ARCHEOLOGIE  AERIENNE  EN  LIMOUSIN



ALLEGORIE
   L'Eglise de St Gence serait d'origine romane. Elle fut remaniée au XVe siècle, visuellement le portail pourrait remonter à cette deuxième époque. Est-ce à cette occasion, que  quatre  modillons furent placés là pour supporter quelque auvent ? Un cinquième pouvait exister, maintenant caché par le petit local surajouté en retour d'angle (petite porte à droite, avec son linteau en accolade). Mais cet auvent avait sans doute l'inconvénient de  cacher la modénature du portail et c'était tout à fait dommage.
  L'auvent enlevé ces intéressantes consoles devinrent sans emploi. Heureusement, l'aspect décoratif  fut sans doute suffisamment évident pour qu'on les  laissât  en place.
   Moyennant quoi, il y a quelques années,  une jeune et charmante archéologue qui passait par là nous confia qu'elle avait peut-être eu une vision : de cette lointaine époque, serait-il possible qu'il nous vînt quelque message ?  

En cours . . .                                                  Carte IGN au 1/25 000ème   Série bleue    N° 2030 Ouest    NANTIAT

                         La  voie  antique  de  Limoges  à  Rancon
                                              et  autres  lieux
                       Deuxième  étape  :  de  St-Gence  à  Rancon

                                           La traversée de St Gence (rappel : Voie de Rancon, site "limousin-archeo-aero")




   A St Gence, le parvis de l'Eglise actuelle , avant sa dévolution au christianisme, a pu être dédié à quelque divinité païenne. Situé à proximité immédiate d'un carrefour de voies antiques, il ne serait pas étonnant dès lors qu'un temple  ait figuré ici aux temps gallo-romains.
  Dans la proximité de St Gence, on se souviendra que la voie principale sud-nord a été contrôlée à Puy-Boursault (photo aérienne) près de la Gagnerie (fontaine tarie) puis tout près, à l'est du cimetière par photo aérienne encore et au petit lotissement en contrebas du stade (chaussée et mouvements de terrain dans les jardins au moment des travaux) ainsi que dans un remblai surélevé en bordure de la route du Châtenet . . .
  Toutes les fouilles archéologiques pratiquées avec succès par Guy Lintz du Service Régional de l'Archéologie se situent à l'ouest de cette voie principale ainsi fixée (zonage rouge aux plans).
  Par contre les sondages d'évaluation effectués à l'est (zonage jaune) n'ont semble-t-il rencontré aucun indice archéologique. Et la voie antique venant de Nieul (?) n'a été interceptée par aucun des traits de pelleteuse répartis sur cet espace à titre de recherche. 
  En l'état actuel de nos connaissances on peut donc dire, avec toutes les précautions d'usage, que la voie antique de Rancon marquerait la limite est de l'agglomération gauloise de St Gence.

        
 
  L'ancien cadastre montre l'état d'aboutissement de siècles et de siècles d'errements, d'accaparements, d'achats et de ventes , d'échanges, d'empiétements, de remaniments . . . du foncier et du bâti. Il faut se garder de l'idée qu'il conserve systématiquement la trace d'aménagements protohistoriques ou antiques.
 
  Cependant, quelques détails peuvent être parfois révélateurs : on se souviendra entre autres d'entités agricoles dont les contours visibles remontent à ces hautes périodes et que le village des Richards  à l'ouest de la Vienne (commune de St Priest-sous-Aixe), présente toujours, figé dans son bâti, le tracé de la voie d'Agrippa . . .  Ci-dessus on verra que la route de La Celle (et de La Chatrusse ?)  dans la fermeté de son tracé (cercle rouge), montre une plus grande  ancienneté que la route de l'ancien régime qui contournait l'agglomération de St Gence. Cette dernière soulignée par des flèches jaunes, chantournée à l'excès, se hasarde dans  le périlleux ravin du Rabaud.
  En dépit de quoi elle est toujours et malgré tout assimilée  à une route antique,
voire et par le truchement de quelques autres chemins incertains  encore à découvrir, à la voie de Poitiers . . .  et dernièrement - pourquoi pas ? d'Argenton. C'est la façon limousine d'écrire l'histoire de nos grands chemins !
  On notera pour mémoire l'oppidum dit Camp de César ou la Motte-Chalard et ci-contre, le grand enclos remanié de la Glane, à proximité du Châtenet, commune de Nieul, entouré de divers indices d'occupation du sol.




A gauche, au premier plan, venant du bas de l'image (Nieul ?) :
   - trace d'une voie probablement antique, se dirigeant vers le parvis de l'église (flèche rouge), à ne pas confondre avec  . . .
     -  la limite biaise de la parcelle de l'ancienne école communale (étoile rouge et tracé jaune ) qui s'appuyait sur la route de Nieul de l'Ancien Régime.
     -  Deux arbres jalonnent la route de La Celle puis un alignement prolongé par la limite arrière des parcelles des 4 pavillons en échelon refusé : serait-ce le reste retrouvé d'une liaison protohistorique et antique avec La Chatrusse via La Celle (?) convergeant vers un édifice antérieur à l'église, sur le parvis actuel .
    -  Un chenal surchargé en rouge (photo GOOGLE ci-dessus) stérilisant des anciens méandres de la Glane et créant des bras morts : c'est un aménagement moderne car le vieux cadastre maintient le cours d'origine de la rivière. Durant un certain temps, la proximité du grand enclos du Châtenet (Cne de Nieul) et divers autres indices voisins nous incitaient faussement à y voir des travaux protohistoriques ou antiques.


Photo de droite :
     -  aperçu sur la construction précaire des voies vicinales de l'ancien régime : dans la parcelle claire, la trace à peine visible de la vieille route sans doute très  fruste (points rouges),  de l'ancien cadastre et son prolongement en courbe vers le Rabaud (tracé non romano-compatible).


                                       Le temple de Senon et les marais de Montcocu



   Le petit fanum de Senon est relié à la ligne de crête qui porte le village, par un étroit sentier qui franchit un maigre ruisseau sur un pont de pelouse. Le fanum pourrait être posé sur une terrasse débordante formant déambulatoire (?) : quelques images le suggèrent.




 Quelques dizaines de mètres plus loin, antérieurement à la tempête de 1999 et aux débardages qui s'en sont suivis, la voie principale atteignait la place d'une bifurcation pavée de façon très soignée à petits cailloux jointifs. La trace de la voie secondaire "déférente", réapparaît sur nos photos, dans une terre de culture : on pourrait la croire moderne si son module n'excédait de beaucoup la largeur des engins agricoles modernes. Nous n'avons pu la retrouver au-delà de la petite Départementale 128 de Senon à Peyrilhac qui occupe la ligne de crête. Sous réserve d'étude complémentaire nous pourrions y voir  l'amorce d'un premier embranchement vers Poitiers.




  Après avoir cotoyé de très près un enclos carré entouré d'arbres, la voie de Rancon va aborder la traversée du marais créé par les multiples bras d'un affluent de la Chambarrière. Nous noterons que l'enclos évoqué présente un très fort dévers vers le cours d'un ruisseau, à l'est. Quel que soit le temps historique que l'on interroge, nous ne voyons pas dans ces conditions qu'il ait jamais pu être dévolu à autre chose qu'à la culture.
  Après un gué sans problème, en limite de prairie, sur une petite éminence, nous observons un dépôt de pierres ouvrées dont l'origine très ancienne est probable.




   Ensuite et sur plus de 60 mètres, la chaussée a été surélevée et circule à fleur d'eau du côté amont. Aux temps antiques, il y eut ici un pont : un jour les chenaux colmatés ont fait barrage et tout porte à croire que le pont existe encore sous la vase accumulée.
   On sait que pour avoir observé certaines voies ( et nous en verrons d'autres) ainsi contraintes de circuler dans un environnement aussi défavorable, nous nous sommes posé des questions. Nous avons  déjà signalé et commenté  certaines facettes, certains traits dévoilés des relations entre fonctionnaire romain chargé des voies et notable gaulois patron en son village, pour ne  pas avoir à y revenir : ici le romain, fut obligé de passer au large de la ligne de crête convoitée !  
  Chef gaulois vaincu peut-être, mais toujours "vergobret" en son village.

   Comprendre ces photos, c'est probablement accéder à un tout petit supplément d'histoire mais il faut être là précisément !






                          Une villa agricole gallo-romaine au delà de la route, un petit édifice en tête d'un vallon,
                      une taverne sur la crête, une ferme gauloise, une bifurcation et un village : la fourche . . .
                      
et bien d'autres choses . . .

                        




                                        Une ferme dont l'origine  remonte  apparemment  à  l'Age-du-Fer :  Trachaussade


   Trachaussade, c'est littéralement "la ferme de l'autre côté de la grand-route"; le toponyme remonte au plus tôt à l'apparition de l'occitan dans notre région : l'occitan, la "langue d'au".
   Autrefois, les patoisants de mon village (c'est à dire tout le monde) répondaient invariablement - "au !" à toute interpellation, c'est à dire -" oui je vous entends ! Quel est votre message ?". J'ai toujours vu dans cette réponse l'expression dialectale figée et en partie vidée de son sens d'origine, du oui sémantique. J'eusse aimé qu'on me dît au temps de mes écoles que la graphie savante oc (d'où la langue d'oc) ne s'était sans doute jamais prononcée "oque", telle qu'on l'écrit.  Je tiens à ma "langue d'au" !

   Revenons à l'agriculture : la ferme de Trachaussade trahit son origine gallo-romaine, voire gauloise, par les terrassements successivement aménagés en tertre surélevé et encore apparents sous la  maison la plus proche de nous, du village actuel. Second indice, dans le grand champ, de l'autre côté de la route moderne, les  "hortillons" ou hortus, les "petites parcelles" qui apparaissent encore quelques 20 siècles après leur création. 

    On peut cependant apporter une nuance : les exemples de culture en hortillonnage (petits jardins) vus à Villejoubert et évoqués ailleurs dans notre page "gaulois et gallo-romains" site "limousin-archeo-aero" avec leurs allées de desserte, apparaissent plus structurés et plus réguliers que sur le présent site de Trachaussade : d'aucuns pourraient voir ici la structure plus lâche et moins orthonormée des "champs celtiques" décrite par les spécialistes de la protohistoire agraire.

   La zone ou les zones surélevées que nous évoquons, puis la ou les fermes plus tardives qui en ont profité, ont été longtemps reliées à la voie  principale d'origine romaine qui circule au bas de notre cliché. Celle-ci vient du long-pont de la zone des marais, le raccord avec les documents qui précèdent se fera facilement sur les deux arbres-témoins qui figurent à droite et que nous avons déjà signalé.
   Enfin à gauche et au bas du présent cliché, la trace d'une petite structure carrée est apparente en bordure de la voie principale ainsi que ça et là, quelques tronçons de petites voies de circulation et autres indices énigmatiques .


                                      Fourcelas, la Cantine et Maison-Rouge


                                


Numéros- repère et vignettes associées :
   - 1 : tranchée routière du diverticule devant Fourcelas. Le petit édicule isolé est un captage d'eau sur le passage d'un fossé de la voie; un second captage sur l'autre fossé, nous est caché par les arbres, à droite. Les deux ouvrages on s'en doute, ont été vite abandonnés.
   - 2 :  pierres de récupération sur culture en attente d'évacuation.
   - 3 :  racine du diverticule au niveau de la route actuelle.
   - 4 :  tranchée routière du diverticule après les bois de Fourcelas. Il s'agit d'un vallon sec plus ou moins aménagé : le trait de charrue axial purge les eaux de
           ruissellement sur les flancs  de l'ouvrage (prairie à moutons).
   - 5 :  dépôt d'épierrement dans la montée de la Cantine.

   Sur le cliché renseigné on remarquera un petit édifice en tête de vallon avec galerie de façade ou petite terrasse. Il est bien sûr relié à la voie principale mais aussi à l'auberge de Maison-Rouge par une petite voie qui apparaît au-delà de la route, selon une trace claire à peine perceptible (en palimpseste). Il est probable que les bois nous cachent un second chemin de liaison entre l'auberge et le diverticule, après Fourcelas.
    Une trace rectangulaire bipartite est marquée par les chênes qui ont colonisé les fossés gaulois. Elle est  établie en tertre au-dessus de la tranchée routière de Fourcelas. C'était une ferme  avec partie résidentielle et partie agricole, type "cassano-curtis" : voir le site "limousin-archeo-aero" page "un desert archeologique".





                        La traversée du Pic

       

   Sept cents mètres après la Cantine la voie antique quitte la petite départementale 128. Une lisière de bois encombrée de cailloux roulants matérialise encore son passage(triades de points rouges comme à l'accoutumée). Après un gué très vaseux, la chaussée antique s'est conservée sous un haut buisson perché (points rouges ).
   Après la petite route du Pic le vieil itinéraire ne va pas tarder à basculer dans la pente pour descendre vers le village du Mas-du-Bost : un chemin rural , lieu de passage immuable depuis des siècles, est encore là. Ses flancs évasés trahissent son origine et sa facture antiques et le démarquent radicalement des chemins creux plus tardifs, encaissés et usés par le ravinement car créés à la diable dans les siècles de misère du Moyen-Age, par le passage répété des paysans, des animaux domestiques et de la "sauvagine".
   Ainsi, il faut apprendre à lire le paysage : d'une part, le droit chemin "ferré" des ingénieurs abordant de front la difficulté, ailleurs,  créé par l'usage, le chemin boueux et compliqué des ânes, des boeufs et des manants économes de leurs efforts !

                                        Le Mas-du-Bost, une station agricole gallo-romaine







   A proximité de la zone agricole des "hortus" la cicatrice laissée par la démolition de la voie antique de Rancon est souvent très apparente. Cette année 2011, Google nous en donne une image très valable même si elle n'a pas la netteté de la nôtre, il y a 20 ans. Avec les instruments qui accompagnent les clichés d'aujourd'hui, on peut la mesurer à 10,23 mètres : il s'agit évidemment de la tranchée de récupération des pierres de la chaussée, remblayée par le tout-venant et finalement comblée. Dans les conditions météorologiques de l'instant (sécheresse d'été) les bas-côtés ne sont pas visibles.

N B : Des repères tels que "étoile", "astérisque", "rond" . . . sur les mêmes détails topographiques,  sont destinés à faciliter l'orientation ou la continuité d'une photo aérienne  à l'autre


                         " Vous ne pouvez pas vous tromper, vous demanderez un nommé Talius !"





   Dans la pente qui verse vers la Glayeule, la voie antique n'est plus perceptible sur nos photos mais nous la récupérons sans difficulté à travers bois comme une belle tranchée qui vient mourir au niveau d'un chemin agricole plus tardif. Une dizaine de mètres encore et c'est un gué sur un fond de rivière solide, damé par des siècles d'usage piétonnier et le passage des charrois. Le piéton peut toujours passer à pied sec sur une dalle surélevée traditionnellement appelée "planche".




   C'est alors que s'est posé un vrai problème au prospecteur que nous sommes.
   Nos images aériennes ont près de vingt ans. Elles furent comme à l'accoutumée accompagnées de contrôles et de recherches sur le terrain sans que pour autant, la suite de l'itinéraire antique s'imposât d'emblée à nous.

      Un  domaine gaulois

   La première idée qui me vint à l'esprit en observant le village de Taillac - dont le nom même clame ses origines latines (taillacum)- ce fut un possible et ancien terroir agricole évoqué par une forme para-circulaire englobant le bas du village et le versant ouest vers le ruisseau. Et la topographie des lieux nous montra assez vite que la voie devait s'infléchir à l'est pour contourner l'espace agricole  et sans doute l'habitat qui lui était lié.  L'analogie avec la ferme antique de Busserolles près de Bussière-Poitevine ( site "limousin-archeo-aero" page "routes et domaines gallo romains"), nous incitait à cette analyse et la profusion de pierres errantes, amassées et montées en murs sur la limite est du dispositif, au beau milieu du village (voir photos 1 et 2 ci-dessous), apportait de l'eau à notre moulin. Bien sûr la suite de l'itinéraire sur laquelle nous allons revenir, confirma vite notre démarche.

   Restait à scruter le terrain après le gué sur la Glayeule pour y découvrir la trace d'une large  évolution en S de la voie antique partant vers la droite. . .  et assurer ainsi notre  thèse .




    Et c'est une autre photo qui nous apporta la réponse (photo 2, ci-dessous).
    Examinons l'image ci-dessous (Taillac 2) :
      - 2 tirets et une flèche jaunes prolongent la direction venant du gué sur la Glayeule (point bleu). Le tracé observé de près sur une image IGN / Google datée de 2011 ( ci-dessous) rappelle avec un peu d'imagination, la petite voie gauloise (?) vue sur le site de La Chatrusse - La Châtre-Plane, petit itinéraire de desserte tout au plus d'une villa ou d'une structure agricole très proche car elle vise à quelques centaines de mètres de là, une zone fortement marécageuse et sans débouché.

      Une autre trace barrée d'une croix jaune est le passage récent du collecteur des eaux usées du village vers la petite station d'épuration  qui occupe la clairière au bord de la route. 20 ans plus tard sur le cliché IGN/Google elle n'est plus observable : phénomène déjà signalé !

     - Restent alors, immédiatement après le gué, deux lignes courbes qui pointent vers la haut des terres et  le village comme la trace élargie d'une emprise routière encadrée par ses fossés et que nous signalons par 4 pointes de flèche rouges.
                        Remontez maintenant vers le village et observez  sur notre image ci-dessous, une courte trace verte qui sort de la cour de ferme déjà signalée plus haut :  repère, pointe de flèche rouge également. Ceci trahit un épanchement d'eau vers la prairie .
                        Puis supputez en suivant la pente, le trajet de l'eau que le fond des anciens fossés et les restes du radier recueillent et conduisent vers le bas du terrain.
                        Alors, allez voir plus bas, le profond fossé de drainage qui  verse dans la Glayeule en longeant la haie transversale (trait bleu
                                     encadré de deux liserés marrons)  . . .
                        et si comme nous, vous ne voyez pas pourquoi  un vieux paysan a pris la peine un jour, de  creuser ce fossé profond . . .

                                            repassez par là (comme nous l'avons fait fortuitement) après un gros orage et,
                                    les pieds dans les 10 à 15 centimètres d'eau qui auront envahi le bas de la prairie,
                                                           d'un seul coup, vous aurez tout compris.










                                     Ainsi donc, après avoir bâti leurs maisons et leur ferme avec les pierres de la voie antique, les villageois  ont encore eu  du "rab" . . . étonnant, non ?


                                                                   
                                                             Après la fontaine . . .
                             . . . à propos, savez-vous  que sur les traces de voies romaines on trouve des endroits  marqués d'une pierre blanche ?  Qui fera parler le hasard ?





   Au bas de l'image ci-dessus une étoile marque le départ du premier diverticule pour Maison-Rouge. La trace résiduelle est à la limite du perceptible : la rupture de pente entre le versant et les prés de fond avait été décaissée pour amoindrir le dénivelé lors de l'établissement de  cette petite voie de servitude antique.
  La voie et sa  tranchée, sont  tombées en désuétude au bout de quelques siècles; le lopin de terre traversé revint au bout d'un temps incertain, à l'usage agricole. Aujourd'hui  les sillons du labour, d'orientation transverse à la pente comme il se doit, suivent encore subrepticement l'altération des courbes de niveau. Une limite de buisson arboré s'est instaurée entre la terre agricole et les prés de rive : en freinant et filtrant la colluvion, la haie a  pratiquement fait disparaître ce qui restait du petit accident de terrain. Seule l'inflexion de la haie reste perceptible : "un genou". Nous allons retrouver ce diverticule à la page suivante.
  Rappelons cependant le même phénomène resté encore  doublement évident à Limoges jusqu'au percement de la rue Clouet, sur le "Chemin de Pépou" coupé  par le ruisseau du Mas-Jambost et, en parallèle, par la voie d'Agrippa vers Saintes dans leur pente vers l'Aurence : le chemin accusait ainsi depuis sa création  immémoriale un double tracé en "chapeau de gendarme" (site "limousin-archeo-aero", page " itineraires de l'ouest vers Saintes . . ."), voir la copie du cadastre de  Limoges en 1812.


    Maison-Rouge

    Depuis Limoges/Augustoritum, en route vers Rancon/Roncomagus, le légionnaire avait déjà fait le gros d'un chemin difficile et rien n'empêchait une courte halte : mais le camp de repos où passer la nuit était probablement plus loin, à Roncomagus peut-être. Nous vous proposerons là-bas, l'image atypique d'un camp permanent, sur la hauteur, au-dessus de la Gartempe.
   Pour le marchand venant de loin, usagé de la voie provinciale ou autorisé à emprunter le chemin impérial, Maison-Rouge pouvait être l'étape d'une journée. C'était alors le débâtage des mules lourdement chargées, de l'eau et une brassée de foin pour chacune. Pour le caravanier  la promesse d'une paillasse après une fiasque de vin, du pain et du fricot. Le sourire de la servante et plus si affinité.
   Car la taverne de Maison-Rouge était surement une étape réputée. Construite en retrait à quelques centaines de mètres de la route antique, elle irradiait autour d'elle pas  moins de 4 chemins d'accès en éventail qui rejoignaient à tour de rôle la voie principale sur 1,5 km depuis Taillac.  Tout un programme !

               Dans une prochaine page nous ferons une courte étape à Maison-Rouge, sur le chemin de Rancon.                                                             

    Mais, avant d'aller plus loin et si vous remontez plus haut dans cette page et jusqu'à l'image synoptique GOOGLE qui couvre la descente vers la Glayeule et la traversée de Taillac, vous devrez bien reconnaître que notre ingénieur romain n'avait pas été très heureux  dans la direction de son itinéraire. Toutes choses égales par ailleurs, un trajet qui aurait anticipé sur la trace du chemin agricole actuel qui relie le Puy-des-Elies au Moulin de Taillac, eut été plus court et plus commode, même au prix d'un gué supplémentaire.
     Mais était-ce véritablement son choix ?  N'avait-il pas dû à nouveau  faire face à la difficulté d'apres négociations et de basse diplomatie avec l'indigène pour trouver un passage ?