Jean Régis PERRIN


                La voie antique de Limoges à Rancon 
De la station routière de Maison-Rouge,
aux abords de Villechenoux.
Troisième étape.

               


















        Partie gauche du cliché ci-dessus et les deux vignettes du bas, chiffraison rouge : le terroir de Maison-Rouge parcouru par 3+ 1 voies de liaison vers la voie principale. 
          
         -  Tous les itinéraires de liaison convergent ensuite vers le cercle rouge, centre rouge, sans doute proche des habitats du site d'étape antique. Le carrefour ayant pu être le lieu possible d'un sanctuaire païen. 


             Et ce monument  aurait pu évoluer dans le temps vers une structure chrétienne qui aurait alors - suite à un changement des us et coutumes ainsi qu'à un remaniement du site  au cours de l'antiquité tardive -  été déplacée au sud de quelques dizaines de mètres vers un nouveau carrefour : le carrefour actuel (la route + les chemins ruraux).

    L'itinéraire principal sortant du terroir de Taillac et le diverticule n° 4 quittant Maison-Rouge, sont jalonnés par des repères chiffrés
(chiffraison blanche), qui renvoient aux illustrations ci-dessous :

             1  - vues vers Taillac depuis la  N 147 :   4 vaches n'ont d'yeux que pour le prospecteur à pied, indifférentes aux centaines de voitures qui défilent derrière lui !
                   
Prudence (petite photo en fin de la page précédente) . . . nous n'irons pas reconnaître la voie au passage du ruisseau.

    Mais nous pourrons, quelques années plus tard et à l'issue
d'une courte réflexion, le restituer de façon très réaliste : oui !

              2  - le "toboggan" de Bellevue, vue rapprochée,

              3  - Perspective  sur la voie principale montant vers le site de Bellevue (double cliché A); le diverticule n° 2 monte vers le vieux puits de Maison-Rouge.           

             4  - Sortie du "toboggan" et bifurcation du troisième diverticule,
        
             5 et 6       -  près des bâtiments de Bellevue, la trace effacée de la voie principale se signale, dans sa traversée sous le chemin actuel de Bellevue à  Maison-Rouge, par un gisement d'orties d'une quinzaine de mètres  de largeur  ( randonneurs en short s'abstenir).

   Sur notre photo panoramique ci-dessous, circulant de gauche à droite et ponctuée par quelques touffes de marguerites au fond de la dépression centrale, nous verrons la voie principale se poursuivre derrière Bellevue vers Nantiat.

               



De Maison-Rouge au ruisseau de la Gare,
(affluent de la Glayeule)

Relevé géométral


   


   Au premier plan, une  rangée de grandes marguerites trahit la présence du 4ème diverticule (4, chiffre rouge) qui prend naissance sur ce que nous pensons être un croisement antique (cercle rouge, centre rouge) et vient se fondre au bout de quelques dizaines de mètres, avec un chemin rural actuel qui descend vers le ruisseau de Nantiat (bordure droite du cliché et figuratif "marguerite", clichés ci-dessus).

    Un  constat qui rendrait perplexe tout archéologue évoluant dans un contexte conventionnel. Je doute  qu'une observation  botanique de cette  nature - la grande marguerite -  aussi foisonante qu'exclusive, n'ait jamais été faite sur le cours d'une voie antique.

     Ce constat nous conforte  dans notre découverte de certaines pérennités botaniques remontant aux temps antiques dont nous n'avons sans doute perçu qu'un infime échantillonnage. Il serait cependant fâcheux de se laisser emporter par des remarques précaires. Nous pensons par exemple à la stellaire holostée au spectre beaucoup plus épisodique et moins précis dans le temps. De même la renouée persicaire dite vulgairement "cousine-cul", qui colonise les ombrages des lieux de passage du gros cheptel mais disparaît en quelques d'années, après l'abandon des élevages.
 
    Le chemin rural actuel  qui récupère la trace botanique et descend vers le ruisseau pour rejoindre la voie  principale, peut être lu comme une relique de l'antiquité. A sa jonction avec la ligne des marguerites, il présente une arrivée d'eau qui sourd d'un revêtement caillouteux au premier des deux virages qui forment un S aplati, près du village (cliché 7 ci dessous).
   Mieux, une dizaine de mètres plus loin, la levée de terre visible à gauche, sur le cliché , cache un fossé qui assainit le cheminement en récupèrant l'eau d'amont. Un  aménagement inspiré peut-être d'aménagements  antiques (photo 8).


 
 Dans sa partie basse et boisée, ce chemin rural  présente un cours compliqué par une chicane qui pourrait être l'artifice de dégagement d'un chemin actuel se séparant de la trace antique devenue trop incommode. De grosses pierres éparses et d'autres qui furent apparemment alignées, existent en sous-bois, à droite, témoignant de ce phénomène.

  Et quand cet alignement s'infléchit pour rejoindre le gué antique, le passage  du chemin rural actuel par-dessus l'assise antique, est  marqué par  la dépression d'une  fondrière   humide et souvent envahie par l'eau (photo 9) :  il n'y a pas de hasard !

   Au terme de la descente, le gué est préparé par une dépression de rive. Le fond colmaté du ruisseau en cet endroit fait penser à un ancien fond d'étang  : clichés 10 et 10 bis. En 10 bis, la traversée est balisée en fond de tableau, par-delà le ruisseau et la ligne du chemin de fer, par deux cimes de sapins.



           La traversée du Puy-Pichot,
         faubourg sud-ouest  de Nantiat.




  Après la rive droite encombrée par la friche et où circule la voie SNCF, on retrouve facilement la continuité de la voie de Rancon en se fiant aux cimes de sapins entrevues depuis le site n° 10 précédent (repère et cliché n° 1). Aucun indice véritablement convaincant n'est là pour nous guider et nous éludons sans grand risque, la perte de temps que prendrait la visite des propriétés privées, leurs parcs et leurs jardins.

   Nous poursuivons en contournant largement une tête de source et notre parcours restitué voisine alors un ancien chemin agricole devenu chemin de desserte d'espaces nouvellement bâtis,  le "Chemin du Petit Cros Blanc" - ou  plutôt et sans doute
mieux , évitant le pataquès : le "Petit Chemin du Cros Blanc".

   Nous  inversons notre courbe suivant  la route qui monte vers le château d'eau ( photo 4, point culminant de Puy-Pichot, que le romain ne pouvait pas éviter) et nous notons que cet ancien chemin conserve son ancien nom :   rue du Cros-Blanc (repère 3).

    N B :  En occitan, un "CROS" est un trou, une fosse, une anfractuosité au pied d'un tombant rocheux et péjorativement tout abri précaire pouvant tenir lieu d'habitat : "un cros de meijou" !


 
  Nous n'avons pas retrouvé l'hypothétique fosse blanche évoquée par la toponymie, mais quelques mois plus tard, revenant en arrière, au hasard d'un labour nous avons observé un nettoyage de limites agraires par éradication d'une friche. L'enlèvement de la végétation arbustive envahissante avait attiré notre attention sur une zone d'épandage de calcaire pulvérulent parsemée de nombreuses pierres de chaux (test concluant). L'espace agricole avait été envahi par des saules qui suivaient probablement une fuite d'humidité apportée par l'ancienne fondation routière et qui suivait la pente du terrain vers le sud et son dévers à l'est.

 Il est tout à fait  probable que très anciennement, les habitants de "Puy-Pichou", pour amender leurs jardins, venaient puiser ici de la chaux pilée dans  une épaisse sole antique ou dans un dépôt de même nature. Les photos  ci-dessous, montrent la zone du passage antique et la tête de parcelle où nous avons fait l'observation d'un dépôt de calcaire : notez l'arrivée d'eau sur le front du défrichage.
 






Prospection :
attention, indécisions, oppositions, digression, 
imagination, corrélations   . . .

   Longtemps après les constats que je viens de décrire, tout à fait par hasard et malgré une après-mdi de canicule -  c'était hier -  me revoici sur la route à quelques centaines de mètres de mon site.

  Le court chemin  piétonnier est devenu quasi impraticable. La parcelle est en jachère, l'ivraie des Ecritures a remplacé le bon grain. Et au rebours de toute logique, la terre est envahie par de larges plaques de Grande-Oseille : une plante parasite des cultures que je pensais trouver plutôt sur des sols acides que sur une terre amendée de très longue date par des apports de chaux ! Nous rencontrerons à nouveau ce phénomène dans une dizaine de pages, quand nous aurons escaladé le Signal de Ployat et nous proposerons une explication !

   Les saules ont repris une belle santé et jalonnent le haut des terres en boules énormes : le réseau des vestiges de la voie antique fonctionne toujours ! 

  Quelques pas en sous-bois me font redécouvrir la ruine d'un ancien muret de pierre sèche qui dévale la pente vers le ruisseau : le rapport chaux/silex observé ailleurs à de multiples reprises, m'incite à  retourner quelques pierres. Banco ! Parmi cent autres, mille peut-être, l'une d'elles est un rognon de silex !
  La ruine de l'ouvrage étant largement consommée, j'insiste jusqu'à ce que trois taches blanches apparaissent dans la pénombre, au pied du mur : 3 escargots énormes réveillés par la courte pluie de la nuit précédente tentent une échappée.
Capture.
  Leur taille - étonnante en sol limousin - a peut-être à voir avec la longue imprégnation d'un biotope particulier : plus haut, à la racine du muret un mauvais schiste affleure et se désagrège.  On attendait une teinte marron-jaune, ici elle est gris-cendré ! Il y a de la chaux là-dedans ! Et
les pierres du muret - un granit friable - on manifestement été rapportées.

   Mon muret s'arrête sur une énorme cépée de houx. Je profite de la forte pente pour faire tomber un bout de rameau situé à près de 3 m de hauteur : depuis le niveau du sol, aucune feuille ne porte encore de piquants.
   Mais plus haut, à 5 ou 6 mètres, les feuilles piquent "normalement".

   Jadis, mon grand-père 
avait  attiré mon attention sur cette anomalie des vieilles feuilles du houx. Mais je n'ai pu trouver nulle part l'explication de cette anomalie. Il m'avait également fait remarquer qu'il existait des pieds de houx mâles et des pieds femelles car dans sa  logique, il savait que seuls ces derniers pouvaient porter les boules.
   J'ai déjà fait remarquer dans d'autres pages, avec quelle constance
 le houx jalonne les chemins des hommes depuis des siècles voire des millénaires : on ne peut risquer à ce sujet d'explication définitive car on ne sait à quelles affinités particulières attribuer le phénomène entre le calcaire, la silice, l'azote sous toutes ses formes . . .
   Je m'attendais également à trouver ça et là quelques pieds de fragon qui lui aussi hante les abords des voies romaines et les aires de stationnement antiques, mais je ne me souviens pas en avoir jamais vu sur le site de Nantiat et pas davantage sur le reste du parcours jusqu'à Rancon : manque d'attention peut-être !
   



 Cette scène vespérale que je viens de vous conter  s'est passée sur et autour des sites 1 et 2 (repères encadrés) figurant sur le cliché de  GOOGLE ci-dessus : "La traversée du Puy-Pichot, faubourg sud-ouest de Nantiat".
Un moment de pur bonheur : comme quoi un octogénère ingambe peut ne s'ennuyer jamais . . . mais  qui donc a parlé de naufrage ?


Le culmen et le plateau de Puy-Pichot





   Il nous a semblé parfaitement inutile de chercher à situer le légendaire "Cros-Blanc" de façon plus précise : la voie antique circulait sans doute à quelques dizaines de mètres au plus des traces blanches que nous avons relevées. Le tracé même du "Petit-Chemin-du- Cros-Blanc" peut nous suffir pour atteindre la rue qui descend à la Gare SNCF de Nantiat.
   Après quoi la "rue du Cros-Blanc" a recouvert sans ambiguité la trace de la route antique : nous la saisissons au moment où elle atteint le point culminant marqué par le château-d'eau. Nous sommes sur les repères 3, 4 et 5 du cliché de Google (plus haut).

  L'une de nos photos montre l'aspect en coupe d'une terre non urbanisée dans la montée vers le sommet de  la rue du Cros-Blanc. La coupe du remblai n'est pas convaincante, elle peut être ancienne ou tout à fait récente et on peut lui faire dire tout et n'importe quoi :

en faire état ne signifie pas que nous  prenions cet indice en compte comme coupe de voie.
   Observez plutôt les pierres de surplus déposées en murets en bordure gauche de la rue (trois flèches rouges).

  La parcelle par contre présente, parallèlement à la rue, une dépression envahie par les ronces et les orties. Nous ne reviendrons pas sur l'opportunisme maintes et maintes fois contrôlé, de ces spécimens de flore vis à vis des tranchées résiduelles et des soles de voies antiques. Sans autres précisions, nous dirons que nous sommes à quelques mètres du passage romain.
  
 Plus sérieux, plus massif, derrière le château d'eau, un mur long et imposant mais sans emploi apparent, court depuis le cimetière à droite, jusqu'à la rue du Puy-Pichot : soigneusement appareillées ces pierres de récupération attendent depuis de nombreux siècles un hypothétique réemploi .




   Enfin et bien  que tout autre forme d'indice ait disparu, nous inscrivons notre voie de Rancon sous la rue de Puy-Pichot : aucun risque de se tromper, c'est une ligne de passage obligé, une ligne de crête qui, passé les dernières maisons,  court vers Villechenoux.

   Et pour être sûr de notre choix nous marquerons l'arrêt à l'entrée de ce village. Avancez-vous
dans les prairies de gauche pour mieux voir : un magnifique "toboggan" de facture antique (photos ci-dessus) attend les archéologues de broussaille depuis deux millénaires.

   Du grand art, une façon magistrale et somptueuse de pratiquer l'effacement d'une cassure de pente, pour une descente plus douce vers un gué sur la rivière Vincou.