Jean Régis PERRIN

La Voie d'Agrippa  

Troisième étape : de la station de Chamberet à la rivière Vienne.
                            






                     
 





   Deux cents mètres après le ruisseau et les lits de pierres arrondies (panneau photographique 1), la chaussée antique a été dégagée par une éclaircie lors de l'aménagement des Bois Départementaux, il y a une trentaine d'années.
  Sur l'image ci-dessous, elle vient vers nous en légère montée : deux voies piétonnières sont bien distinctes sur ses bords de part et d'autre de la chaussée. Sur le terrain en dévers, on observe un seul fossé récupérateur d'eau, à l'amont du monument.
  Sauf à invoquer des aménagements au cours des siècles dont  on ne reconnaît cependant aucune  trace , la chaussée apparaît fortement éversée vers l'aval ce qui implique qu'elle devait être d'un usage peu commode (repère 3 ci-dessus et photo 3).

    Disons tout net notre sentiment : sur ces vieilles voies,  le trafic antique devait essentiellement s'effectuer à bât et très peu par charroi.




   Nous stationnons ici sur un chemin moderne qui a tranché perpendiculairement la chaussée venant de Limoges/Augustoritum (repère 3 sur Google).

  Derrière nous, la voie disparaît dans les fourrés. Elle revient à l'air libre, 100 mètres plus loin, vite coupée en biais par un second chemin d'exploitation tracé après la tempête de 1999 (repère 4).

    Puis après un hiatus de quelques dizaines de mètres où elle a été arasée (repère 5), elle reparaît dans son état d'origine déjà repéré en 4. Dans cette configuration, l
es chemins piétonniers latéraux ne sont plus visibles, seul le fossé amont subsiste (repères 4 et 6 sur synoptiques Google et photos 4 et 6 ) : il aurait suffit d'un peu d'imagination pour qu'un rafraîchisement des coupes au niveau des chemins forestiers actuels, ait permis une  étude stratigraphique de ces deux cas de figure. Une information capitale concernant  la construction de ces chaussées monumentales. Il en a été décidé autrement !

  Cinquante mètres plus loin, sur un terrain déblayé par les forestiers, on retrouvera notre voie revenue à sa forme classique des chemins antiques bien conservés, finissant de parcourir en écharpe  la traversée du dévers : chaussée massive, fossés latéraux bien individualisés mais par contre accotements piétonniers peu  différenciés (cliché 7 A ci-dessous et repère 7).

 
         Digression
     sur la métrique
            des voies

   Parmi toutes les voies reconnues dans notre région avec leur relief généralement arasé voire disparu, les vestiges reconnus quasi intacts en forêt des Vaseix, infiniment rares et  exceptionnels, 
auraient  mérité que l'on s'y intéressât davantage.
    Par un choix difficilement compréhensible, c'est hélas la courte portion de voie ruinée et  arasée que nous venons de signaler, qui a fait l'objet d'une coupe et d'une étude stratigraphique  : ce qu'on a pu en dire dès lors, perd tout intérêt et ne relève plus de l'histoire  (repère n° 5 sur la vue synoptique GOOGLE et photo 5).

   Ce n'est hélas pas tout : voici qu'une pancarte parmi celles qui sont ou qui furent présentes sur le site (photo au sol n° 6 ci-dessus et photo dans un cadre rouge ci-dessous n° 6 et repère 6), nous apprend que le profond fossé d'amont mesuré à 3 mètres de largeur, contiendrait toute la voie antique : la chaussée massive de 11 mètres qui le longe et en constitue l'élément majeur, n'a donc été ni perçue ni reconnue comme telle; elle n'a pas été prise en compte et la leçon du terrain s'est effacée  devant le ressac de l'érudition rappelé par la pancarte : photo n°6. ci-dessous et 6 ci-dessus.


   D'une façon générale nos mesures de chaussées sur les sites  étudiés en amont - plus de 11 mètres au niveau du cliché 3 , ou en aval et plus loin - 12 mètres sur notre photo aérienne n° 12,  sont en porte-à-faux avec les renseignements transmis par les auteurs antiques et repris de nos jours avec beaucoup de conformisme, par les spécialistes limousins.

    Ne pourrait-il pas y avoir confusion et méprise entre des voies d'époque différente :
voies italiques de la Rome ancienne chère aux chroniqueurs antiques et  grandes voies précoces (ou plus petites  d'intérêt local) de la Gaule conquise : voies de la conquête contre voies de l'antiquité tardive ?
   
    Est-il sûr que nous ayions mesuré la même chose ?  Mais, est-il bien sûr qu'il ait été mesuré quelque chose ?







                                  Petite apologie du genêt à balai


  Nous l'avons déjà remarqué ailleurs mais ici, dans les Bois des Vaseix, grâce à leurs couches de galets souvent bien conservées sous une mince pellicule de terre et pour peu qu'une manoeuvre volontaire ou fortuite ait mis le sol à découvert, les chaussées antiques montrent après enlèvement des chablis de 1999, la forte propension du genêt  à les coloniser en tant que végétation pionnière grâce à sa photo-sensibilité  exacerbée et  à sa forte affinité silicicole. 
   Ainsi le terme "Les genêts" entre dans le champ de la toponymie   avec  bien sûr, toute la prudence dont on doit faire preuve vis à vis d'une espèce aussi prolifique.


  Même après un tel constat il nous était apparu souhaitable de chercher à dégager un ou deux éléments de confirmation. Alors parmi les jeunes pousses de genêts et de ronces et les fougères fanées, nous  avons encore parcouru 100 mètres sur le dos de la chaussée antique, jusqu'à la lisière des sapins.
   Et là, dans la pénombre retrouvée, le genêt a disparu et la pente traversière s'étant fortement amoindrie, notre chaussée s'est retrouvée
intacte, ses flancs versant en pente douce et de part et d'autre vers ses fossés latéraux. Ces deux dépressions cumulant sous l'érosion millénaire, la fonction de voie piétonnière avec celle de récupération d'eau (photo 7 A).

      On devine maintenant derrière nous, notre site n° 6  au loin  couvert de ses pousses de genêt vert tendre.
   Mais au-delà, à l'ouest, pour quelques mètres encore sous le couvert forestier qui a résisté à la tempête, une éclaircie apparaît  : la voie va basculer dans la pente du ruisseau des Vaseix, calée au fond d'une tranchée routière encombrée de bois fracassé et de touffes de genêt. 

  Les photos 7 B et 7 C visant le bas de la pente et la photo 7 D en contreplongée, décrivent la tranchée routière antique décaissée dans le versant tandis qu'un diagramme (8) tente de résumer  les 200 derniers mètres de la descente jusqu'au ruisseau des Vaseix.
 
    Et dans  la lumière revenue, de jeunes pousses de genêt sont apparues, qui attendaient ce réveil depuis plusieurs siècles.





 Un atelier de concassage . . .
et une aire de services ?

   Passé le ruisseau des Vaseix encombré  de  blocs de moyenne grosseur et par-delà un petit muret croulant  qui barre la route, il y avait autrefois au pied de la pente parmi les ronces, un gros tas de cailloux , reliquat sans doute d'un épierrement méticuleux de la parcelle de terre.
   En effet, dans la montée parcourue il y a 20 ans , la voie était déjà effacée et nivelée sous des siècles de culture.

   Mais récemment, nous avons eu la surprise de la voir reparaître de façon très fugace sous le soleil rasant d'un matin d'automne : le relâchement agricole avait permis aux joncs de réinvestir l'emplacement des anciens fossés (photo 9 ci-dessous).

  Puis c'est un ancien chemin agricole encore praticable, bordé à l'ouest par un haut talus, qui barre à nouveau la route antique.
  Ici, une forte tranchée entaillait la rupture de pente et permettait d'accéder au plateau : dans la montée sous les grands pins, le sol nu était encombré de pierres et de blocs de toutes grosseurs. Rien que de très normal sur le parcours d'une ancienne voie romaine.
   Mais depuis la tempête de 1999, rien n'est plus visible.

  Car il faut se résigner à parler au passé pour 40 à 50 ans encore. La tempête a couché tous ces grands pins fragiles aux racines rampantes. Et une fois les chablis éliminés, le terrain a totalement disparu en quelques années sous la friche dense des genêts. 
  Et sous ces arbustes opportunistes de deux mètres et plus, le Centre-Nature tout proche  a tracé "Le Chemin des Hérissons", un étroit boyau sombre, plein de mystère et d'incertitude, qui terrorise les écoliers des petites classes en visite.



         Vous cherchez les voies romaines ?
      Cherchez les pierres !

  Cependant nous remémorant les pierres et les blocs vus dans les années passées, nous avons à nouveau parcouru les marges de la parcelle. Nous avons alors retrouvé sous la végétation luxuriante ces blocs abandonnés depuis des siècles , tantôt à demi-enfouis ou simplement remis au jour par les engins forestiers, tantôt simplement rebutés et laissés  en déshérence sous la friche ou le gazon, depuis des temps immémoriaux  (photos 10 et repère 10 sur la photo synoptique Google). Revoir les sites de Magnac-Laval, Verneuil-Pramounier, Bosmie-Charroux, Royer . . . 

  Les plus gros de ces blocs avaient manifestement été approvisionnés ici par des pourvoyeurs venant de loin, vers cet atelier de voirie où des carriers débitaient et calibraient à la demande des chefs de chantier, les pierres nécessaires à la construction et à l'entretien des voies.

  Et  dans un rayon inférieur au kilomètre, sur les terres dénomées au vieux cadastre napoléonien "L'Echo", nous avons repéré en ordre dispersé dans l'environnement immédiat, quelques rochers qui furent abandonnés en rase campagne,  à un moment probable de notre histoire où  les pouvoirs publics et autres curateurs gallo-romains, ou ce qu'il en restait, cessaient définitivement d'assumer la continuité du service public, dans un environnement social perturbé par les exactions d'envahisseurs venus du nord-est.

   C'est en essayant de formaliser ce concept hardi, que j'en suis arrivé à  l'image du gaulois pourvoyeur des chantiers routiers antiques :  Obélix ! C'était ça !

  Car jamais en particulier, les dépôts de gros blocs rocheux en marge des voies antiques n'avaient été remarqués. Et
faute d'une curiosité qui  aurait pu  inciter nos spécialistes à étendre leurs investigations aux quelques dizaines de mètres alentour et à s'ouvrir ainsi à un questionnement, ils en étaient restés au mieux, à de courtes anecdotes.
   
   C'est ainsi que téléguidé par mes images aériennes sur  le lieu précis du passage de la voie antique près de l'ancienne ferme de l'Echo, un affleurement de pierres de petit calibre 
(telles celles employées en couche roulante des voies antiques) apparaissant au flanc d'une tranchée, avait pu être qualifié dans une publication spécialisée, de "déchets de taille".

      Et on apprenait  pour la première fois, qu'un travail  de cantonnier pouvait générer des déchets de cailloux !

 Nous avons déjà évoqué cette facette inconnue des chantiers routiers antiques pour ne pas nous étendre davantage sur ce sujet : revoir le paragraphe "Comme un ersartz pour la voie d'Agrippa vers Lyon", site "limousin-archeo-aero,fr" page "La route antique d'Agrippa vers Lyon, première partie". Et de nombreuses autres pages.



                             
                       La Ferme de l'Echo . . .
ou la toponymie à l'aune de la modernité.

  L'Echo pourrait être la francisation romantique (pourquoi pas ?) de "Les Caux" qui serait une autre francisation gratuite mais acceptable  de l'occitan "Las Caux", (terme probablement ressenti  comme obscur car le sens s'en est perdu) et souvent transcrit en un seul mot "Lascaux" ou parfois en nord-occitan  "Lachaud".
 
    Les Caux.  Bien sûr, ces mots  n'éveillent plus aucune image depuis peut-être le Haut-Moyen-Age . La tradition populaire et les géomètres de l'ancien cadastre ne pouvaient pas avoir d'états d'âme à l'égard d'une prétendue "orthodoxie orthographique" .

    Mais heureusement, depuis plus d'un siècle maintenant les linguistes européens nous aident chaque jour davantage à nous retrouver dans ce dédale.

    Près de la Ferme de l'Echo, dans ce XXème siècle finissant,  les archéologues locaux  - guidés par notre première photo aérienne, numéro 12, d'une voie antique au Bas-Félix  que l'on va retrouver ci-dessous - était bien calés sur la voie. Il s'en est fallu d'un petit kilomètre pour que les vieux démons de l'archéologie conventionnelle réapparaissent . . .
        . . . et malgré mes timides indications, de routes départementales en chemins communaux, c'est une voie irréelle et titubante qui va parvenir  "officiellement" au Pont-des Piles.




     Or dans tous ces Lascaux et ces Lachaud venus à dire d'expert, du bas-latin calmis  on trouvait la signification : "la hauteur dénudée". Eclairée à titre personnel, par plusieurs observations  similaires, j'y ajouterai humblement, la référence au vieux radical   cal = "la pierre", la pierre nue bien sûr !

   Mais voici que ce nom porteur d'une information historique majeure et  transmis sans rupture par une  tradition vieille de 20 siècles,  l'Echo, a été rayé récemment de la carte et du paysage archéologique. Devenue propriété du Département, notre ferme est devenue le "Centre Nature  la Loutre".

  La loutre,  gentille petite bête d'aujourd'hui ou réputée telle, mais qui dévastait autrefois  les étangs au grand dam des paysans !
  Non loin de là et dans la même veine on a également habillé  quelques-unes nos rues, venelles et vieux chemins des noms de toute une "gent sauvagine" autrefois  grande prédatrice des ruisseaux, des clapiers et des juchoirs avec ce zeste d'infantilisme et de candeur qui nous a heureusement préservé de l'Allée du Sanglier, des Chemins de la Fouine ou du Putois.

   Mesdames de "l'Allée des Biches" ne vous sentez pas outragées, il n'y a dans la dénomination de votre rue, aucune mauvaise pensée, simplement c'était  il y a 40 ans . . . l'année du Blaireau !


   Alors, allons pour La Loutre.
   Mais, me fait-on remarquer, il y avait autrefois au nord de la ferme de l'Echo, justement à côté des Vaseix, une autre ferme maintenant disparue mais  que nombre d'entre nous avait connue sur de vieilles cartes, sous le nom de  "La Loutre". Et on aurait ainsi voulu relever ce nom .

      "La Loutre" . . . mon patois me pousse à douter de  l'hypothèse savante  qui fait état d'une dérive à partir du latin  ultra devenant en ancien occitan  oltra puis l'outrai  : sousentendu "de  l'autre côté".
   Mais l'idée était à vérifier et la ferme  étant située entre deux maigres ruisseaux, tous les voisins pouvaient ainsi arguer qu'elle était "de l'autre côté" !

   En fait, la tradition pouvait venir tout autre chose et être tout . . . bêtement (!) . . . une dérive dialectale, car au vieux cadastre de 1823,  je lis non pas "La Loutre" mais "De l'Autre". Et voilà bien autre chose précisément !

   "De L'Autre" pourrait être une transcription en français de l'expression  " Dé l'Autreis ", avec élision de l'article  à partir de "De Lous Autreis". . .

  "Dé l'autreis"= "des autres", sous-entendu "La Ferme des Autres".
  Il pourrait bien y avoir là-dessous une forte nuance péjorative car,  quand on en vient à désigner ses voisins de cette façon, c'est bien qu'on les considère comme des "pas grand-chose" !  Bref, au mieux une anecdote oubliée, sans  intérêt !


   
    Mais la toponymie qui nous interpelle est un rappel anecdotique des choses, des lieux, des faits marquants - et pourquoi pas des  états d'âme ? - qui se sont enracinés dans les mémoires puis qui se sont transmis à travers les siècles d'autant plus fidèlement qu'ils en perdaient souvent à chaque étape, dans l'évolution de la langue et la dilution de la mémoire, le souvenir de leur sens d'origine.

  Cette longue transmission a perdu beaucoup d'éléments au cours de son histoire et nous ne sommes pas toujours à même de juger de la valeur des noms rescapés qui arrivent jusqu'à nous. La science des linguistes, la perspective historique, l'intelligence du sol, la lecture de paysage . . . nous aident souvent à mieux nous repérer.
   La toponymie, ce vieux baptème du terrain,  aura toujours  une valeur pour les historiens de demain.  
  
    Moyennant quoi je ne vois pas que le remplacement de noms traditionnels - parfois à forte valeur historique -  par des noms d'emprunt totalement gratuits et fantasmés à la mode d'une époque, soit en rien un progrès.

D'un côté "la Ferme de l'Echo" dont le nom lourd de sens et poétique de surcroît,
 remonte à l'aube de notre histoire.

De l'autre "le Centre de la Loutre" qui procède d'un effet de mode infantilisé.
                                                                                       
   Applaudissons à l'avènement de la conscience écologique
 mais que l'on n'écorne pas sans besoin notre héritage commun.
 Certains décideurs à la mode d'un jour, devraient tempérer leur imagination
avant de nous rendre complices du  "verdir idiot " !



             Une possible activité artisanale
 
  
   Au cours de cette enquête nous avons toujours eu présente à l'esprit, une observation faite lors de l'inventaire des photographies de la mission aérienne verticale IGN de 1959/1960 ("mission Couraud" actuellement en dépôt à la BFM de Limoges) : deux enclos quadrangulaires de tradition gauloise occupaient l'espace entre notre site de concassage de l'ancienne ferme de l'Echo et l'espace agricole contenu dans l'ancien tracé de la Départementale 20 du Mas-des-Landes au Breuil, zone teintée en rouge.
  Et un indice de cheminement venant du ruisseau en contrebas, traversait l'ancienne D 20 en direction de ces enclos, au nord.

  Nous pourrions avoir là, via un gué sur le ruisseau de Félix,  l'arrivée sur la voie d'Agrippa,  d'un diverticule tardif venant de la rue François-Perrin via Teytejaud : hypothèse déjà évoquée mais que nous n'avons pas spécifiquement contrôlé ici.


 
Sur le tronçon rectifié de la nouvelle Départementale 20, au moment des travaux d'élargissement de l'emprise, l'inspection du glacis du fossé droit  (photo 12, pointe de flèche rouge, en haut, étoile rouge) nous avait permis de récolter une dizaine de nodules ferreux fortement oxydés de diverses grosseurs.
 
Et à peine plus haut le creusement du nouveau fossé de la D 20 qui recoupait ici la vieille voie, avait atteint un galetage serré et rigoureusement plan : la surface de roulement de l'ancienne voie romaine (étoile rouge ci-dessous, second rappel Google).


        De l'Echo aux Bachauds


                                                             Le  Bas-Félix

    On  observera à nouveau sur la photo n°  12 du Bas-Félix ci-dessous, la localisation du détail de la photo 11 ci-dessus, dans les bois du Bas-Félix (autre pointe de flèche rouge sur ce cliché aérien).

   Cent mètres plus loin on verra également - photographié un autre jour -  un détail descriptif (12 bis) du fantôme de la trace révélée par la photo n° 12.

   Le labour montre une vue rapprochée sur des délaissés de culture causés  par des blocs de rochers antiques abandonnés et qui n'ont jamais atteint leur aire de concassage.

    On observera ici également entre chaussée et bas-côtés, les lignes claires qui fossilisent l'alignement des margines, ces grosses pierres plantées sur chant et qui paraient à l'affaissement redouté par les ingénieurs, du massif des lourdes chaussées qu'ils construisaient pour les millénaires à venir !    


   Notez également qu'au bas de ce cliché 12, on discerne la trace d'un fossé latéral. Mais surtout, comparez l'emprise de la voie romaine à la largeur de la route communale qui passe devant la ferme.

   Simple exemple d'une avanie parmi d'autres, 
j'ai pu être publiquement suspecté d'exagération en mesurant dans la zone verte, au lendemain de la prise du cliché aérien, la chaussée centrale à 12 mètres de largeur et les bermes latérales à 7,5 mètres et 8 mètres.

   Non loin de la voie qui nous occupe, dans les bois, sous le repère 13, nous avons découvert sur quelques mètres-carrés, un dallage à plusieurs couches de plaquettes de schiste, d'aspect très semblable au cliché n° 11 et probablement mis au jour par des chasseurs explorant une tanière de renards : un possible diverticule-échangeur vers le Mas-du-Puy ?

   Il nous a été rapporté que, lors de l'enquête préalable à la construction de la D 2000, il fut fait mention d'un souterrain qui s'ouvrait à une vingtaine de mètres de là et où tous les gamins du Bas-Félix et autres lieux circonvoisins, étaient venus se faire peur autrefois en allumant des feux souterrains.

   La rumeur récente nous rapporte que c'était le souterrain de "l'homme du fer" !










La remontée vers le Masbourdier

      
 
  Passé le Bas-Félix  la voie romaine a été recoupée par la D 2000 et ses 
restes plongent vers la "queue" d'un petit étang . Actuellement, l'ancienne chaussée et le pourtour de l'étang sont maintenus en bon état par un quadrige de petits ânes (photo 14); il n'en a pas toujours été ainsi.
  Ainsi la belle montée vers le Masbourdier (photos 15 en vol et au sol) était revenue à la friche il y a une vingtaine d'années.
  La photo n° 16, prise depuis le Masbourdier montre la fin de la montée vers ce village. Et c'est à quelques mètres de ce point  précisément (hors cliché) que se perpétue à grand peine un noyer rabougri qui épuise ici  les derniers nutriments calcaires de quelque mur antique ( repère 17).

   Sur le carrefour du Masbourdier nous soulignons pour mémoire (cf le même phénomène observé près de la Croix-du-Thay sur la voie antique précoce de Verthamont) la contribution des ronces et des orties à la localisation précise des passages arasés de voies antiques (photo n°17).



Du site des Bachauds
                                        au Pont des Piles sur la rivière Vienne





                                 Panneaux et photos nos  18, 19, 20






   Depuis le carrefour du Masbourdier, la voie antique est constamment perceptible. Un site d'habitat ou de service, pour emprunter des clichés du temps présent, se signale par des placages d'humus qui retiennent l'humidité.
  Les structures, probablement bâties en matériaux périssables, occupent un espace qui est rattaché à la voie du Mas du Puy par un chemin modeste. Tout près, sensiblement parallèle et très faiblement marqué, un sentier dessert à peu de distance, un petit autel carré probablement dédié aux dieux de la route, des voyages, du commerce . . .
    La voie antique réapparaît à flanc de fossé du chemin d'exploitation n° 21 A, sous forme de cailloux affleurants, surmontés de quelques tiges de genêts. Même remarque au bas de la pente, en arrivant à la Croix des Chanceaux. Sépultures à incinération possibles.
   Après le carrefour précisément, la voie antique s'élève à mi-pente sans atteindre jamais le sommet. Cette configuration qui permet d'avoir des vues par-dessus la crête en évitant de se mettre trop en évidence, a été nommée "crête militaire".
 C'est un point intéressant de tactique militaire  en effet, quand on est assuré de ne pas avoir l'ennemi dans le dos.


                                  Panneau n° 21




   A noter dans le paysage, plus loin dans le pré, à droite de la route,  la présence d'une "gabie", cabane en pierre sèche édifiée autrefois par les vignerons ou les paysans traditionnels avec les rebuts d'épierrement de leurs parcelles, voisines de la voie.
 
   Nombre d'entre elles  ont sans doute disparu dans les siècles passés, la bonne volonté des propriétaires ayant des limites.
 
    Bientôt il ne restera que le nom.
Il y a fort à parier que les chênes jumeaux occupent chacun un fossé de la voie qui descend de la Croix des Chanceaux.



            Panneau n° 22

   Outre ses traces périphériques et des indices intérieurs difficilement interprétables, la présence d'un grand  enclos rectangulaire sur le sommet de "La Grande Etouille" est encore attestée par le tracé de la voie qui  le contourne. D'autres traces existent un peu plus loin, sur le rebord du plateau au-dessus de la propriété de Las Bataudas.





  Photo 23

   Près de là, nous avons trouvé quelques rognons   de silex au bord de la voie, dans des rebuts de pierraille, au milieu de broussailles riches en touffes de fragon. On peut raisonnablement les mettre en relation avec la découverte d'une sole de calcaire damé, (point blanc, flèche blanche) plus bas, à l'entrée de la parcelle de Grandvaud lors des terrassements préliminaires à la construction d'une maison d'habitation..
  Auparavant et au même endroit, au moment des prises de vues aériennes , une entrée charretière agricole existait  (point rouge sur le carrefour).
  On connaît ces phénomènes d'attraction, on en reverra encore.




   Photo 23 encore
     
  Des noyers rabougris existaient encore au moment des clichés, à proximité et sur la lisière courbe qui s'appuie sur l'allée de desserte de la ferme venant de la Départementale 47 : en terre limousine la présence, même très ancienne, de gravats calcaire favorise l'établissement du noyer.
  Cette même parcelle montre un modeste diverticule routier qui quitte la voie antique principale et dessert le site occupé  par les bâtiments de la ferme  (autre point rouge). La pérennité d'un habitat peut ainsi valablement être envisagée en cet endroit précis.
 
   Non loin, présence de deux petites  structures dont l'une nettement ovoïde  jalonnée par des trous de poteaux (taches vertes) et circonscrites en rouge.

    En 1990 j'avais développé certain jour sur le terrain, à la demande de l'autorité archéologique du moment, quelques indications tirées de mes premières observations aériennes sur  cette descente vers la Vienne .

    En cette occasion, dans un virage, au flanc du fossé de la route qui passe devant la ferme de Grandvaud, il fut observé une strate de cailloux affleurants (3 points rouges au plan cadastral ci-dessous et pointes de flèches blanches sur la photo 23).
   Ce  qui  valu  à  mon court  aperçu quasi rectiligne de  la trace antique vers la Vienne,  d'être rebuté lors de la publication qui suivit et de s'effacer  au profit d'une dérivation à angle droit de la voie principale, censée rendre compte des strates de pierres aperçues dans le virage de la petite route. 
    Il en est résulté un parcours  monstrueusement difforme et heurté dont l'auteur, persuadé d'être sur la voie principale, s'est finalement sorti en empruntant pour atteindre le Pont des Piles, diverses arabesques de chemins traversiers et des sentiers à brouette (ci-dessous).

   Soyons bien conscients que, de par la prévalence de la chose écrite et la notoriété du scripteur, c'est ce parcours difforme qui constitue désormais et pour une durée indéterminée,  la version "officielle" du chemin antique pour atteindre la Vienne.
   Une hérésie entre cent autres !


    Quelques mois plus tard une nouvelle  vue aérienne, montrait en filigrane, une trace courbe à fossés parallèles  apparaissant en négatif  (traces claires entre pointes blanches).

  Elle pouvait  parfaitement avoir une réelle valeur historique et être  d'origine antique. Nous n'en voulons pour preuve que la pousse plus haute et plus drue des arbustes qui couronnaient le haut du fossé de la route
de Chez-Caillaux (flèche blanche) où elle aboutit.  

     Cette observation justifiait  la présence des cailloux affleurants qui avaient été  observés  ici quelques mois plus tôt et rétablissait cette petite voie à sa vraie place, celle d'un diverticule vers un ou des lieux de vie présents à l'époque antique sur les pentes de la Vienne.

 
  Nos "grandes" voies romaines que les archéologues emmènent en goguette à travers la campagne, gagneraient déjà en véracité, à être sérieusement redressées !  

   Ainsi fut  une fois de plus démontré que la notion de diverticule routier aussi bien que celle de carrefours ou de trivium (
"patte-d'oie") antiques sont et demeurent encore à l'orée du XXIe siècle, les termes abstraits d'une réalité  purement livresque et lexicale.




                   Panneau n° 24 ci-dessus, 24 bis (suite) et 25.
 
  Des noyers  remarquables par leur port tourmenté et leur fort développement en hauteur, prêchent pour la présence probable d'une structure d'habitat antique à  Chez-Caillaud : l'agrément du site et la proximité d'une grande voie romaine rendent plausible la présence de mortier calcaire antique dans le sol.
  A noter aussi que la noix se dit précisément tantôt "calao" en dialecte local, tantôt "caillaud" plus au nord.

  Du site de Chez-Caillaud émane un ancien chemin, à peine discernable sur le cliché réduit ci-dessus, qui rejoint l'angle du bois en contre-bas. L'apport constant d'eau draînée par cette ancienne  assise comblée entretient sur les 5 arbres de la lisière une teinte vert- tendre qui tranche sur le reste du massif (flèches vertes). Ce chemin longe ainsi la lisière du bois et fait partie intégrante de la voie de liaison vers Balandie et la Boine dont le tracé est tout à fait explicite sur le plan cadastral et les photos.

   Notez  que la voie d'Agrippa qui aborde la traversée de ce petit bois,  se trahit sur la lisière  par une légère dépression dans la linéarité de la pente et par la présence d'une touffe de noisetiers (coudrier) qui profite ici de la fraîcheur amenée par les anciens fossés comblés ( panneau 24, flèches vertes).
  Et observez encore le raccord entre la voie d'Agrippa et le diverticule de liaison vers Balandie qui se lit  par une saignée courbe que les houppes des chênes dessinent dans la traversée du bois (flèches rouges ci-dessus n° 24) et qui s'abouche de l'autre côté de la route sur une haie de chênes et de noisetiers, chaussée de fragon (point rouge n° 24).


     Rappelons à nouveau que les lisières de bois, les limites de parcelles, jamais atteintes par les façons agricoles, fossilisent à qui sait les lire et les intégrer dans le contexte, des renseignements incontournables sur le tracé des vieilles voies.







   
        Photo 26

   Devant le château de la Collerie, de la vieille voie il ne reste plus qu'un fond plat. Dans la traversée de la route des carrières de Pagnac, son passage est matérialisé par une population très localisée de noisetiers . Au second plan, vers la Collerie, le terrain apparaît surhaussé. Sur certaines photos il apparaît même cloisonné par des lignes à recoupement orthogonal : nous sommes à quelques dizaines de mètres du pont antique, il pourrait s'agir d'une aire d'attente en cas de crues importantes. Deux à trois touffes de ronces pérennes conforteraient l'hypothèse d'un stationnement de voyageurs antiques.
 

       Photo 27 et 29

 
 Près de la rivière, sur la plateforme de berge, l'observateur aérien aura peut-être la chance de remarquer un petit édicule rectangulaire qui montre la trace de ses soubassements à quelques mètres de la rivière et en bordure immédiate de la voie : maison de passeur, octroi . .  ?  Sur sa longueur opposée à la rivière, une "galerie de façade" s'observe parfois.

    En 1864 notre département  décida de faire construire un pont sur la Vienne. Les finances publiques étaient si précaires que le Conseil Général ne put payer certaines échéances à l'entrepreneur. Celui-ci fut donc autorisé à se servir des blocs ouvrés avec lesquels le romain avait monté les piles du pont antique, à 250 mètres en aval. On distingue encore la zone de rive où les pontonniers du XIXe siècle débitèrent les plus gros blocs.
   Cela ne suffisant pas et le pont terminé, l'entrepreneur fut encore autorisé à percevoir des péages jusqu'à extinction de la dette.

     Il est infiniment peu probable que ce soit les constructeurs du Pont de la Gabie (1864) qui aient eu l'idée et le loisir de se bâtir ici un abri fondé sur des bases aussi sophistiquées : rectangle parfait avec abri de façade !

   Un péage antique est donc l'hypothèse la plus probable pour expliquer l'existence de cette trace.