ARCHEOLOGIE  AERIENNE  EN  LIMOUSIN



En cours . . .                                                   Carte IGN au 1/25 000ème   Série bleue   N° 2030 Ouest    NANTIAT

                               
    Le hasard a voulu que je me sois intéressé au site gallo-romain de Chassenon alors que je venais tout juste de décrypter la traversée du terroir de Taillac par une voie antique. Et on sait maintenant combien l'apport de l'observation aérienne fut primordiale dans cette affaire.
    Il arriva un jour où,  revenu de Chassenon avec quelques idées neuves sur ce site de Charente limousine et son environnement, je pouvais revenir à notre  "voie du nord" en reprenant l'itinéraire là où je l'avais abandonné, soit à proximité de la station  de Maison-Rouge. Maison-Rouge, un toponyme de très lointaine origine et que les meilleurs spécialistes français qui ont émis des vues pertinentes sur le sujet, considèrent comme significatif de l'emplacement d'une station sur les routes antiques.
    C'était également le moment où je venais de me séparer de mon avion dont  le très onéreux remplacement du moteur après 2000 heures de bons services, arrivait à échéance à l'horizon de quelques mois.
   Adonc et de  propos délibéré car désormais à moindres frais, ce fut  exclusivement "pedibus cum jambis" que j'entrepris une prospection de terrain sans l'appoint de jalons distants d'orientation auxquels je m'étais habitué. Celà  me conduisit pourtant sans difficultés majeures jusqu'aux portes de Rancon, une vieille bourgade nommée dit-on Roncomagus aux temps antiques mais largement méconnue en tant que telle.
   Je découvris ainsi que si l'observation aérienne est un formidable moyen de découverte de structures archéologiques, elle est aussi et surtout un puissant outil  pédagogique à la pertinence inégalée : d'où pour le prospecteur, une aptitude nouvelle à  la lecture du sol,  une rapidité dans l'analyse et dans l'anticipation des situations difficiles et des solutions possibles. La  conséquence naturelle en somme, de milliers de cas identiques déjà vus et contrôlés : l'expérience.

   Mais pour avoir été attiré depuis longtemps par la réputation de grande antiquité du site de Rancon, j'avais déjà engrangé précédemment au cours de nombreux vols, quelques indices nouveaux tant sur les hauteurs du sud et du nord que sur l'agglomération elle-même .

      Signalons cependant que les images nouvelles de l'internet (IGN et GOOGLE) inexistantes à l'époque, nous permettent aujourd'hui et  a posteriori, de transcrire avec une plus grande précision, les tracés relevés au sol dans ce début des années 1990 et même d'y ajouter quelques compléments. 


                La voie de Rancon, de Taillac à Villechenoux, par Maison-Rouge et Nantiat.




            Nous produisons ci-dessous les images au sol correspondant aux points signalés sur la première partie du document vertical GOOGLE supra :
  •        - en marge du village de Maison-Rouge, le vieux puits marquerait la jonction des diverticules 1 et 2, vignette ci-dessus, à gauche, carré bleu,
  •    A - ci-dessous, une longue perspective sur les voies et leurs bifurcations,
             1  - vues depuis la  N 147, indifférentes aux centaines de voitures qui défilent , 4 vaches n'ont d'yeux que pour le prospecteur à pied ! Prudence.
             2  - perspective  sur la voie principale,
             3  - le "toboggan" de Bellevue,
             4  - sortie du "toboggan" et bifurcation du troisième diverticule,         
             5 et 6       -  près des bâtiments de Bellevue, la trace effacée de la voie principale se signale, dans sa traversée sous le chemin actuel de
                                Bellevue à  Maison-Rouge, par un gisement d'orties
d'une quinzaine de mètres de largeur.
               





  

Une lecture de paysage
 

 Au plus lointain du tableau, touchant les nuages, la tombée des Monts de Blond.
A ses pieds, à droite, les vallées de la Glayeule et du Vincou invitent au passage vers le nord-ouest.
A 10 mètres de nous à gauche, hors cadre, la dernière maison du hameau de Maison-Rouge et un carrefour moderne,
probablement déplacé là à la fin de la période antique. A ses lointaines origines   il pouvait  se parer d'un petit sanctuaire païen.
Autre temps, autres moeurs et pour éradiquer les vieilles idoles, on profita du changement de place pour le  christianiser.

Maison-Rouge  dont rien ne reste des vieilles installations d'il y a  2000 ans, hormis les traces d'une  route antique disparue :
mais en l'état actuel de la littérature sur le sujet, qui aurait parié sur une trainée de marguerites
pour trahir le tronçon manquant d'un  de ses diverticules.

La voie antique principale traverse le site au fond de l'ensellure (un col en quelque sorte), en second plan du cliché.
Maison-Rouge, une station routière dont l'activité perdura sans doute avec des hauts et des bas, durant près de 2 millénaires
    et qui fut d'abord , pour ce que nous en savons maintenant, une étape sur le plus ancien chemin  reliant entre eux les vicus gaulois ou gallo-romains
          de St Gence et de Rancon.

 Puis plus tard et  par déports variés d'itinéraires, les villes  de Limoges et de Poitiers.

                                                                                              
Mais quelle part de vérité cache le "chemin d'Henri IV" que nous montrent les randonneurs ?


   
    La rangée de marguerites qui trahit le passage du 4ème diverticule (chiffre rouge) nous incite à penser que le carrefour situé au haut du village (carrefour christianisé rappelons-le) n'aurait pas été de tous temps situé dans la position où nous le trouvons aujourd'hui (cercle noir). Aux temps antiques qui nous occupent, il aurait pu être situé sensiblement plus bas : point rouge ,cercle blanc.
    En effet le chemin rural actuel  qui descend vers la Glayeule pour rejoindre la voie qui file vers Nantiat, présente une arrivée d'eau qui sourd d'un revêtement caillouteux au premier des deux virages qui forment un S, près du village (cliché 7). Mieux, une dizaine de mètres plus loin, derrière la levée de terre visible à gauche,sur le cliché 7, un fossé assainit le cheminement en récupèrant l'eau d'amont : une possible relique d'aménagements antiques (photo 8).

   Dans sa partie basse et boisée, le chemin rural actuel présente un cours compliqué par une chicane  au-dessus de la Glayeule. De grosses pierres éparses, d'autres qui furent apparemment alignées, existent en sous-bois, à droite. Et quand l'on sort de là pour rejoindre  le gué repéré sur la Glayeule, le recoupement du chemin rural actuel s'effectue au niveau d'une fondrière très souvent  humide (photo 9). Hasard ou nécessité ?

   La traversée de la Glayeule, très colmatée en cet endroit (ancien fond d'étang ?), est illustrée par les clichés suivants : 10 et 10 bis. En 10 bis, la traversée s'effectue en fond de tableau.. 






                       La traversée du terroir de Nantiat




   Passé la Glayeule et sa rive droite encombrée par la friche, on retrouve facilement la continuité de la voie de Rancon en se fiant aux cimes de sapins entrevues depuis le site n° 10 précédent (repère et cliché n° 1). Aucun indice véritablement convainquant n'est là pour nous guider et nous éludons sans grand risque, la perte de temps que prendrait la visite des habitations privées entourées de leurs parcs et de leurs jardins.
   Nous poursuivons en contournant largement une tête de source et notre parcours restitué voisine alors un ancien chemin agricole devenu chemin de desserte d'espaces bâtis,  le "Chemin du Petit Cros Blanc" - ou peut-être et plutôt, au hasard d'un pataquès : le "Petit Chemin du Cros Blanc".
   Nous  inversons notre courbe suivant  la route qui monte vers le château d'eau ( photo 4, point culminant de Puy-Pichot, que le romain ne pouvait pas éviter) et nous notons que cet ancien chemin conserve son ancien nom :   rue du Cros-Blanc.
    N B :  En occitan, un "CROS" est un trou, une fosse, une anfractuosité au pied d'un tombant rocheux et péjorativement tout abri précaire pouvant tenir lieu d'habitat : "un cros de meijou" !

    Nous n'avons pas retrouvé l'hypothétique fosse blanche évoquée par la toponymie, mais quelques mois plus tard, revenant en arrière, au hasard d'un labour et d'un déplacement de limites agraires par défrichage, nous avons découvert une zone d'épandage de calcaire pulvérulent parsemée de nombreux cailloux de chaux (test concluant). Il serait fastidieux de rappeler à nouveau, nos expériences et nos constats sur le sujet des soles calcaires et des dépôts de  rognons de silex reconnus sporadiquement, sur le passage des voies romaines.

   Mais il est tout à fait possible voire probable que très anciennement, les habitants de "Puy-Pichou" pour amender leurs jardins, venaient puiser dans  un stock de chaux abandonné dans le voisinage ( "le cros blanc") par les cantonniers gallo-romains : les photos 1 et 2 ci-dessous, montrent l'emplacement possible du dépôt de chaux ou ses abords et l'assise restituée de la voie.




   Les photos 3 et 4 ci-dessus montrent l'aspect du champ riverain, à droite, dans la montée vers le sommet de  la rue du Cros-Blanc : une parcelle non construite présente, parallèlement à la rue, une dépression envahie par les ronces et les orties. Nous ne reviendrons pas sur l'opportunisme maintes et maintes fois contrôlé, de ces specimen de flore envahissant les tranchées résiduelles et les sols de voies antiques.
   Ce qui nous intrigue davantage c'est une coupe dans un probable talus de remblai, qui imite à s'y méprendre le remplissage des tranchées de voies antiques après le passage des récupérateurs de pierres (flèche rouge). L'apparence de l'artifice nous laisse sans explication plausible : en faire état ne signifie pas que nous le prenions forcément en compte.
   Et observez les pierres de surplus en rive gauche de la rue (photo 4).
 Vu également, derrière le château d'eau, un mur long et imposant qui court depuis le cimetière à droite, jusqu'à la rue du Puy-Pichot : soigneusement appareillées ses pierres bien parementées, attendent depuis de nombreux siècles un hypothétique réemploi (photo 5).

                               En route vers Villechenoux



    Bien que tout autre forme d'indice ait disparu, nous inscrivons notre voie de Rancon sous la rue de Puy-Pichot : aucun risque de se tromper, c'est une ligne de passage obligé. Passage quasi obligé également la ligne de crête qui, passé les dernières maisons, va courir vers Villechenoux.
   Marquez l'arrêt à l'entrée de ce village et avancez-vous pour mieux voir : dans les prairies de gauche: un magnifique "toboggan" antique (photo 6 et ci-contre) attend les archéologues de broussaille depuis deux millénaires. Du grand art, une façon magistrale et somptueuse voire ostentatoire d'amorcer l'effacement d'une rupture de pente.

  Mais passé le chemin agricole qui barre la pente au fond du passage, derrière les citernes blanches, créant un léger ressaut, le grand'oeuvre tourne à la catastrophe.   
  La descente difficile par Villechenoux, la ville "chenine",  comptera  ainsi 3 itinéraires différents  pour aller passer les gués  au fond de la vallée encaissée du Vincou.

  Et puis,  en rive droite cette fois, également 3 voies différentes et aussi abruptes et peu pratiques les unes que les autres,  partiront à l'assaut du plateau de Clavières dont on apercevra peut-être le sommet du château d'eau sur la ligne d'horizon de notre cliché . Clavières, "Cliavéras" des patoisants, petite station gallo-romaine, la "ville des clefs". . . mais les clefs de quoi ? 
  
   Les voies multiples  de Villechenoux que nous essaierons de démonter dans la prochaine page, témoignent de l'embarras des bâtisseurs de voies cherchant des passages dans les pentes abruptes du Vincou.
  "Les voies romaines ? . . . Un jeu d'enfant " on vous dit !
   A bientôt !