courbure (  pas davantage antique que le pont, que nous figurons en jaune, plus haut, sur la petite photo IGN de 1959) que nous avons personnellement retrouvé et parcouru il y a 20 ans.
  Un chemin qui descendait de l'ancienne ferme et aboutissait, par-delà et par-dessus la Départementale actuelle D 17, à l'entrée de l'ouvrage.

  Sur ce pont, aujourd'hui, les cépées et les baliveaux sont devenus énormes.


La Voie dans les Bois




"Un très vieux chemin de l'ancien temps qui allait de St Junien à Aixe" :
 tous les vieux du pays vous le dirons !
 

   Dès lors et si nous en revenons à notre plan cadastral, plus haut, nous savons qu'après avoir passé le pont et contourné le mamelon de cote 360, nous avons rejoint un chemin tout à fait carrossable à un véhicule de prospecteur.

  A quelques virages près, il a pris la place de notre voie antique : alors suivons-le.

  Il y a 200 ans encore, au vieux cadastre,c'était  le  chemin de St Junien à Aixe-sur-Vienne, nous l'avons dit.

  Mais,  à notre sens il n'a jamais dû son tracé vers Aixe-sur-Vienne à une quelconque antériorité romaine : observez qu'à quelques centaines de mètres de là vers le sud-est, sa traversée des Bois de Maurissou s'effectue dans un dédale de têtes de source alimentant le Limon, un ruisseau lointain tributaire de la Gorre (Voir ci-dessus le plan cadastral de 1814).


   Oublions Aixe-sur-Vienne et intéressons-nous délibérément à la direction opposée : St Junien.
 
   Finissons de traverser la Forêt de Cognac et après la route communale de Brossas, longeons les Bois de Profas. Nous voici aux Alouettes (las Lauvas). Nous sommes toujours sur la voie romaine  car nous tenons le haut du terrain .

   Aux Alouettes, laissons-nous aller vers le nord -ouest par le  large chemin qui se dirige maintenant vers les terres des Grands-Bos.


   Les grandes voies romaines précoces - qui participaient d'une politique très liée à la conquête - n'ont laissé que des traces très vagues  et très distantes dans notre voirie moderne, le vieux cadastre napoléonien nous le confirme fréquemment.

   Aujourd'hui , pour trouver le chemin de St Junien, il faut aller jusqu'à  Chez-Moutaud.  Dans  l'antiquité tardive nous allons le voir, le  chemin des romains passait par la Pierre-Levée : le dolmen. 
 
     Pour ce qui est du reste, le  parcours actuel en direction de St Junien est très marqué sur nos cartes routières, il doit être assez conforme à ce qu'il était au temps de sa création.
  En tout état de cause et dans ces temps lointains, St Junien n'existait pas et il n'est pas sûr qu'un modeste lieu voisin, dit "Forêt de Comodoliac",  ait mérité une telle desserte. Mais  l'opportunité d'un gué sur la Vienne aurait pu plus sûrement, attirer une route.

   Dans le même ordre d'idée, traversant le village des Alouettes, nous avons laissé passer un long cheminement venant apparemment de St Laurent-sur-Gorre et se dirigeant vers St Victurnien par la Croix-de-Mauloup, sur la D 10, près de Cognac.
   En raisonnant
a minima, tous ces chemins en diagonales croisées, se présentent comme des bretelles d'échange entre nos deux grandes voies romaines  qui circulent vers l'ouest, sur les hautes terres qui flanquent de part et d'autre, la vallée de la Vienne :
              - la Voie d'Agrippa sur laquelle nous sommes, 
              -
et la Voie Haute de l'Ouest qui transite là-haut, au nord , à 10 kilomètres de nous et que nous avons abandonné sur le site "Clapham" dans les sablières des Seguines.

Ces vieux chemins de liaison pourraient bien être dans le même temps et sous réserve d'inventaire, partie prenante de voies au plus long cours.
 




Des voies inconnues
sur les terres des Grands-Bos :


 chercher l'hypoténuse.



   Ne nous laissons pas distraire par la trace résiduelle et ondulante d'une route de l'Ancien Régime (cadastre napoléonien) qui s'évacue au milieu et à gauche de notre cliché : elle n'est pour rien dans cette affaire (étoile rouge).

   "La voie romaine ! la voie romaine ! la voir romaine !
   Car voilà qu'au milieu des terres, un beau chemin rural nous vient des Alouettes.

  Et pour tous ceux qui sont venus là par des chemins incertains et sans trop se poser de  questions, c'est  la voie romaine.

  N'en croyez rien et si cela était, elle fut très tardive ! 
    
   En fait, ce beau chemin (qui présentait il y a peu un pavage moderne au départ des Alouettes) aboutit  à  une petite parcelle  triangulaire tout à fait inattendue, entourée d'arbres et qui prend appui sur la route des Grands-Bos au Petit-Vedeix (triangle  vert).
   Il y a quelques dizaines d'années sa surface intérieure, dénudée sous l'ombre des grands arbres, était jonchée de cailloux roulants et de pierres de tout calibre.
C'était à coup sûr, le passage de la voie romaine.

   C'est maintenant un parc de remisage de matériel agricole : il n'y a plus rien à voir. Mais que nous cache cette forme de triangle !

  Nous avons eu ici et durant plusieurs  mois, le sentiment qu'entre le village des Alouettes et le petit bois triangulaire  se situait un problème qui tenait essentiellement à la présence avérée de la voie de St Auvent.
  Sauf bien sûr à dire n'importe quoi et à se réfugier sans états d'âme sous nos routes et chemins actuels : l'Histoire à la louche !

   En fait et pour nous, le premier problème incontournable était la proximité trop étroite entre le chemin actuel qui traverse le plateau agricole des Grands-Bos - en admettant par conformisme, qu'il représente le passage de la voie antique - et le cours initial du ruisseau de Trinsolas qui prend sa source à peu de distance des Alouettes. 

   Le second - autre incohérence, si l'on veut bien changer de registre -  la limite intercommunale,  inspirée des limites interparoissiales du très haut Moyen-Age, (grénetis orangé) entre Cognac et Saint-Auvent, qui se situait encore plus près du ruisseau.  Ceci démontrant à nouveau et s'il en était besoin, le peu de pertinence de l'idée - cependant extrèmement prisée par l'archéologie conventionnelle - que ces pointillés paroissiaux seraient systématiquement des restes de voies antiques : nous disons bien "systématiquement".

   
A droite sur notre photo : le ruisseau jalonné d'étangs figure en bleu et la limite paroissiale en grénetis orangé.

 (Carte IGN au 1/25000, série bleue, n° 1931 est, St Junien).

Même la solution proposée par Couraud,
arrivé là par des chemins très personnels
mais toujours pleins de bon sens,
n'était pas satisfaisante.

   Cependant, il n'était  pas douteux que la voie impériale d'Agrippa, la route précoce des lendemains de la conquête romaine, traversait bien en son temps, l'actuel terroir agricole des Grands-Bos . . . mais alors, où trouver sa trace . . . ?

Loin de la déférence, des idées reçues et des sentiers battus,
il fallait renoncer à vouloir emboucher
la voie de St Auvent !


  Un constat : vers l'ouest, notre bois triangulaire se prolonge  par des limites de parcelles qui vont rejoindre en sifflet, ( "en lingo de beillo") la route du XIXe, la  Départementale 10 . Et arrivé là, une limite paroissiale/communale (Cognac / St Auvent) valide la  très ancienne origine de cette partie de la Départementale : les "vieux" nous l'avaient dit rappelez-vous, c'était le chemin  de St Junien !

   Et cela était si vrai qu'au bout de quelques centaines de mètres, une
direction nouvelle  se détachait de la route, tirant vers le nord-ouest et St Junien et évitant du même coup 3 têtes de sources et ce dernier détail valait un brevet de romanité !

    Expliquons nous et pour cela,  revenons à notre cliché :

        -  pourquoi ce petit bois a-t-il une forme triangulaire ? Pourquoi pas rectangulaire comme un morceau de voie ? Et pourquoi pas linéaire, tout bêtement ?
  Généralement un tel indice en triangle est le signe d'une ancienne bifurcation : les livres parlent alors de trivium. Pour nous qui progressons vers l'ouest, c'est la jonction de 2 routes de même obédience mais dont les origines apparaissent clairement  décalées dans le temps :

               
- l'une est  la route d'AGRIPPA, route du Haut-Empire, route impériale  de la conquête que des limites de parcelles agricoles nous restituent encore aujourd'hui (tracés fins et flèches rouges),


                -  l'autre est une rectification  tardive que nous venons d'évoquer, une route du Bas-Empire ou plus récente encore,  plus directe, moins grandiose dans ses proportions et qui a pris des libertés avec la lointaine, rude et pointilleuse doctrine des Légionnaires du Génie.
   Une route que va sous
-tendre sur le plateau et de façon complexe, l'alternance de vieilles limites cadastrales et de chemins plus récents mais que les meilleures études érudites qui se sont succédées sur le site, pouvaient difficilement déceler.

  Le chemin d'aujourd'hui
est en fait un petit raccourci qui permettait d'éviter le long virage du technicien antique qui moyennait son passage entre des têtes de sources. Postérieurement ce raccourci s'est manifestement créé par l'usage puis maintenu sous la pression des voyageurs. Et c'est le vieux chemin des usagers (de l'antiquité tardive et au mieux du haut-Moyen-Age) qui est resté en service jusqu'à nos jours pour les cultivateurs et les randonneurs.
  Nous n'insisterons pas sur  un argumentaire plus détaillé qui n'apporterait rien de plus à la solution du problème.


   Le technicien romain des Légions avait quant à lui,  tenu distance égale entre les têtes de sources qui encadrait sa voie. On voit bien qu'il avait surtout cherché à s'éloigner au maximum - sans se dérouter cependant - de ce ruisseau qui porte de nos jours un long chapelet d'étangs et que nous retrouverons bientôt car il a fait trébucher bien des archéologues depuis plus de 100 ans :  le Ruisseau de Trinsolas.
   Quant à la voie des origines (tracé fin, flèches rouges), elles n'apparaît qu'à peine et il fallait être là au bon moment pour la saisir dans son ensemble : voir encore sa trace dans la céréale en herbe sur notre petit cliché surajouté.

 
Voyez quand même, au bénéfice de l'archéologie aérienne, combien une voie romaine peut apparaître prégnante dans un  paysage quand la météo est favorable : ainsi il n'est pas rare que des limites de parcelles trahissent et  fossilisent encore la fouille d'ancrage de l'ancienne chaussée pourtant pillée de ses pierres et remblayée de gravats depuis 20 siècles ou peu s'en faut !




Et alors . . . St Auvent ?

   Nous ne saurons sans doute jamais qui fut le promoteur du diverticule de St Auvent qui s'embranche sur la Voie d'Agrippa, ici, sur les terres des Grands-Bos et des Alouettes ( tracé jaune). Ce trajet tourmenté fut-il un itinéraire de complaisance "romanisé"     à partir d'un itinéraire gaulois préexistant, et offert par le romain pour honorer, récompenser ou s'attirer les bonnes grâces . . . d'un potentat gaulois perché là-bas sur son oppidum, là-bas, entre Gorre et Goret ?
   Ou fut-il l'oeuvre personnelle de ce même notable soucieux d'imiter une technique romaine pour desservir son habitat dont la fortification ne servait plus à grand-chose.

  Sur notre cliché nous indiquons en traits jaunes interrompus, le départ de ce long diverticule de St Auvent. Nous reviendrons en arrière pour en fixer le parcours antique après que nous aurons retrouvé sa jonction de retour à la voie d'Agrippa, sur les terres de Rochechouart.


La voie d'Agrippa dans les landes de la Pierre-Levée




   Après l'épisode de notre bois triangulaire, des limites de parcelles fossilisent - nous l'avons dit - le tracé antique de la Voie d'Agrippa que la Départementale 10 va récupérer durant 750 mètres environ. Deux propriétés  récentes, riveraines de la route, ont utilisé de gros moellons et des cailloux plus menus dans leurs soubassements de clôture.
  Au niveau de la maison isolée de Las Séchas,  un fantôme de chemin quitte la route et diverge vers le nord-ouest : c'est notre voie principale.
  Son ancienne emprise devient évidente dans le paysage champêtre dont il a orienté les limites  : enclos et  seconde maison vue au loin,  en retrait de la D 10, près du dolmen (Google, ci-dessus et nos clichés ci-dessous).




   De nos jours, après le dolmen,  la traversée du petit bois est rendue problématique par un profond et ancien fossé de drainage. Nous avons alors pris le problème à l'envers en remontant par des chemins ruraux carrossables, jusqu'à une longue parcelle de lande au sol très clair, sec et pulvérulent où un gazon rèche et clairsemé était interrompu par des placages d'ajoncs nains.
  De là, la voie de St Junien continuait son cours vers le nord-ouest.
  Nous l'avons suivie durant quelques centaines de mètres : manifestement personne ne s'était jamais intéressé à ces tonnes de pierres roulantes qui bordaient ce chemin. Mais la construction récente de maisons d'habitation a  obligé les propriétaires à faire le ménage : quelques cairns de regroupement en témoignent encore (photo ci-dessous).



Sur la lande de la Pierre-Levée


   

   On aura noté, sur les photos de l'IGN 1960 - ci-dessus et ci-contre - l'incident d'alignement qui affecte localement l'ancien chemin de St Junien à Aixe - ci-devant voie romaine de plein exercice - sur la Lande de la Pierre-Levée.

    De prime abord, le phénomène peut intriguer. Mais, très vite le tracé du chevelu hydrographique autour d'une  bifurcation qui se précise, dévoile une possibilité de progression vers l'ouest avec des dénivelés très tempérés et sans passage à gué jusqu'à la Gorre.

   Dès lors la rupture d'alignement évoquée ci-dessus décrit pour le prospecteur avisé, le schéma dix fois rencontré du balancement de 2 directions qui divergent autour d'une bissectrice orientée par le tronc commun du trajet qui précède.


   Moyennant quoi, la reprise d'une orientation  vers l'ouest après  quelques flottements imposés par l'hydrographie, est pour nous, une figure d'école.
 
   La Pierre-Levée, "monument des Romains" pour nos antiquaires de XIXe siècle, méritait bien ce petit hommage.


  De nos jours, la vieille photo  de l'IGN puis les images récentes de GOOGLE,  confirment le virage de la voie principale avant la bifurcation. Autrefois, c'était une longue haie courbe, de nos jours il ne reste plus que des placages d'ajoncs nains pour dessiner un arrondi. 

   Enfin une haie riveraine de la route actuelle venant de Cognac, à l'approche du carrefour de Chez-Moutaud, apparaît uniquement constituée  d'ajoncs épineux en touffes si denses et si serrées qu'elles constituent une clôture impénétrable.  Nous constatons ici que ce végétal est en train de remplacer sur ces terres de lande à la texture très particulière, le rôle de révélateur que nous avons attribué sur d'autres terres à peine moins ingrates, à son cousin botanique, le genêt à balai.



                              Après Chez-Moutaud : "la Voie Romaine !"

   Il est logique que nous ayions cherché à confirmer l'orientation que nous venons de donner à notre voie par l'observation méticuleuse d'un obstacle transverse sur lequel la voie aurait pu laisser quelques indices de son passage.

  Nous l'avons trouvé à peine plus loin, à l'ouest du carrefour, sur une lisière de terres boisées.

   Imaginez : 300 mètres après Chez-Moutaud, nous stationnons au bord de la route, il suffit de se retourner et d'observer.

  Deux cépées de saules reconnaissables à leurs chatons cendrés se sont naturellement implantés sur les terres de comblement des fossés antiques qui concentrent encore l'humidité d'amont. Entre les deux, une forte haie d'ajoncs épineux avides de poches siliceuses, occupe l'espace jadis dévolu à la chaussée.  Plus près de nous, des placages d'ajoncs rabattus par le passage du gyro-broyeur, subsistent encore dans la prairie sèche, accompagnés par des fougères. Retenez également, la fougère !

   Nous avons là un peu plus de l'équivalent en largeur de plus de 2 routes départementales actuelles. On comprendra mieux dès lors que cette observation étant confirmée çà et là, par beaucoup d'autres mesures, on puisse suspecter les dires et les publications des   spécialistes de l'évaluation a posteriori de voies hétéroclites de toutes époques, pourvu qu'elles soient largement ruinées.

   Pouvons-nous être encore plus iconoclaste ?

  Nous redoutons qu'il ait été  ainsi possible en évitant précautionneusement les restes quasi intacts - très rares au demeurant -   de quelques  grandes voies de la conquête, mais en privilégiant au contraire, les ruines de petites voies de servitude ( pistes , venelles,   tramites, sentiers . . . ) d'argumenter pour annoncer des chaussées de 3 à 4  mètres au plus.
   Et ceci afin de rester en accord avec les textes des chroniqueurs antiques qui connaissaient admirablement les beaux pavés des étroites routes civiles  qui rayonnaient autour de Rome et  du latium antique, mais qui, à plus d'un siècle d'évènements qu'ils n'avaient pu connaître, nous offrent  encore  leurs connaissances locales plaqué sur  la Gaule, un  Théâtre d'Opérations Extérieures déjà à leur époque, si vieux et si lointain.
   Il est vrai que César qui aurait pu nous en dire plus, ne s'est jamais apesenti sur ce sujet dont il avait sans doute laissé la gouvernance à ses centurions !
  




   A partir de la direction donnée à la voie tant par les éléments du paysage que par l'hydrographie, montant subrepticement vers le nord entre deux zones hydromorphes, on s'aperçoit qu'un ancien chemin rural a pu  reprendre partiellement au XIXème, l'assise de la voie antique.
   Le tracé en large courbe a manifestement orienté la construction de la belle et ancienne ferme de Bellevue (fin XIXème, début du XXème ?) . La Départementale 10 est récente mais le carrefour qui suit pourrait avoir porté la bifurcation d'un échangeur vers le nord-est : voie de St Junien, voire
à distance, un gué sur la Vienne .
    Son parcours pourrait dès lors atteindre la Vienne entre St Brice et St Victurnien. Nous ferons la même proposition à hauteur de Royer : les voies romaines de la Haute-Antiquité gauloise ne sont pas des morceaux de cheminements "sans queue ni tête" échevelés à travers la campagne mais les éléments d'un réseau voulu et construit avec une haute technicité et dont nous peinons à reconstituer quelques mailles, l'une validant l'autre.

  En effet,  nous avons déjà évoqué, montré et démontré combien l'ingénieur romain était soucieux de fluidifier ses parcours . On retrouve la même démarche dans la mise en oeuvre de possibilités d'échange - tous azimuts croisés - entre deux grandes voies,
 en raccourcissant les trajets et en évitant au voyageur et dans tous les cas de figure, d'être contraint à des cheminements  rétrogrades .





La descente vers la Gorre



   Après le carrefour de Bellevue, la démarche la plus élémentaire consistait à suivre la route communale qui conduit vers l'ouest, au village de la Belleménie.
   Au bout de 500 mètres à peine, nous avons jugé trop téméraire pour un romain de passer à quelques dizaines de mètres seulement d'une tête de source. Il nous a fallu envisager une  courbe vers le sud  pour garder les distances.
   Au nord de Belleménie il fallait  envisager un gué sur un maigre ruisseau. Plus grave, la descente vers la Gorre impliquait alors un cheminement à flanc de thalweg  : entreprise osée !
   De surcroît, on avait tous les risques de trouver sur ce parcours un habitat gallo-romain, signalé ici depuis 1910, "sur une hauteur de la rive droite de la Gorre". Enfin et dès les premiers documents mis en ligne par IGN on voyait nettement un enclos de tradition rituelle gauloise (large fossoyage, angles arrondis), encombrer l'emprise éventuelle de ce tracé hypothétique (voir plus bas).


  Revenant alors à mi-parcours, une montée en pleine terre vers Royer était suggérée à partir d'une nette inflexion en angle aigu de notre route communale, idée  confortée sur les terres agricoles, par de forts indices de routes, voies ou chemins qui se seraient succédés au cours du temps en se déportant latéralement .
  Et au prix d'un large arrondi pour contourner une tête de source au demeurant peu active, on pouvait envisager après avoir traversé l'emplacement du village, une somptueuse descente en pleine ligne de pente vers le Moulin-Brûlé.


  Dès mon arrivée à la première  maison de Royer la cause devenait explicite : c'était un ancien corps de ferme  implanté de biais en déconnexion flagrante avec les autres bâtiments sagement alignés au long de la rue du village.

En bonne logique, cet alignement discordant pouvait se retrouver plus loin dans l'implantation d'autres bâtiments du village.


  Sur l'axe repéré en effet, au coeur du village, un chemin s'ouvrait à partir d'un petit coudert bordé par le  mur aveugle du bâtiment d'une ancienne ferme. Très vite, une longue tranchée au profil amorti par un long usage, bordait une clôture : 200 mètres plus loin la dépression s'estompait sous les fumiers d'un Centre équestre, juste sur la rupture de pente.

Alors,  un profil de voie antique de 20 mètres d'emprise  allait passer la Gorre,  300 mètres plus bas et à 100 mètres en amont du Moulin-Brûlé.
















   Le compte-rendu que nous donnons du parcours antique ne nous satisfait pas pleinement au regard de ce que nous avons appris des usages des techniciens romains.
   L'ancien cadastre nous fait entrevoir les profonds changements qui ont affecté les limites de propriétés au fil des derniers siècles. Nous pensons qu'il éclaire imparfaitement l'état des lieux dans les siècles qui ont précédé son institution.
  Le secteur jaune surajouté au site de Royer suggère la possibilité d'un embranchement d'itinéraires de liaison vers la Voie Haute de l'Ouest en concurrence avec l'autre possibilité déjà évoquée à partir du carrefour de Bellevue. Ici, une telle éventualité pourrait expliquer par l'emprise d'une sorte de "hub" avant la lettre,  la difficulté que nous avons à proposer un schéma  plus élaboré et plus conforme à ce que nous croyons connaître du génie romain.

       En tout état de cause, entre le carrefour de Bellevue et la Gorre, il n'y a pas d'alternative.


De  la  Gorre  à  Troupen








   Après le gué sur la Gorre une rapide incursion au milieu des bois vers une ancienne prairie revenant à la friche, nous montre en position conforme, une ligne de rejets de peupliers blancs qui viennent de  succéder à un abattis récent. Une mouillère est entretenue au pied de la pente par le léger bourrelet de quelques vestiges de voie qui ralentissent le ruissellement de versant.
   Ronces, orties et fougères persistent jusqu'à l'orée du bois. Des pierres roulantes guident alors l'intérêt jusqu'à la petite route de Puychaud.

  Puis, une large dépression qui s'amenuise dans la montée est tout ce qui reste du parcours antique : une grosse  flèche rouge  qui signale le passage, voisine avec la trace sur le sol de l'ancienne route du Moulin Brûlé, ne pas confondre.

  Par Puychaud la voie antique franchissait la colline pour redescendre et se confondre avec une chaussée d'étang qui a été implantée sur les restes bien damés et encore bien ancrés, de l'ouvrage antique.

  On aurait pu croire alors que le chemin rural qui prolonge la chaussée de l'étang, pouvait être invoqué en tant qu'ancienne voie.
  Le parcours en voiture, aisé jusque-là depuis le village de l'Age tout proche, va nous en dissuader : sur le point haut du terrain signalé ci-dessus par une étoile rouge, un filon de quartz barre le chemin
et constitue une dangereuse et agressive arête pour tout véhicule routier un tant soit peu surbaissé (étoile rouge).
  Ce constat suffit à "déclasser" le chemin rural en tant que vestige antique : aucun technicien romain n'aurait toléré de laisser en place une telle protubérance sur un de ses ouvrages.

   Nous reviendrons  d'ailleurs sur une semblable remarque faite quelques années auparavant et avec la même conclusion, sur le chemin de St Auvent.



   En fait, la trace de la voie antique pénétre dans une prairie en léger contrebas du chemin : l'accès à une maisonnette de week-end en rend compte, juste après l'étang (petit carré rouge).
   On retrouve les vestiges du trajet antique, aussi bien marqués au sol que sur les documents aériens, juste avant les Combettes, traversant la petite route qui joint le village de Montazeau à la Départementale 10, au lieu-dit Villeneuve.




   En limite nord des terres Combettes précisément, une "gabie" (maisonnette de berger ou de vigneron) nous rappelle d'autres exemples encore visibles sur cette même voie, à l'approche des restes du Pont-des-Piles antique par exemple, sur la Vienne (commune de Verneuil).
   Eu égard au transport des pierres nécessaires à la construction, le gisement constitué par les restes de la  voie antique ne peut être très loin.
  Néanmoins et de là à Roumagnac, on pourrait peut-être remonter le tracé de la voie de 50 à 100 mètres vers le nord, rectifiant sensiblement la courbe que je propose : j'avoue que ma prospection du bois des Combettes a été trop rapide. J'ai été intrigué en particulier mais sans plus, par des travaux de récupération (?) de granulat, de cailloux, de blocs . . . (?) près d'un ruisseau (pastille rouge ci-dessus) : ne pouvait-il pas s'agir d'une récupération tardive et en place des matériaux de la voie antique ?

   Au plus près de Roumagnac, j'ai remarqué un gisement important de rochers en  gros blocs , abandonnés là par des carriers  préposés à fournir aux cantonniers antiques la matière d'oeuvre brute destinée à être calibrée à la demande pour la construction et l'entretien des voies. Ces blocs n'ont sans doute jamais été déplacés en raison de leur taille et subsistent à titre d'ornement dans une propriété privée (triade de points rouges).


   Les photos ci-dessous illustrent, dans l'ordre, le passage de la voie sous une chaussée d'étang, à l'ouest de Roumagnac, et la montée qui s'ensuit vers les terres de Mauférou. La traversée d'un chemin d'exploitation agricole déclenche autour de cet espace, l'apparition de bouquets de fragon.
  Sous-bois, des lambeaux de chemins abandonnés matérialisent encore la proximité de la très ancienne route.



Le terroir de Troupen

  Laquelle route antique, dans son tracé vers ce qui deviendra le village de Troupen (prononcer "troupin", comme en français), va être amenée à croiser avec un certain biais,  la route communale qui va de Roumagnac à la Départementale 208 (le Petit-Meillat, Quérimort).

   Un phénomène dont l'intérêt n'avait pas échappé à un vieux cultivateur qui avait placé
à cet endroit précis l'entrée charretière de son champ en raison du terrain particulièrement solide .
 
En conséquence de quoi et pour la même raison, son voisin, propriétaire du champ situé de l'autre côté de la route avait fait la même remarque et avait également placé son entrée charretière sur les restes enfouis de la voie.

  Aujourd'hui, les deux entrées sont toujours en vis à vis mais avec le léger décalage qui sied à la faculté d'observation de deux vieux paysans qui avaient peut-être compris beaucoup plus de choses qu'ils n'en ont jamais dites !
 (croix orangée ci-dessous, sur la photo synoptique Google).

   Des "charrières" de Mauférou, un vieux chemin matérialisé sur les images par une longue haie courbe, limite de propriétés, jalonné par un gué, rejoint les habitats du village actuel  de Troupen.
  Dès l'abord du village, sur le trajet présumé de notre voie antique, dans un buisson et déposés là depuis longtemps, des blocs et des fragments de silex avaient été tirés des labours.
  On sait que ces blocs arrivaient avec  les chargements de chaux, un matériau  dont les techniciens romains faisaient usage en tant que de besoin, pour la cohésion de leurs chaussées.
  Un prélèvement de nodule à titre d'exemple, montre une provenance différente de ceux récoltés sur le site de la Grande-Etouille près de la Boilerie et du Pont-des-Piles : photo de spécimen ci-dessus et tache blanche diffuse sur la photo synoptique ci-dessous, pour les blocs de Troupen.



  Dès lors, la traversée du site de Troupen n'aurait pas dû nous poser problème.

  Nous l'éludons temporairement, mais nous trouvons bien en face, de l'autre côté du village, à l'ouest, un chemin agricole encore tout à fait  praticable jusqu'à la route communale de Quérimort à Auvignac puis au Pont-de-Gorre.

  Passée la route et laissant à gauche la  ferme du Petit-Meillat, la trace antique est  abolie mais une lisière de bois en perpétue le passage.

 Très vite ce n'est plus qu'une  simple limite de parcelles de culture, une longue courbe encore bien apparente il y a 20 ou 30 ans et qui allait se fondre sous la petite Départementale 208. 
 
   C'est ici que se faisait la jonction avec le long diverticule venant de St Auvent que nous avons évoqué plus haut, quittant la voie  d'Agrippa entre les Alouettes et les Grands-Bos, souvenez-vous.
                                        




 Pas si simple, la traversée
de Troupen !     

    Car le problème mériterait un long argumentaire articulé autour du vieux cadastre.
   L'arrivée de la voie étant ce qu'elle apparaît sur le  vieux document, il n'était pas possible d'invoquer l'alignement courbe des façades du XIXe siècle, au sud du village, pour suggérer la traversée du village.
 
   Une traversée rectiligne de la partie nord du village suggérée par les façades alignées de deux bâtiments déjà en place en 1828 (flèche verte), se heurtait aussitôt à une forte combe traversière ( surcharge verte entre deux chemins agricoles). 

   

   Heureusement, au sud, des limites de jardin pouvaient offrir l'alternative, dessinant une longue courbe de contournement (tracé rouge) jusqu'à rejoindre le chemin agricole  déjà évoqué, encore en place.



 Une dizaine de mètres encore et le cadastre de 1828 nous suggère une bifurcation. La branche nord semble  réduite à une limite de parcelle mais très vite une limite de propriété en baïonnette nous conforte dans notre idée de voir là le reste d'une ancienne voie (tracé violet).
 Une telle "fourche" peut s'expliquer à la lumière d'un document manuscrit du milieu du XVIIIe siècle, parvenu jusqu'à nous et qui fait état de la découverte d'une "via romana" au nord de Troupen, sur les confins de la paroisse de Chaillac, donc en tirant un peu vers l'est.
   
Pour les érudits du milieu du XVIIIe siècle il n'était pas douteux qu'il s'agisse de la  via agrippa. Mais une telle localisation des traces les rendit perplexes et ne manqua pas de semer le doute dans les savoirs de l'époque.

  Sans entrer dans l'exégèse de ce texte nous pensons que la voie antique découverte pouvait être un énième diverticule de jonction entre la voie d'Agrippa sur laquelle nous circulons et la Voie Haute de l'Ouest qui circulait sur l'autre rive de la Vienne.


 
  On notera  à cet égard sur le plan synoptique ci-dessus et successivement, le tracé en baïonnette de la limite parcellaire et le nom du village "Le Gaud" (le gué : il y avait donc bien une voie à cet endroit)  situé sur le parcours évoqué et enserré entre deux têtes de source abondant le ruisseau de Troupen lui-même tributaire de la Gorre. 
   Un document et des constats très évidents pour qui a un peu voyagé et qui constituent autant de bases solides  pour une telle  hypothèse. 

   Bien sûr nos grands devanciers ne pouvant aller au-delà du consensus de leur époque, attribuaient-ils la construction des mégalithes aux romains. Il était donc normal qu'ils aient songé à faire transiter le parcours antique tel qu'ils l'imaginaient de Chassenon à Aixe, par le site de la Pierre-Levée. Disons cependant à ce propos qu' il m'apparaît étonnant que les bâtisseurs de voies antiques, que l'on imagine avec quelque raison, avides de matériaux de construction, aient respecté et épargné l'énorme masse de pierre que représentait si près de leurs chantiers, ce dolmen de Chez-Moutaud, la Pierre-Levée des anciens.

  Et on sent bien dans le texte de notre rédacteur anonyme, que la découverte inattendue de cette via romana  un peu trop au nord, ait  soudain bousculé ses convictions : il serait sans doute surpris de savoir que 260 ans plus tard, le parcours antique de la grande voie d'Agrippa, évolutif et changeant au fil des publications qui se succèdent, se promène depuis Limoges d'une tentative de localisation à l'autre.

    Alors et pour accroître le renom d'un de nos oppidum gaulois injustement méconnu au milieu de son environnement routier aussi approximatif qu'allègrement  diachronique . . . et glaner ici et là quelque supplément d'expérience, nous ne pouvons décemment pas éviter de revenir en arrière pour explorer le long diverticule gallo-romain de St Auvent.



Le diverticule gallo-romain de St Auvent



Le plateau des Grands-Bos



  Ces photos sont maintenant bien connues. Pour nous, elles se sont bonifié en 20 ans d'âge !  C'est le temps de la réflexion et de quelques retours sur le site.
  Il n'est pas sûr que les indices qu'elles nous transmettent soient encore observables aujourd'hui.
  La voie de St Auvent se détache de la Voie d'Agrippa quelque part sur le plateau des Grands-Bos et s'individualise très vite en pleine terre, sur une limite de parcelle qui nous la montre rejoignant la lisière des bois où elle entretenait au-delà de la route communale du Petit-Vedeix et au moment de nos vols (1985, 1986 ...), une longue ligne de genêts.


  Hormis sa première racine antique sur le plateau, très vite tombée en désuétude, la voie de St Auvent prenait son origine - disons médiévale pour faire court - près des Alouettes.
  Elle longeait alors des lisières des bois en parallèle et à peu de distance d'une dépression naturelle qui marque l'origine du ruisseau de Trinsolas dont nous allons reparler.
  Cette proximité avec un cours d'eau,  modeste certes, mais qui draine une zone fortement humide, marque bien le caractère très tardif de ce second tracé (grénetis vert).

  Sans surprise, c'est  ce tracé du Haut-Moyen-Age, encore actif autour de 1813 /1817, qui a été récupéré en son temps, pour marquer la limite entre les paroisses de St Cyr et Cognac-la-Forêt et non pas le tracé antique évanoui depuis quelques siècles dans les brumes de l'Histoire. Dont acte !

 Codicille :
Pour ce qui est de la suite de l'itinéraire de St Auvent, pareillement d'origine antique mais que nous retrouvons aujourd'hui  peu ou prou amendé et modifié durant les 2 millénaires écoulés pour venir jusqu'à nous, c'est évidemment sa version largement postérieure à l'antiquité  qui a également servi de référence entre les paroisses de St Cyr et de St Auvent (voir votre carte IGN et éventuellement l'ancien cadastre).

  L'origine antique de l'itinéraire de St Auvent se trouvait d'ores et déjà fortement validé par la présence dès avant la tempête de 1999 - sur la bissectrice de la bifurcation - d'un "petit monument rituel de carrefour" présumé  par l'important bosquet de buis qui coiffait ce point haut des terres des Grands-Bos (mention "sanctuaire" sur nos documents).

 Mais il a fallu attendre l'enlèvement des chablis et quelques abattis supplémentaires pour apercevoir des pierres ouvrées restées en place depuis sa ruine très ancienne.






   L'aspect très varié du chemin de St Auvent, hormis les pierres encombrant le passage  ou  rejetées sur les côtés, n'a rien qui signale sûrement une origine antique. Nos premières prospections au début de la décennie 1980, nous avait montré incidemment le travail d'un engin de terrassement qui avait tenté d'abaisser un "dos d'âne" essentiellement  constitué d'un filon de quartz assez proéminent pour gêner le passage des chargements agricoles. Ce fut pour nous le premier doute qu'une voie romaine ait véritablement été établie à cet endroit précis d'un itinéraire rural d'aujourd'hui.

    Mais devant le peu d'intérêt de retrouver le passage antique à droite ou à gauche du chemin actuel, nous avons poursuivi notre prospection en veillant cependant d'autres anomalie qui pourraient s'avérer significatives.




Le "long pont" de Ballot


   C'est ainsi que quelques 500 mètres avant le contact avec la Départementale 21 (de St Laurent-sur-Gorre à St Junien ) la voie de St Auvent arrive sur une rupture de pente qui précède le passage sur la chaussée de l'ancien moulin de Lascaux maintenant disparu.

  Des générations d'archéologues et sans autre forme de procès, n'ont vu là - a minima - qu'un très ancien pont rustique .

  Mais il y a moins de 10 ans, à la faveur d'une publication sur le diverticule de Montpoutier à St Junien pris pour une voie romaine au long cours et de plein exercice (et après tout, pourquoi pas !), la revue annuelle "Travaux d'Archéologie Limousine" évoquant les "longs ponts" de Germanicus bataillant sur le Rhin, a pu adouber à l'antique le pont de Ballot ,  - merci Tacite !

  Pour avoir déjà employé ce vocable à propos d'un pont envasé dans les marais de la Chambarrière, en dessous de Montcocu, sur la voie de Rancon, je fus flatté : le diverticule de Saint-Auvent se présente en effet comme un itinéraire d'échange, de jonction et de desserte conservé à quelques détails près, jusqu'à nos jours.
  Cependant quelques détails topographiques (angulation du tracé, dépression sur une zone de plateau située au nord) révèlés par un examen stéréo de photos aériennes il y a 30 ans,  m'incitérent à  explorer plus largement au sol, l'environnement du 
  site.
  Ainsi m'apparut alors , plus émouvante que la photo, une belle et vaste prairie en cuvette, cernée par des haies strictement asservies à la courbe de niveau 315 : c'était l'ancienne retenue d'eau du Moulin de Ballot.
  Dans le même temps , l'ancien gué situé à la queue de la retenue, se signalait selon un rite qui m'est devenu  familier : pierres résiduelles éparses jalonnant le parcours traversier, les plus grosses ramenées sur les bords de la dépression.  Le garnissage pierreux du sous-sol permettant parfois  comme ici, l'implantation du chêne, relativement bien adapté à ce substrat de vase aérée par son ample système radiculaire pivotant

   Un cairn important avait été érigé dans la châtaigneraie à quelques dizaines de mètres (triade de points rouges) pour assainir l'espace agricole récupéré.
   Un cheminement d'origine pour le moins antique voire protohistorique, se révèlait ainsi sur  le ruisseau et quelques mètres plus haut, en amont , le "long-pont"  perdait quelques siècles d'ancienneté et gagnait ainsi un coup de jeunesse. 

   Car le moulin de Ballot est bien sûr de très ancienne origine : peut-il cependant être antérieur à l'an mil ?  Et ne parle-t-on pas de moulins à eau archaïques dès le VIIIe siècle ?
 
  Ce moulin fonctionnait   nécessairement par éclusées : le faible débit du ruisseau de Trinsolas - que nous n'avons jamais vu capable de faire tourner un jouet d'enfant -  mettait un
certain temps  à  remplir la retenue. Un temps certain.
 
   Et quand la réserve était   remplie,
le gué était  noyé et ne devenait à nouveau   praticable que progressivement et lorsqu'on se mettait enfin à moudre.

   L'idée de bâtir un pont de pierre en amont du gué pour créer un passage hors d'eau, a pu alors se conjuguer avec l'opportunité de créer un second  moulin   en faisant de ce pont la chaussée étanche d'une nouvelle retenue pour un  nouveau moulin fonctionnant selon le même processus obligé : le moulin de Lascaux.

  Les deux moulins auraient ainsi fonctionné soit en alternance, soit en continu mais de façon telle (en maître et en esclave) que le même volume d'eau allait être "mouliné" deux fois accentuant ainsi l'obsolescence du gué. C'est ce que nous suggèrent les vieux cadastres.











   L'image ci-dessus attire l'attention sur le phénomène de flottement qui  affecte fréquement et l'une par rapport à l'autre, une route moderne qui a repris grossièrement l'assise d'une voie antique : les restes de la chaussée antique réapparaissent à droite ou à gauche de temps à autre. Le phénomène est généralement très ponctuel, l'adéquation d'une chaussée moderne à une chaussée antique relève davantage du hasard que d'une continuité historique.
   Le phénomène, nous l'avons déjà signalé sans commentaires, se révèle par la présence d'une  haie-limite et de son épaississement localisé. Quand l'exploitant décide de récupérer cette bande de terre, les pierres apparaissent. Autre exemple 500 mètres plus loin, à l'ouest.





La bifurcation de La Côte





   Les deux documents ci-dessus et ci-contre, se passent de commentaires : ils illustrent la haute conception que le romain pouvait avoir du tracé d'une route même d'intérêt mineur, en comparaison du tracé de la route médiévale plus mesuré, recherchant une pente moins accentuée au prix de trajectoires plus heurtées . . . Dans le cas présent, l'itinéraire moyenâgeux est pavé à  larges dalles, ce qui est rarement le cas on le sait,  aux temps antiques.
   On pourrait digresser à l'infini sur les mérites comparés de l'une et de l'autre.
   Notez à nouveau :
 -  le plan de bifurcation de la route antique autour de sa bissectrice,
 -  l'orientation de la grange de la ferme de La Côte,
 -  la longue tranchée vertigineuse (dépression aménagée) qui dévale la pente droit devant, jusqu'au méandre de la Gorre en aval d'un autre  Moulin de Lascaux probablement plus récent.
 -  la récupération d'eau par les soubassements des ouvrages antiques (trainées humides plus vertes).








De la vallée de la Gorre et du Gorret
aux Forêts de St Auvent - Rochechouart
et à la jonction de Quérimort



    Les chemins de traversée de la vallée sont très difficiles à disséquer tant dans leur cours que dans leur chronologie.
  Comme quoi le sujet peut apparaître parfaitement limpide quand on suit benoîtement  routes et  vieux chemins  et devenir très compliqué - abscons pourrait-on dire - quand on  se donne les moyens de prendre en compte tout ce que la  nature et l'histoire nous servent à profusion . . . mais en vrac.

   Observons la photo ci-dessus, en complément les deux photos suivantes et au besoin la carte IGN série bleue, 1931 est.

   Ayant envoyé un émissaire vers St Auvent, la branche principale du diverticule de la voie d'Agrippa va poursuivre le contournement de l'oppidum .

  Car St Auvent est bien un ancien oppidum gaulois : un ingénieur romain agissant  sur ordre, n'aurait pas été commis pour le desservir par une route exemplaire si ce n'avait été qu'une lande inculte ou une forêt.

   La voie antique sort du couvert forestier et aborde la descente vers la ferme du Planchat (la planche = un ponceau rustique sur un ruisseau) par une tranchée à flanc de pente. Au-dessus de la route, sous la grosse flèche rouge, dans le coin gauche en haut du cliché, on verra un reste de chaussée antique surélevée, resté en place.

   La ferme du Planchat, notez l'orientation du bâtiment principal et la présence d'un arbre en boule qui ponctue une légère angulation du tracé antique.
   Ensuite, le trajet antique  passe sur deux planches successives; il est jalonné par des pastilles rouges.


   L'ancienne papéterie du Planchat ( sur le Gorret) 

                                                        Une levée de terre armée de cailloux, figurait un angle droit au moment de nos vols et de
nos prospections au sol (1985) : il s'agissait probablement d'une récupération des éléments de la chaussée antique pour former
barrage aux excursions saisonnières du ruisseau de Couffiégeas.  

                                                       C'est sans doute pour contenir ces innondations que le ruisseau a été rectifié et canalisé
à une date inconnue : il n'en reste pas moins que son  cours ainsi rectifié, délimite avec l'ancienne levée de terre une zone encore
très humide.
                                                        La dite levée de terre ne représente donc pas le tracé exact de la voie antique.
                                                        L' ancien cours du ruisseau est encore discernable (pointes de flèches bleues, pastille bleue
sur l'ancienne embouchure).



   La voie antique :

                                                Selon toute probabilité et après la papéterie, la voie antique attaquait la croupe boisée du plateau de la Troubadie derrière la maison isolée, de l'autre côté de la route. Au sol, les traces de la montée (pastilles rouges) se sont révélées bien érodées mais plus loin dans cette page, la photo IGN de 1960 est plus explicite.

   Sur la crête du plateau toute trace a disparu mais la nature solide du terrain avait sans doute évité de grands travaux (grosse flêche rouge). Sur cette longue crête nous figurerons plus loin, l'existence d'un important cairn d'épierrement.   
                                    
       En dépit d'une tendance irréfragable et irrépressible chez tout archéologue haut-le-pied égaré dans ces parages,  il est impensable d'envisager qu'à l'époque antique, une montée  longeant le vallon du ruisseau de Couffiégeas en lisière des pentes boisées actuelles pour atteindre  l'ancienne ferme de Maison-Neuve, ait pu être envisagée (hypothèse amorcée par un grénetis jaune).
       Ce n'est qu'un ancien chemin , d'âge séculaire certes mais certainement pas millénaire. Il ne faut pas être dupe.
     
   Observez que pour ce faire,  il commet une incursion vers la pente de la forêt qui est en même temps une surélévation par rapport à la zone humide qu'il longe (voir sur place) : des solutions non romano-compatibles (grénetis jaune).


  Plus tard, à l'orée du Moyen-Age peut-être, un chemin pavé descendra de l'ancien oppidum de St Auvent (pastille verte, point noir central, puis 2 pastilles vertes et petites flèches vertes). Actuellement une passerelle assure sa continuité par-dessus le Gorret, puis il longeait sans doute les bâtiments de l'ancienne papéterie et coupait l'assise de la voie romaine pour réapparaître au-delà de la levée de terre sans avoir présenté aucune espèce de connexion avec la ruine de la voie antique.

   Ce sera le vieux chemin de Saint-Auvent à Chassenon  et on aura perdu jusqu'au souvenir de la voie antique.
 





Le vieux chemin de Chassenon à St Auvent

   L'image ci-dessous nous montre la structure du vieux chemin que nous venons d'évoquer : petite chaussée au centre , on restitue facilement les bas-côtés  et les deux fossés. La leçon des romains a été retenue mais l'emprise du chemin n'y est plus !
   La voie romaine est en rouge, les voies  médiévales en vert. Notez cependant au passage qu'un pontage existe partant de la ferme du Planchat, entre la vieille voie romaine et une nouvelle voie médiévale venant de l'oppidum (petites flèches vertes).
  La jonction se fait à peu de distance de Couffiégeas, pastille verte sur la route.

  C'est le chemin de l'Ancien-Régime de Chabanais et Chassenon à  St Auvent. A toutes les époques, il était  possible de contourner St Auvent pour aller vers l'est . . . et vice versa.



     Longtemps après les gaulois et les romains , le tronçon de voie antique descendant des hauteurs de Trinsolas / la Côte, pouvait encore être opérationnel, au moins jusqu'à la ferme du Planchat.
   Au Planchat, observez les arbres  en boule, l'orientation du corps de ferme, l'aspect de la bifurcation (ci-dessus).
 
   Après la jonction des deux itinéraires, le tronc commun traversait un abrupt boisé dans une tranchée qui a longtemps servi de dépotoir à la ferme de Couffiégeas toute proche.
  Après la traversée des Forêts de St Auvent puis de Rochechouart, nous  retrouverons ce chemin nouveau près de La Motte longeant une ancienne parcelle de bois investie par des touffes de fragon buissonnant. On pense irrésistiblement à une halte, une aire de repos, même à cette époques tardive.
 
  De là on peut  rejoindre par des  chemins toujours praticables et des routes, le carrefour de
Bramefan, la Pouge et les terres de Quérimort et du Petit-Meillat et rejoindre là la grande Voie d'Agrippa qui nous vient des Grands-Bos, et dont le tracé plus ou moins fidèlement conservé, sera repris pour un temps, en direction de la ruine de Chassenon.

   Mais attention, n'oublions pas qu'il s'agit là du chemin médiéval de St Auvent à Chassenon et qu'il n'est au mieux qu'un ouvrage de l'Antiquité tardive, très tardive. Nous verrons plus loin comment il a pu rejoindre à hauteur du domaine de la Motte, la trace de la voie gallo-romaine venant de l'oppidum. Celle-ci va ignorer superbement le carrefour de Bramefan et passer au nord.

   Ce carrefour de vieilles routes porte un beau chêne
- ornement traditionnel des cérémonies gauloises et gallo-romaines - comme il a dû en porter d'autres au fil des siècles et de surcroît il a été sanctifié par une croix de carrefour renouvelée jusqu'à nos jours.
Dommage pour les randonneurs, nous ne lui accorderons pas une origine antique.

Et c'est précisément ce phénomène qui nous incline à penser que nous sommes là en train d'évoluer dans  l'imbrication de deux, voire de trois systèmes :
 
   - un oppidum du temps de l'indépendance gauloise,
   - desservis par des chemins inconnus et qui n'ont laissé aucune trace en tant que tels et que nous essayons cependant de situer,
   - un long épisode romain (gallo-romain) de plusieurs siècles au cours duquel une voie somptuaire est construite
     rattachant la fortification devenue résidence, à une grande voie stratégique impériale (la Voie d'Agrippa) qui passait non loin de là.

   - Puis, venus les temps de la décadence
progressive de l'Empire  et les temps troublés qui l'accompagnent, un
    nouveau réseau de voirie moins grandiose, mais plus commode et plus praticable, se met en place spontanément sous la
    pression de l'indigène et des rares voyageurs. Il réutilise en tant que de besoin, ici ou là, de rares tronçons de voirie du
    temps de l'Empire et devient dans sa banalité, de plus en plus prégnant dans le paysage.

      Ce nouveau réseau ignore des lieux de vie qui
dans ces temps indécis entre l'Antiquité finissante et le Haut-Moyen-Age, n'ont encore aucune notoriété  voire aucune existence (Rochechouart).
     Il n'est pas interdit de penser qu'il réutilise également de ci de là et matérialise du même coup, de vieilles pistes gauloises (la Pouge,  photo à l'appui) venues ainsi à notre connaissance et parfois même, à notre usage.








Les voies antiques de la Troubadie

  Passée la zone actuellement occupée par l'ancienne papéterie du Planchat, la voie antique dite de St Auvent venant des hauteurs de Trinsolas, après les gués sur la Gorre et le Gorret, aborde en forte pente, une montée biaise vers le plateau de la Troubadie. Nous suivons en cela la trace assez évidente laissée ci-contre sur notre photo aérienne ( et sur celle, plus loin, de l'IGN 1960, photo synoptique), dans la forêt qui couvre la pente .

   On se souviendra que dès  notre arrivée sur les terres qui dominent St Auvent, la bretelle de liaison vers l'oppidum   nous a donné un nouvel exemple de la maestria romaine à l'oeuvre dans le tracé de voies en  larges  courbes   et  son engagement téméraire dans les pentes abruptes de la Côte, la ferme bien nommée.

   Au bénéfice de l'expérience que nous menons ensemble depuis une centaine de kilomètres, il apparaît maintenant évident qu'une sortie  a dû exister dans les espaces abrupts qui formaient la défense de l'oppidum et qui font face à cette croupe boisée qui porte le plateau de la Troubadie.

  La prudence romaine voudrait alors que le passage à gué du Gorret se soit effectué après l'embouchure du ruisseau de Senas  pour n'avoir à négocier qu'un seul passage d'eau.


 Le plateau qui domine la Troubadie et sa large  arête sommitale horizontale  a sans aucun doute porté une longue portion de la voie romaine venant du Planchat  jusqu'à la lisière de la Forêt de St Auvent. Construite à moindre frais sur un substrat solide, le trajet antique a cependant laissé  des pierres sous forme d'un cairn important. En rive de la voie, un reliquat de parcellaire carré  porte des traces de travaux anciens; il est exactement centré sur le point sommital de cote 261. Enfin, plus loin un enclos quadrangulaire est encore emcombré de pierraille : quelques arbres servent encore de support à des treilles de raisins noirs. C'était un probable enclos d'habitats.
  Voir ci-dessous la photo du plateau.



     Disons tout net que l'avion ne nous a  pas permis d'accrocher" le moindre indice qui aurait pu nous "mettre sur la voie" et nous inciter à aller au sol gler ce problème de sortie de l'oppidum.

   Néanmoins la découverte ex nihilo des vestiges d'une voie traversant le  village de la Troubadie et se dirigeant vers la ferme abandonnée de Maison-Neuve, en convergence avec la voie de crête du plateau, nous donne à penser que nous ne sommes pas très loin de la réalité historique.
  Dans sa montée vers l'ouest, cette voie de sortie  de la fortification gauloise aurait pu guider après sa ruineles orientations succesives de deux granges dans le hameau de la Troubadie (photo ci-dessus, pastilles blanches, centre rouge).

  Car, plus loin, on observe des restes de rangs de pommiers. Or nous avons déjà remarqué sur la commune du Palais-sur-Vienne, sur la commune de St Priest-sous-Aixe et en quelques autres lieux, l'existence d'un comportement opportuniste de  vieux paysans plantant des pommiers sur les anciens fossés comblés des voies romaines. Nous en aurions ici un dernier exemple en cours de disparition : c'était néanmoins une rare pratique de circonstance témoignant de l'intérêt porté il n'y a pas si longtemps encore, à cet arbre fruitier.
 
 Eu égard à l'évolution des pratiques agricoles et à l'évolution des goûts, il n'y a guère de chance que cela  se perpétue (photo ci-dessous).



 Dans la montée à flanc de pente vers la Maison-Neuve, un diverticule quitte la voie et se dirige - à niveau - vers un bosquet proche du ruisseau de Senas (étoile verte).
  Son tracé montre une courbe d'une telle sûreté et régularité que son origine antique peut être présumée. Il figure encore, en tant que chemin agricole sur l'ancien cadastre de St Auvent.
  Les photos aériennes de toutes époques détectent un cheminement qui traverse le bois et finit en courbe vers un point d'eau qui semble alimenté par deux rigoles venant de proches lisières de la Forêt de St Auvent.
  Partant du site, certains clichés suggèrent un chemin rejoignant la voie principale à peu de distance de Maison-Neuve.

  Caravansérail  . . . ou tout autre chose, le site n'a pas été visité et l'interrogation reste entière.











La voie de St Auvent en forêt.
Le site gaulois de La Pouge - Quérimort.

La jonction à la Voie d'Agrippa.
Au seuil des terres de Chassenon.






   A partir de l'ancienne ferme de la Maison-Neuve, la voie gallo-romaine de St Auvent effectue un vaste mouvement tournant destiné à éviter les sources multiples du ruisseau de Couffiégeas : convergence sur étoile bleue.

   Une zone étendue de fragon très dense et très étendue, valide l'entrée en forêt.
   
  Le cours des  ruisselets affluents est bien marqué : le modelé de la canopée suit le nivellement du terrain. Leur convergeance sous notre étoile bleue, montre un véritable déluge d'eau qui s'écoule en nappe à fleur de sol : spectacle jamais vu auparavant. La zone de débordement du ruisseau signalée plus bas au niveau du Planchat (confluence) bien que non observée en situation, acquiert ainsi un niveau de probabilité renforcé : hypothèse à vérifier néanmoins auprès des riverains.
   La trace résiduelle de la voie antique est marquée par la stature plus élevée des arbres : il semble qu'elle ait servi de base à l'orientation des lignes de plantation dès l'entrée en zone forestière. Plus loin elle diverge en faible angulation par rapport  aux lignes d'arbres. Quelques contrôles au sol par les perpendiculaires, confirme l'existence de la trace.
  En limite gauche de notre cliché, nous avons alors mesuré que le tracé antique a fixé sur 230 mètres la  limite communale (paroisse) entre Rochechouart (Biennac) et St Auvent.
  La voie était remarquable en secante biaise sur la large laie forestière partant de l'ancien chemin de Chassenon à St Auvent et aboutissant à la ferme de La Motte.  
  Enfin une percée au sud-ouest à partir de la clairière de La Motte et sous un peuplement dense de jeunes feuillus, permettait de relever une trace nette de chaussée arasée mais encore bordée de ses fossés telle que décrite par le schéma ci-dessous.

   Toutes les descriptions  qui précèdent et qui suivent sont en majeure partie largement antérieures à la tempête de 1999.






Un habitat pour un grand site agricole gaulois

      La  photo ci-dessous montre deux mares - dont l'une complètement asséchée  est réduite à l'empreinte de son fond vaseux. Elles sont  entourées d'une zone annulaire plus claire probablement due au tassement lié au piétinement des animaux. Dans la majorité des cas, ces  points d'eau apparaissent  hypo-alimentés. Selon notre expérience, ils sont toujours en relation étroite avec des sites d'habitat ou d'activités gaulois. Leur aspect rappelle  les lavognes des pays au substrat karstique ( Causses). Leur présence en terre limousine relève bien évidemment d'une explication hydrologique différente.



   La seconde image (ci-dessous) nous permet de retrouver la figuration à peine estompée d'une voie gauloise, traditionnellement et simplement matérialisée à l'approche d'une zone d'habitat, par deux fossés parallèles. Elle évolue très vite en une trace rubannée, avant de revenir par-delà son passage sous la Départementale 10, à deux lignes parallèles fossoyées ( troisième image).
   Très belle mare dans l'angle supérieur gauche du cliché et linéaments fossoyés épars dans le paysage mais malheureusement et comme toujours sur les sites  les gaulois, pratiquement ininterprétables.

   Sur toutes les images de cette fin de page, nous sommes revenu à la couleur jaune du début pour la voie dérivée de St Auvent.  Nous allons rejoindre dans quelques centaines de mètres, à peu de distance distance de la ferme du Petit-Meillat, la grande voie d'Agrippa figurée en rouge.





La traversée d'un îlot gaulois



   Les deux images maîtresses du panneau ci-dessus figurent, sur un relief arrondi en légère croupe, un grand enclos carré fossoyé. En surimpression (ou sous-impression) un autre vestige, incomplet mais probablement carré également, en discordance d'orientation, se signale par une hygrométrie plus forte.
  La partie amont porte un indice rectangulaire enchâssé : on peut risquer l'idée d'un enclos adventice à vocation  résidentielle,  incrusté dans la partie agricole plus vaste.
   Le site gaulois de La Pouge peut être étendu aux terres de Quérimort : voir la localisation ci-dessous à quelques centaines de mètres de la jonction.

   Enfin, deux vignettes en surimpression  (IGN 1959 et IGN 2012) encadre chronologiquement un carré détouré en rouge et traité en hyper-contraste sur notre cliché A de 1987.

    1 - Dans l'angle inférieur droit du panneau photographique, la vignette datée de 1959, montre une simple parcelle agricole rectangulaire et anodine sur laquelle les travaux agricoles éradiquaient toute végétation parasite de nature arbustive.

     2 - Sur notre photo A de 1987, un détourage montre la même parcelle. Cette fois, le relâchement agricole trahit une structure archaïque. Une haie jusque-là contenue apparaît, délimitant deux parties inégales dans la parcelle. Les experts auront déjà reconnu l'ébauche d'une  configuration de villa gallo-romaine primitive dont nous avons observé quelques exemples au cours de nos randonnées aériennes. L'archétype - pour ce qui nous concerne - serait la ferme des Chènes-Courts dont nous faisons remonter le nom - à notre corps défendant -  au toponyme bas-latin "Cassano-Curtis"  (Cnes de St Bonnet-de-Bellac et Bussière-Poitevine, site limousin-archeo-aero, page "un desert archeologique").

       3 - La vignette de 2012 montre la parcelle et celles circonvoisines, revenues à la forêt  et archéologiquement illisibles (angle supérieur gauche du panneau photo).

   Que de sites entrevus et à jamais disparus.
  On le savait déjà, l'efficacité de l'observation aérienne ne relève pas de la foucade d'un jour mais exige une longue et constante pratique. 



Retour à la magnificence romaine



             Image aérienne contre grattoir et plumeau


   A hauteur du village de La Pouge, nous avons vu la voie de St Auvent ( matérialisée dans la configuration traditionnelle gauloise des voies vicinales de proximité) disparaître sous le passage  actuel de la petite Départementale 208.

 Et voici qu'au niveau de la ferme du Petit-Meillat, elle échappe à l'angulation de la route moderne pour s'arrondir dans une grande terre de culture. Mais elle réapparaît sous la forme inattendue d'une voie romaine de Haute-Antiquité.

  Nous le savions déjà bien sûr, mais l'image de GOOGLE nous le confirme magnifiquement et nous permet d'approcher la mesure d'une emprise qui devrait donner - une nouvelle fois - à réfléchir (!) à nos spécialistes autoproclamés des grandes voies antiques de la conquête avec leurs chaussées  de 6 mètres !
 
  N'invoquons pas la largeur hors-tout du monument routier tant les fouilles jusqu'alors pratiquées peinent à  accepter l'évidence de ces bas côtés où circulaient la cavalerie des légions, les animaux de bât et les piétons.

 
 Devant des spectacle aussi peu contestables bien que venus à nous par l'observation et l'image ce qui n'est pas commun, il nous arrive de mesurer et de remesurer nos traces. 
   Mais il me semble que nous avons déjà tout dit sur le chapitre des grandes voies antiques et la perception que l'histoire conventionnelle  nous en donne.


  Une dernière image encore avant la jonction , qui ne nous apporte rien de nouveau si ce n'est un ultime fossé gaulois sur les terres de Quérimort qui en compte beaucoup d'autres que nous avons tenté de  recenser sans avoir jamais réussi à y trouver une logique.





  Sur fond d'une image  de l'IGN, mission verticale de 1949, voici un synopsis de nos travaux routiers antiques autour de Troupen :
    - le contournement de la combe sèche (à-plat vert) au nord du village,
   - la curieuse figure d'un parcellaire (à-plat rouge) qui pourrait évoquer le pourtour d'une ferme (villa) gallo-romaine bipartite amputée d'une partie de son enclos  agricole (hypothèse capilotractée !),
   - de l'itinéraire de jonction (en violet détouré de rouge) vers le nord suggéré par le mot-d'écrit de 1754 et l'inflexion caractéristique de la voie d'Agrippa,
  -  et enfin, se dégageant du village de Troupen à l'ouest, un petit diverticule de jonction (en vert continu) vers la voie de St Auvent, direction forêt de Rochechouart. Ce diverticule existe encore partiellement sous forme d'un chemin carrossable joignant le village à la petite route de Roumagnac.







    Lieu-dit Chez-Raymond : une longue tranchée routière séparait les deux propriétés privées de la route. Les propriétaires accédaient à leur maison par deux petits ponts. Site non revisité.
La Feuillade : traces  du passage de la voie antique à travers bois et parcelles agricoles.




La Pouge-Périgord
 La pouge : chemin de hauteur