ARCHEOLOGIE  AERIENNE  EN  LIMOUSIN



                                                                 Cartes  IGN au 1/25 000ème   Série bleue  N° 2031 Est   LIMOGES
                                                                                                                                  N° 2032 Ouest    NEXON


                        Les Voies Gallo-Romaines du Bas-Empire

                                                                                                                    I
 
                                A / Un chemin tardif de Limoges au Bas-Verthamont, troisième itinéraire présumé vers Périgueux 
                           
et Bordeaux

  Rappelons ici  les deux  premiers itinéraires, présumés routes de Périgueux et Bordeaux, remontant à la plus haute antiquité gallo-romaine,  dont nous ayions  décrit  les vestiges sur quelques dizaines de kilomètres. Revoir notre site précédent "limousin-archeo-aero", pages "Itinéraires de l'ouest . . . et du sud-ouest vers Verthamont" et "Itinéraires par le Pont St-Martial":
  •   du forum d'Augustoritum à la Croix-Mandonnaud (rue Ferdinand-Buisson), les Terres de Ste-Claire (Lycée Renoir), Vanteaux, le Roussillon, la route de Thias (rue Abel-Fagois), les Cailloux, le Grand-Bois, le rond-point de la Croix-du-Thay, Beauchêne, le Haut-Verthamont et le gué sur la Vienne, les Champs, Beynac . . . Burgnac . . .
  • du forum d'Augustoritum au Pont-St-Martial, la Font-Péchiade, la Croix-du-Crible, les ruines du pont antique sur la Valoine, la montée entre la Garde et Fontgeaudrant, le passage sur la colline à mi-distance entre le Clos et le Pré-St-Yrieix, le gué sur le Rigouroux, l'est de Mazérollas, la Croix-de-Fer (carrefour), l'ouest de Veyrinas, la descente et la traversée du Chambon, le gué sur la Briance, la bifurcation dans la montée des Bois de la Batisse, l'ouest des Vignes d'Envaud pour la branche ouest puis le Bois-Pataud, le nord-ouest de la Béchadie, la descente par Maison-Neuve vers le gué sur le Boulou, l'ouest du site gaulois de la Chaize et la proximité est de Royer-sud.
         Deux itinéraires dont la haute origine antique est avérée, des "voies de la conquête".

   
   

Sur fond de carte IGN ci-dessus, nous rappelons en rouge,  l'itinéraire précoce du Haut-Verthamont : revoir éventuellement notre site limousin-archeo-aero.

  En jaune est indiqué le nouvel itinéraire qui se mit en place au Bas-Empire à la suite de la ruine de la ville coloniale. Figurent également en vert et en jaune à liseré rouge des diverticules, jonctions et échangeurs possibles sinon probables qui peuvent lui être rattachés.

 En grénetis rouge nous indiquons le chemin traditionnel du gué de Verthamont, connu de tous les limougeauds car ce passage d'eau qui resta en service jusqu'à la fin du XIXème siècle, suppléait aux ponts lointains de Limoges et d'Aixe.
  Assimilé sans autre précaution par la grande majorité des archéologues au seul et unique parcours antique, constamment publié et republié, son report sur la carte en grénetis rouge marque toute la différence qui existe sur le terrain entre les traits rémanents et heurtés de ces trajets contemporains et les images quasi abolies des grandes courbes de l'antiquité romaine.
  Par là, ils laissent pointer leur ignorance  de ce que pouvait être dans sa globalité, une voie  romaine de haute époque dont et au mieux, ils n'ont jamais été à même de  rencontrer autre chose que des ruines courtes et éparses.
 
 Sur la carte IGN ci-dessus, la confrontation des itinéraires  démontre qu'une étude minutieuse et réfléchie devrait pour le moins  tempérer le recours inconsidéré à ces idées reçues jamais vérifiées mais néanmoins  infiniment ressassées.

 Quand à la prétention de pouvoir remonter aux pistes multiples et foisonnantes de la protohistoire voire de  la préhistoire, on en fera facilement litière : les courts tracés que nous a personnellement révélé la recherche aérienne ne sont pas interprétables sur le long cours et ont échappé jusqu'ici à tout contrôle sur le terrain.


 
L'esplanade routière des Arènes

 Délaissant donc une ville et son forum devenus inexistants, ce nouvel itinéraire prenait racine au pied de l'amphithéâtre romain. L'amphithéâtre qu'une imposante lourdeur monumentale avait pu partiellement préserver de la ruine. On avait peut-être pensé que son énorme capacité d'abri pouvait fixer la soldatesque barbare qui déferlait du nord-est, pour peu que des routes nouvelles en privilégient l'accès.

  Voilà donc que s'impose dans le paysage urbain et semi-urbain actuel, une seconde voie vers le passage d'eau du Bas-Verthamont cette fois. Passage bien attesté  face aux dernières maisons de l'Aiguille et à une bâtisse au bord de l'eau que l'on ne manquera pas de qualifier de "maison du passeur". En dépit de quoi et de temps immémorial, cet endroit est connu sous le nom de "Gué de Verthamont". 

      Saint-Cessateur

   Le départ urbain de cette nouvelle voie en périphérie du Jardin d'Orsay/Place des Carmes et plus précisément au milieu de la rue des Arènes : c'est la courte rue "Vochave", lo vio chavado en dialecte limousin, la voie décaissée, qui nous clame ainsi son origine assurément antique mais certainement tardive en ce qu'elle ignore le forum et la ville coloniale qui consommaient leur ruine en servant de carrière aux survivants du Puy-St-Etienne.

   Passé la rue des Argentiers, la rue Vochave se poursuit de nos jours par  la rue Pierre-Larousse puis par la rue des Pénitents-Rouges jusqu'à son terme au Carrefour Beaupeyrat : le "Haut-Peyrat" et le "Beau-Peyrat" en souvenir sans doute de la somptueuse via agrippa qui croisait par là, allant vers Saintes et dont les empierrements,  traversant  les siècles, auraient marqué la mémoire populaire.


   A ce stade de notre raisonnement il est bon de se souvenir que les quelques rues que nous mettons ainsi  à l'honneur pour leur origine antique peuvent avoir  subi au cours des du temps maints avatars dont elles portent parfois la trace .   En 1873 existait encore, au milieu de son enclos paroisssial barrant la vieille route d'origine antique, le souvenir d'une  église paléochrétienne  qui fut plus tard, dédiée à Saint-Cessateur. Traversant elle aussi les siècles elle fixa au Moyen-Age, la Confrérie des Pénitents Rouges.

   Et nous avons déjà dit ailleurs ( site "limousin-archeo-aero" page 9 "Augustoritum") ce que nous pensons de l'origine de ces enclos paroissiaux qui ont causé  sur les voies de l'antiquité tardive, des anomalies de tracé dont nous relevons parfois l'existence   sur les vieux documents cartographiques et observons  encore de nos jours dans le tissu urbain , de subreptices réminiscences .  Il en est ainsi du contournement du promontoire de l'Eglise actuelle Jeanne-d'Arc sur la rue d'Isle, dont nous situons l'emplacement par la mention "Château-Gaillard" par laquelle nous pourrions éventuellement mais sans aucune confirmation érudite hélas, remonter à des vestiges très anciens.

La Cornue

  Passé Beaupeyrat une vieille  "Route d'Isle" devenue rue Pierre-et-Marie-Curie puis la rue de Bourneville, prolongent notre itinéraire jusqu'au territoire communal d'Isle et nous amènent ainsi au lieu-dit La Cornue.

  Ce nom bien ancré dans la tradition festive limousine, évoque la brioche des Rameaux dont la forme d'étoile à trois branches rappelle le trivium, la bifurcation de notre voie antique.Nous en observons encore les traces ci-dessous, sur la photo verticale de l'IGN extraite de la mission de 1950.

  Notons au passage que le toponyme de "Cornue" ne peut remonter plus haut que la fin du Moyen-Age, époque à laquelle l'autorité écclésiastique prescrivit aux "pestors" (boulangers) et autres pétrisseurs de fougasses, de donner cette forme à trois pointes égales (ou presque !) à une brioche  qui jusque-là illustrait crûment le mythe païen de la fertilité virile et printanière par une forme  ouvertement priapique.

  Et puisque nous en sommes à la forme des choses, rappelons que la bifurcation romaine se présente  souvent comme une construction symétrique par rapport au prolongement de  l'axe routier avant sa division. Deux routes auxquelles l'ingénieur s'attachera de surcroît à donner la même importance. Il n'est pas rare que la réussite de l'exercice demande en préalable un léger "désaxement" du tronc principal.


  Enfin, au cadastre de 1812, "La Cornue" est encore bien présente en tant que bifurcation : la branche inférieure va vers le site de la Chapelle et des Champs, faubourgs d'Isle et peut-être site primitif (?). Cette dernière direction aura disparu en 1950.
   La branche supérieure, l'axe principal, ira traverser les terres qui deviendront le site des Bayles et à distance, filera vers le Bas-Verthamont.
  Quand au village d'Isle que l'on peut toujours présumer d'origne antique  (Insula) , il prendra sans doute une  importance nouvelle lors de la fondation sur un replat dans la pente, du palais épiscopal et de son église. Il aurait pu être prioritairement rattaché à la ville d'Augustoritum par le diverticule des Perrières qui deviendra . . . l'avenue de Limoges (flèche verte).

  On sait qu'il n'est pas rare que des limites de parcelles fossilisent telle ou telle partie d'une voie antique. Revenant à notre embranchement de La Cornue (cadre rouge) , on observe que la voie principale est doublée de prime abord par une limite parcellaire  : ce détail que nous appelons un "parcellaire-relique" trahit l'emprise de la voie romaine qui  a servi de guide à la route "moderne" (pointe de flèche jaune). De façon informelle, cette route s'est d'abord établie sur le bas-côté ou sur le fossé nord de la voie antique. Puis et quelques cent mètres plus loin, on a franchi les restes de la chaussée antique pour aller circuler sur sa rive sud.
  On se souviendra d'avoir observé un phénomène semblable de limites parcellaires parallèles et sur une plus grande distance, sur la voie de Rancon, au nord de la Croix-des-Charriers (rond-point). On  relèverait sans doute beaucoup d'autres exemples de ces traces  si on consultait à chaque fois le cadastre napoléonien.

    L'anomalie des Bayles

   A l'ancien cadastre aussi bien que de nos jours, la propriété des Bayles s'inscrit en orientation discordante dans le parcellaire qui l'entoure. L'anomalie routière attestée de façon concordante par le vieux document de 1812 et la photo IGN de 1950,  ne s'explique pas facilement. On peut cependant remarquer que les bâtiments et les espaces agricoles ou d'agrément qui les entourent au plus près, ont été "normés à l'équerre" sur la portion de voie antique ou ancienne autour de laquelle ils ont été un jour construits : documents ci-dessous. La cause de cet évènement et sa place chronologique  ne sont pas évidentes.

           
 

                         


  Du Cheyreau à la Vienne


  Passé les Bayles  la voie  ne déroge toujours pas à l'art de la ligne tendue chère aux techniciens antiques.

  Et du site des Arènes d'Augustoritum jusqu'à Ventre-Noir, des routes modernes l'ont toujours accompagnée à peu de distance.

  A partir de là, l'allée qui descend à la Chabroulie malgré son air engageant  ne doit pas émousser notre attention : dans le champ, à gauche, les traces de la voie antique sont jalonnées dans la pente par des touffes de fragon qui entourent le pied des chênes rescapés d'anciennes haies limites de parcelles plus ou moins disparues.

  Le beau chemin agricole et de randonnées pédestres a été construit beaucoup plus tard et ne doit donc pas faire illusion. Plus bas, au croisement du chemin de l'ancien hameau de la Chabroulie, on observe des bosquets de buis dans une petite parcelle (petit point vert).

Et passé un second chemin, le chemin du Château celui-là, avant d'aborder un petit ruisseau, la pierraille des remblais de la voie antique déversent au pied de la pente l'eau qu'ils ont drainé depuis les hauteurs de Ventre-Noir (photo ci-dessous, au centre). C'est d'ailleurs le seul indice que ce petit gué ait laissé.
  Car, à une centaine de mètres en amont, le ruisseau avait été, dans le passé, enjambé par un petit pont. Une chaussée construite en surélèvation barrant le petit vallon, permettait d'y accéder. Il est probable qu'il s'agisse d'un aménagement très tardif.
  Depuis quelques années, le lit du ruisseau a été barré et la chaussée d'autrefois  retient dorénavant un petit étang (photos ci-dessous).
 
  "La voie romaine passait sur la chaussée de l'étang" . . . et je souriais à la lecture des vieilles chroniques de notables  férus d'archéologie, les imaginant très naïfs  !  J'avais tort  :  en effet comme ici, il n'est pas rare que de vieilles chaussées intactes aient ainsi pu être réemployées comme barrage de retenue d'un petit étang et on ne compte plus  les "chaussées" d'étang modernes dont l'assise a été établie sur des restes de routes antiques : je vous en montrerai.





  La photo de Google ci-contre illustre le beau tracé de la voie antique dans sa descente vers la Vienne au Bas-Verthamont.

  On observera sur la vignette au point jaune, le joli raccordement du chemin du Breuil sur la Départementale 74 : c'est la suite directe du cheminement par le petit pont sur le ruisseau de la Chabroulie que nous venons d'évoquer. La seconde vignette surimposée (point vert) montre plus loin, l'emprise de la voie antique marquée par des touffes de fragon entre deux rangées de chênes : à ne pas confondre avec le chemin actuel que l'on aperçoit à gauche.

  Enfin nous en appelons à la photo verticale IGN de 1950 pour montrer la belle courbe héritée de la voie, qui guidait à l'époque les limites des parcelles. Nous remarquons dans le même temps deux rangées d'arbres fruitiers qui pourraient éventuellement trahir un diverticule plus ou moins antique mais qui présenterait l'inconvénient d'être décalé par rapport au but fixé sur la rivière et de passer très près d' à-pic rocheux. Par expérience, nous continuons cependant à croire que ce genre d'indice ne doit pas être éliminé, même si son intérêt présent nous échappe.

 Néanmoins la certitude du tracé direct nous est donnée par l'incident des eaux qui s'est sans doute déclaré lors de la construction de la ferme du Pic. Deux des photos ci-dessus ont été prises au sol exactement sur l'axe de la voie, au centre, la troisième est une vue aérienne de 1986, à l'exacte verticale du site. On y voit le réseau souterrain fossile crevé par les constructions, s'épancher longuement dans la prairie en pente (flèches bleues, point bleu).

  Nous avons suffisamment parlé de ces résurgences de pente pour qu'il ne soit plus utile d'argumenter.



Le passage d'eau du Bas-Verthamont
  La forte pente sous le Château du Pic, traitée de vieille date en parc  paysager, ne permet pas de définir à distance, un trajet précis jusqu'à la zone d'atterrissage des bacs (barre jaune).
  En revanche et en rive gauche de la Vienne, on note que la vaste prairie de rive et ses bâtiments que l'Histoire contemporaine considère  comme la zone d'attente (zone verte, point vert et photos ci-dessous ) ne concerne que les activités récentes du passage d'eau et ne peut  convenir à l'atterrissage antique  .

  Les points d'atterrissage antiques (zones jaunes) se situent à quelques mètres au-delà et en aval des bâtiments actuels. Une trace de chemin oublié se discerne  encore  dans les fourrés; elle s'éloigne de la rive vers le sud et par-delà la route actuelle (D 32) une tranchée s'ouvre dans la pente dès  la fin  des aplombs rocheux. Elle était restée jusque-là vierge de toute construction et l'endroit passait facilement inaperçu mais il est en cours d'aménagement et va sans doute disparaître à nouveau en tant qu'indice archéologique.





   Il serait hasardeux d'essayer de remonter la pente par la tranchée du chemin antique. Il est plus "rentable" passant par le Bastier, d'aller recouper la trace au niveau de la voie ferrée : près du pont sur le chemin de fer, un chemin piétonnier longe les rails jusqu'à un point bas où nous retrouverons précisément le passage  de la vieille voie (images du bas, ci-dessous).




  Au-delà de la voie ferrée la voie antique  va traverser le Bastier. On la verra ressortir plus haut, parallèle et à l'ouest de la Départementale 11 a. Ses traces  s'inscrivent d'abord sur l'arrière des propriétés bâties puis sur la ligne de crête entre les ruisseaux Cramoulou et Boulou et comme à l'accoutumée, son parcours sera toujours guidé par le relief voire comme on a pu le voir ailleurs, infléchi par des incidents de parcours  dont on sait parfois entrevoir  l'origine humaine. On notera sur le parcours les toponymes tels que "La Pouge", la route de hauteur (podium) et "Lestrade" , la route épaisse, construite en couches successives (via strata). J'y ajouterai, plus loin, "Les Rochers" rappelant un dépôt de pierres et de blocs, souvenir d'un très ancien chantier abandonné.

   A ROYER comme je vous l'avais promis nous arrive par le Chambon et la Béchadie, la voie du Pont-Saint-Martial qui fait ainsi sa jonction au milieu de  reliefs de civilisation oubliés comme le beau village agricole gaulois de la Chaize (panneau ci-dessous).
   Quant à la voie réputée plus ancienne, issue du gué du Haut-Verthamont et que nous avons suivie sans difficulté  par Beynac puis Burgnac où nous l'avons abandonnée, elle pourrait par la proximité de Meilhac, converger comme les deux autres vers un  site au nord-nord-ouest de  Nexon dans le large environnement de  la gare SNCF.


                                   René LACOTTE à Verthamont

  Au début des années 1990, le regretté René LACOTTE reprenait à la demande de la Mairie d'Isle, l'histoire du Gué de Verthamont de 1740 à nos jours, histoire "mémoriale" et très conforme à ce que véhicule la tradition locale.  Au-delà de la Vienne, poussant vers le sud son itinéraire entre Boulou et Cramoulou, l'auteur reconnaissait à quelques détails marquants  - a minima comme de nos jours : tranchées routières, utilisation de la ligne de crête et toponymie ( La Pouge, L'Estrade . . . ) - l'origine romaine de ce cheminement. Il pensait ainsi qu'après avoir été recouverte par la route moderne (Départementale 11 A), la voie antique la quittait peu après le travers de Lavoust (commune de Meilhac) et avant Royer (commune de Jourgnac), pour aller plein sud.

   
Une courte tranchée dans les labours en témoigne encore au contact de la route et à ma connaissance, René LACOTTE fut le premier à faire cette remarque.

      René LACOTTE, Un passage ancien de la Vienne : le gué de Verthamont dans Travaux d'Archéologie Limousine tome 11, 1991, pages 33 à 41.

  Sur le terrain en effet, à peine deux cents mètres après l'échappée de la route moderne, on constate un croisement complexe entre l'axe antique nord-sud présumé et un  ancien "chemin de servitude" de Royer à Meilhac, de direction transverse , encore bien matérialisé sur le terrain avec deux "chicanes" imbriquées ( en vert sur notre photo aérienne).
  Sur notre document, un double trait signifie un chemin creux encore pratiquable à cette réserve près que ces chemins sont ici intentionnellement bouchés ça et là,  par des détritus de toutes origines : chassis de camion, branchages, fil de fer enchevêtré etc - comme autrefois peut-être, les voies antiques
au Bas-Empire, autour de la ville d'Augustoritum,  pour arrêter les randonneurs barbares !
  Près de cet imbroglio René LACOTTE signalait un "remblai d'écroulement" qui avait sans doute été enlevé avant notre récente visite.
  Mais nous avons été sensible au nom du village tout proche : "Les Rochers" qui peut tirer son origine de rebuts d'épierrement mais plus certainement encore de gros blocs demeurés en place et qui ont pu constituer dans le passé comme nous le suggérons régulièrement, la matière d'oeuvre des constructeurs 
antiques de voies . A noter dans cet ordre d'idée que le vieux chemin qui file vers l'étang est sensiblement perché au-dessus des terres qui dominent le ruisseau : le talus délimitait autrefois (vieux cadastre ) une parcelle allongée que nous signalons en légère teinte orangée sur notre photo de 1986.



    Suivant son intuition à partir de quelques fondements tangibles, René LACOTTE traçait la suite de ce vieil itinéraire tel que nous le reproduisons sur notre vue globale, en trait orangé, passant le ruisseau par un gué qui a pu servir d'assise au passage de la départementale actuelle. Puis, il contournait la zone humide qui deviendra un étang un gros paquet de siècles plus tard.

  Et les traces que nous relevons sur notre cliché lui donnent  raison sur l'ancienneté de ces cheminements, de même que la présence superposée et contournant l'étang à l'ouest, d'une courte limite paroissiale/communale.


  A cette nuance près cependant que jamais un chemin creux et  des lisières aux contorsions multiples n'ont  fait une voie romaine.
  Nous pourrions avoir là  en effet,  de simples chemins de servitude d'abord créé par l'usage bien des siècles après la romanité
puis ancré dans le sol par le ruissellement et balisés au cours du temps par des haies. Ces réceptacles naturels collectant au fil des siècles d'usage les déchets organiques des usagers, nous livrent aujourd'hui encore un foisonnement de houx et de fragon qui signe les très vieux chemins des hommes.

                              
   Sur la même panneau global ci-dessus, nous signalons par un fin tracé vert ponctué, une limite intercommunale : de temps à autre le hasard fait ainsi les choses !
   Autour de l'étang, les traces que nous repérons au sol sur notre photo aérienne, pourraient tout aussi bien être, à l'opposé de ce que nous venons de dire,
des chemins très précoces  de création gauloise car ils circulent au milieu de traces dont certaines (La Chaize) remontent avec certitude à cette époque : voir le contexte sensible que nous avons signalé précédemment ( La Chaize, Royer-Sud . . .). Leur emprise relevé sur notre photo est d'ailleurs comparable à celle des chemins creux déjà signalés.
 

                             La voie romaine ! La voie romaine ! La voie romaine !




 

A Royer-Les Rochers, la voie romaine quant à elle est autrement inscrite dans le paysage :
mais  il faut beaucoup d'attention et d'expérience pour en détecter les reliefs sur le terrain au sortir du chemin creux qui a dû emprunter son assise pour un court instant : petite photo ci-dessus où nous soulignons un bombement très amorti, entre deux lignes plus humides distantes de plus de 20 mètres. La large trace file vers un ponceau marqué  par un ou deux arbres en boule.

   Il nous a paru intéressant d'aller recouper cet itinéraire sur la route de Royer à Nexon, au niveau des Bourissous (photos ci-desus) : la voie émane du   fond  du cliché, à gauche d'un coin de parcelle visible entre les arbres. Le vaste mamelon  était parcouru en léger biais par la voie  qui venait passer à gauche, non loin du cairn d'épierrement qui figure au premier plan de la petite photo panoramique ci-dessus .  De nombreux blocs de pierre pointent à travers le gazon qui le recouvre.

   Et dans ce contexte chronologique très ouvert on peut remarquer qu'une courte section de la voie romaine a servi d'appui à une limite paroissiale.
   Bien sûr, dans un coin de notre mémoire nous savions que nous avions quelque part une photo ponctuelle des environs de Royer. Classée sans suite comme beaucoup d'anecdotes isolées, elle a retrouvé ici par le plus grand des hasards, une valeur de symbole pour insister encore sur l'élégance réelle des véritables itinéraires  antiques.
  Et, comme pour nous donner raison, la projection verticale de GOOGLE semble bien nous offrir de surcroît, surplombant la chaussée,  la trace d'un  petit fanum . . . en bonus . . .  pour la route ! (astérisque)
 



    Pour faire plaisir à un Maire soucieux de connaître mieux l'histoire de sa commune, René LACOTTE, homme affable s'il en fut et géologue émérite,  ne pouvait guère faire mieux que de compiler la rumeur savante mais rumeur quand même, sur le tracé populaire de la voie de Verthamont et évoquer l'origine antique qu'on lui accorde.
   Mais rien ne lui permettait à cette époque - et rien de nouveau ne lui permettrait aujourd'hui, hélas ! - de trouver dans la littérature locale spécialisée quelques idées neuves qui lui auraient permis de nous en dire davantage.

                              Encore des chemins . . . et des pierres.

  Les chemins antiques de Vesunna (Périgueux) et Burdigala (Bordeaux) sont évidemment multiples et nous en savons déjà quelque chose. Rappelez-vous aussi la trace de voie venant des gués de Mérignac (?) et qui rejoint juste avant Beynac la voie du Haut-Empire venant du gué primitif du Haut-Verthamont. Et d'excellents auteurs vous parlerons encore des chemins de Périgueux passant par Aixe-sur-Vienne.

  Dans cette idée et sur notre photo de 1986 ci-dessus,  nous suggérons par un tracé vert orienté au nord une possible et très ancienne route venant de l'Aiguille par Viblac, Charroux, Bosmie, le Boulou et Noyéras. Cette idée - qui n'est cependant pas neuve dans le paysage archéologique limousin mais peu documentée à ma connaissance - me revint un jour où obligé de  "tuer  le   temps"  près  de  la  salle  de   réunion   et   d'activités   de   Charroux,  je  fus  
intrigué par  une  débauche de pierres et de blocs de rochers qui encombraient manifestement le paysage et dont l'abandon sur un très ancien site d'approvisionnement routier était plausible (documents ci-contre).

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