
| Carte IGN au 1/25 000ème Série bleue N° 1931 Est St JUNIEN |
| La Voie d'Agrippa (suite) |

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Passé la Vienne (Vigenna)
sur le Pont des Piles, une tranchée routière s'ouvre dans
la pente, coupée à sa base au XIXème siècle
par la Départementale 32. Il est probable que dans cette
montée encaissée, la voie était réduite à sa
seule partie empierrée, c'est en tout cas ce que l'on constate sur notre
photo aérienne verticale. A la sortie de la zone boisée, une trace plus claire que le terrain environnant (repère 1),
correspond à l'emprise de la chaussée : plus tard,
pillée de ses grosses pierres, la souille fut alors
remblayée avec la caillasse résiduelle et le tout venant.
Elle se comporterait apparemment et pour quelques dizaines de mètres encore,
comme un drain qui assèche les terres de recouvrement.
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La route qui monte aux Richards, tout comme son prolongement qualifié par la tradition de "chemin ferré" sont
très prisés par l'archéologie contemporaine en tant que "voie romaine".
Cette solution ne saurait se soutenir très longtemps et ne serait qu'un pis-aller pour un
projet qui devrait nous
conduire vers Saintes. Il faut
donc nécessairement trouver dans le paysage l'alternative positive vers l'ouest.
Et c'est le survol du village des Richards précisément, conforté par l'examen du cadastre de 1990, qui nous apportent le déclic. L'orientation du premier corps de bâtiments dès l'entrée du village, à gauche, est particulièrement parlant. De même que la référence au cadastre de 1823, également représentatif à cet égard (photo 3). Dès lors le canevas d'une bifurcation se met en place : il faut bien évidemment dans ce constat, faire la part des empiétements, des débordements, des accaparements, le souvenir d'une emprise publique aussi lointaine s'étant totalement dilué. Seules devaient subsister et permettre à l'organisation des structures de venir jusqu'à nous, le respect d'une tradition et des commodités réciproques permettant la desserte des blocs d'habitat, des étables . . . des granges. Et, rappelez-vous, nous avons déjà remarqué ce phénomène de rémanence dans le tissu urbain de Limoges (sorties nord et sud du Pont-St-Martial . . .) ou en rase campagne dans l'orientation de corps de ferme. |
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| En tout état de cause, cette logique deviendra vite incontournable quand son bien-fondé se confirmera dans la suite du cheminement. |

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Dans tous les cas, la recherche d'une solution consiste simplement, à aller
analyser largement et sans idée préconçue, le cours d'un obstacle traversier pour tenter de
retrouver les signes du passage de la voie antique. Et nous l'avons trouvé sans trop de difficulté sur le ruisseau de Trein,
encore que face à nous, une terrasse de culture en angle ( ligne
verte) dominant le ruisseau, ait pu nous faire penser un instant que la
tranchée était d'un aménagement
récent.
Derrière nous
cependant, en rive droite, un buisson marquait le sommet d'une haute
terrasse de culture limitant les terres descendant des Richards. La haie s'interrompait à l'endroit précis
où la voie aurait pu aborder le ruisseau.
Et, sur ce passage raviné, seul de son espèce à cent mètres à la ronde, planté là étique et sans grâce, mais paré de trois piques et d'une unique boule rouge , un brin de fragon apportait son témoignage, perché sur l'accumulation de 2 mètres de sédiment (ci-dessous, à droite *, photo 4). |


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Poursuivant alors vers l'ouest, au-dessus du
ruisseau de Trein, on repère un chemin d'exploitation agricole qui barre la pente :
une nouvelle occasion de conforter notre option. Au bout de 100
mètres une forte chicane présente deux changements de direction successifs - droite, gauche - à 90° : une
figure classique conservée ça et là et depuis des
siècles, dans la petite voirie rurale, comme un témoin de
l'interception d'une voie antique délaissée.
Nous avons tout de suite reconnu qu'il ne pouvait s'agir du passage de notre voie d'Agrippa qui croisait 150 mètres plus loin. Revenant à notre chicane, sur le court tracé médian du chemin rural, un petit talus présentait des touffes de fragon au pied de quelques chênes. En face des pierres de toutes tailles, avaient été repoussées. Et dès le premier coude, en plein milieu du passage une pyramide de quartz dépasse le sol d'une quinzaine de centimètres : une margine, ces pierres plantées sur chant par les constructeurs et destinées à contrebuter pour les millénaires à venir, la poussée de chaussées antiques outrageusement bombées (photo 5). |

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Enracinée
profondément au milieu du passage, elle avait
résisté à un long usage, au pas des animaux, au
roulement des chariots et peut-être à la pioche des
démolisseurs. Usée et polie par les siècles et
par référence à notre sujet, si amplement galvaudé ici et ailleurs, un
nom nous est venu : " la dent de la rancune".
Sur nos photos aériennes on voit à une dizaine de mètres vers l'amont, la trace antique traverser une mouillère que le prospecteur à pied verra se purger en aval, en bordure du chemin moderne. Puis une petite dépression allongée monte vers un hangar ( petite flèche rouge sur les documents aériens ci-dessous) sans doute disparu aujourd'hui sous la poussée des habitations nouvelles : nos recherches ont 20 ans ! Revenant alors au sud par la route moderne et stationnant sur le pont du ruisseau de Trein le temps d'une photo, on remarquera une longue dépression qui monte, de plus en plus accentuée vers notre chicane (photo n° 6). Le tracé prend corps. Régressant alors à l'est du ruisseau, suivant au plus près la route communale qui rejoint " le chemin ferré", la restitution de notre chemin antique ne fait pas problème : un décaissement dans la pente est particulièrement évident dans la parcelle en surimpression rouge au bas du document vertical GOOGLE ci-dessous et illustré ici par les 3 photos qui suivent, n° 7. Et puisque nous sommes revenus au "chemin ferré", on observera que depuis les Richards, les hautes terres qui le bordent sont plantées de nombreux noyers, jeunes et assez vivaces ( cercles verts sur le document Google, n° 8). Un constat de 20 ans d'âge cependant mais qui a bien l'air de se perpétuer contrairement aux fruitiers que nous évoquerons plus loin dans les terres du Grand-Essart et qui ont été emportés par le progrés agricole. |


| La route
communale que nous venons d'évoquer venant du Theil et de la Trémouille, s'articule sur le "chemin
ferré" à l'emplacement d'un petit oratoire de facture moderne.
Il n'est pas douteux que se perpétue ici une
pratique très ancienne dont nous avons donné et donnerons des exemples
(Les Bachauds du Mas-du-Puy etc..) : une tradition d'autels et de
sanctuaires dédiés d'abord au panthéon antique,
née
avec les routes des gaulois et des romains puis
récupérée en son temps par les prosélytes
du christianisme naissant. Ici l'édifice votif
a progressivement glissé d'une cinquantaine de mètres vers le nord en
même temps que s'édifiaient des routes nouvelles et un
nouveau carrefour, n° 9.
Ces carrefours christianisés sont de bons indicateurs dans la recherche des vieux itinéraires. Il est tout à fait plausible que notre chemin ferré et son diverticule vers le Theil, prennent leur origine dans l'antiquité tardive par opposition à la voie d'Agrippa, voulue par le vainqueur et dont au moins le tracé serait d'origine très précoce : fin du millénaire avant J.C. Nous ne nous hasarderons pas à débattre s'il s'agit d'un réseau qui s'étoffe et se renforce ou au contraire d'une évolution vers des voies moins somptuaires aux temps du Bas-Empire . . . |

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Les images se suffisent à elles-mêmes (document n° 10).
Il arriva qu'un jour, l'idée d'une route antique remontant directement vers l'ouest par les terres du Theil, se précisait de plus en plus. Restait à prendre les devants et à aller chercher au loin et à nouveau un obstacle traversier apte à révèler éventuellement le passage d'une voie . Cela arriva enfin quand un vieux chemin, à peine praticable, nous conduisit du dernier virage avant la bifurcation des étangs, vers le ruisseau de Leignat, en suivant à distance le petit ruisseau de Beauregard. De fortes touffes de fragon, des pierres errantes, signalaient l'endroit mais les meilleures vues étaient dans le pré voisin, vers le petit ruisseau. L'image cependant était moins précise que nous l'aurions souhaité : des curages répétés du chemin avaient dû être rejetés sur les talus. Seule l'image rapprochée ci-dessous fut prise au moment des prospections, il y a 20 ans; les deux autres, plus récentes sont postérieures à la tempête de 1999 (document n° 11). Les flèches rouges signalent une souche-témoin pour une meilleure lecture des indices. Et il arriva enfin qu'à deux moments météorologiquement favorables, il me fut possible d'enregistrer deux clichés aériens qui témoignent sans ambiguité du passage et de l'emprise de la voie à l'ouest du Theil : photos 13 et 14, ci-après. Dès lors il fut permis de contrôler que les cépées de noisetiers (ramure en boule) présentes sur la photo panoramique ci-dessous, à droite de la souche précisément, correspondent à l'abouchement sur le chemin agricole moderne, du fossé gauche de la voie, cf .photo 14, points verts. |

| Les autres documents aériens qui suivent illustrent le sujet sans qu'il soit besoin de commentaires. |

| C'est alors qu'une dame d'un âge certain, ayant toujours vécu au Theil, nous affirma qu'aux dires des anciens, il y avait sur ces terres et jusqu'au ruisseau de Beauregard, "la tradition d'une ancienne ville". Et qu'un nommé Emile, de la Trémouille, pourrait sans doute m'en dire davantage. |

| Emile "savait la voie romaine", au-dessus des étangs de Beauregard ( photo 16 ci-dessous, à droite et encadrement de liserés gris sur les suivantes). D'ailleurs un "grand professeur de latin de la Faculté de Limoges" était venu le voir quelques mois auparavant et il lui avait montré sa voie. Il insista pour me la montrer également. |

| Il avait aussi une villa dans un de ses champs, au-dessus des Richards. Et il avait encore une borne romaine qu'un imbécile lui avait cassée, en reculant ! Une autre fois, il avait trouvé ma soupe aux choux excellente. Les choses traînaient en longueur, les villas romaines ne sont pas ma tasse de thé. Mais un jour, à cause des noyers qui poussaient sur la crête au-dessus du chemin ferré, je m'arrêtai à nouveau chez Emile. Tout était fermé : "Adieu l'Emile, je t'aimais bien !" |

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N.B. Les deux barettes rouges dans le bois proche de l'étang signalent deux tranchées parallèles
qui pourraient être des dispositifs de débâtage et
de "rebâtage" équipant une zone de rupture de charge et de
repos : déjà signalé sur l'aire de repos de Chamberet près de Limoges, page
"La Voie Haute de l'Ouest".
Passée la tranchée routière d'Emile,
la voie de Chassenon et Saintes se signale dans les bois des Essarts, par une grande flaque d'eau
sur un chemin forestier et même si le temps est sec, la
fondrière humide pourra difficilement vous échapper.
Lors de mon dernier passage postérieur à 1999, on
remarquait à proximité immédiate, dans les
délaissés des abattis, la souille pleine d'eau d'un tracteur
forestier qui s'était "entaillé" jusqu'au moyeu dans son travail de débardage (repère 17).
En contournant à mi-parcours la tête de source d'un petit ruisseau tributaire de ruisseau de Leignat (vignette 18 ci-dessous), la voie parvient sur le sommet du Queyroix. |

| La supression récente d'une courte limite de parcelle dans la fourche de deux routes (l'ancienne et la nouvelle) a démasqué les pierres anciennement rebutées de l'antique voie : il y avait là comme un reste de chaussée (photo et repère 19). |

| Plus loin, à l'ouest, derrière
chez Jean MONTIBUS, ancien tonnelier qui était apparenté
dans mon village, photo et repère 20,
on remarquera une large "circulation" de type gaulois ( dont nous
retrouverons bientôt une version plus nette sur le site de La
Chatrusse, Commune de Veyrac près St-Gence) avec quelques autres
indices adventices. Enfin, à quelques 250 mètres de là, en position élevée une trace illisible pourrait cependant appartenir à un sanctuaire de sommet : photo et repère 21. |

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Raymond COURAUD était arrivé au Queyroi en ligne directe, venant du pont sur le
ruisseau de Trein. Il avait tout de suite traversé le minuscule
ruisseau de la Trémouille et à partir de là, l'eau
ne lui a plus causé aucun souci jusqu'au sommet où nous
venons de le rejoindre. Bien sûr il n'avait rencontré en cours
de route aucun indice qui aurait pu conforter la grande
ancienneté de son parcours : il n'empêche, en rase campagne, tactiquement et
topographiquement ce n'était pas mal pour un non-romain !
Raymond Couraud fait état d'une "grosse-borne" connue depuis très longtemps et qui se trouverait près de la route de Beauregard, sur le chemin des Loges au Queyroix. Nous ne l'avons pas trouvée mais, non loin de là, dans les bois de la Croix-du-Loup nous sommes tombé sur un bel abreuvoir en pierres taillées (ou quelque chose d'équivalent) que nous n'avons pas retrouvé après la tornade de 1999. Couraud nous rappelle également la présence d'une borne "à peu près semblable en bordure nord du bois à l'est du Queyroix" et c'est probablement d'elle dont m'avait parlé un jour Jean MONTIBUS ( le S ne se prononce pas, comme en français !). Il n'avait pas pu m'accompagner sur les lieux pourtant proches : il marchait difficilement et il se faisait tard et puis, il dégivrait son frigo ! Sur cette lisière, je n'avais vu rien d'exceptionnel : dans la prairie, sur un point bas, cela semblait avoir été un bassin en pierre sèche et au milieu, sur quelques pierres équarries, poussait un gros pied de fragon. Le trop-plein passait sous un pont de pelouse et se déversait plus loin, dans le ruisseau de Leignat. Et voilà que quelques
années plus tard j'observerai sur plusieurs centaines de
mètres près de St Gence, un cheminement
étroit, totalement déconnecté des chemins et
des limites parcellaire d'aujourd'hui, passant sur un pont rustique toujours en place et exactement semblable
à celui-ci. Il conduisait au fanum (sanctuaire gallo-romain) de Senon dont nous parlerons dans une prochaine page.
Je compris alors que les ponts de pelouse, encore en place au milieu de quelques prés, avaient toute chance d'être d'origine très lointaine et probablement protohistorique. |

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En fois de quoi et si mon raisonnement
avait quelque chance d'être valable, je devais pouvoir trouver
au Queyroix et sur le premier obstacle traversier, les signes du passage de la
très vieille voie qui empruntait le vieux pont de pelouse. Et le site prendrait alors une toute autre dimension !
Le
délaissé récent de la Départementale 10
(d'Aixe à Cognac la Forêt), marque effectivement ce passage sur une dizaine de mètres de large, par une
rangée de fragon qui essaie de se faire remarquer depuis
des siècles (cliché 23 et repère plus haut, sur notre photo oblique synoptique du site du Queyroix.).
Une maisonnette abandonnée en bois marque l'endroit; sur notre cliché le toit est reconnaissable sous la friche. Et peut-être bien qu'à défaut de signaler une borne romaine, mon bouquet de fragon perché sur un tas de pierres équarries marquait les restes d'une "pile" gauloise plus ancienne encore, sur laquelle Jean Montibus jouait, étant enfant. |

| Malheureusement, je ne devais pas revoir Jean MONTIBUS à qui j'avais promis "une photo de sa maison avec les bâtiments". |

| N B : Au premier plan, sous les bottes de foin, à peine perceptible, un petit parcellaire orthogonal, orienté par le chemin du Queyroix aux Loges, a toutes chances d'être d'origine protohistorique (gauloise). Plus loin et déjà vue, la "grande circulation" de même époque, derrière les bâtiments de Jean Montibus. |
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Nous reviendrons au Queyroix dans
quelques pages, pour pousser ensemble jusqu'à Chassenon et peut-être
même si le courage ne nous manque, jusqu'à la rivière Charente.
- " Trouver les voies romaines . . . ? C'est un jeu d'enfant ! " ROGER AGACHE Alors comme de grands enfants nous aborderons dans de prochaines pages, la très longue randonnée pleine de surprises : |
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