ARCHEOLOGIE  AERIENNE  EN  LIMOUSIN




En cours . . .                                                    Carte IGN au 1/25 000ème   Série bleue   N° 2030 Ouest     NANTIAT


                     La  voie  antique  de  Rancon,  de  Villechenoux  au  village  de  Lairaut.






                  A / Villechenoux : la voie principale descend vers le Vincou



    Ci-dessus :
Photos 1 et 1 bis : vues en plongée et en contre-plongée sur la tranchée routière supérieure.
Photos 2 et 3 : même type de vues sur la suite de la tranchée, après la traversée du premier chemin agricole (repère CH 1 sur GOOGLE).
   La tête de source prend naissance au pied de la cépée de noisetiers (point rouge), c'est cela le traquenard : en plein milieu de la tranchée routière, les terrassements auraient-ils crevé un aquifère créant la remontée d'une  arrivée d'eau que l'on connaissait plus bas et que l'on espérait contourner ?

   Photo 3 : remarquez que 2000 ans plus tard, un exploitant agricole évite toujours de passer trop près du point d'eau lorsqu'il amène du foin à ses bêtes.
                       Le ruisseau file vers le chemin CH 2, à droite.
NB : A  une date indéterminée, un arrêt de sédiments à mi-pente, a initié la création d'une terrasse.

   Ci-dessous :
   Il y a une vingtaine d'années, après le second chemin agricole (repère CH 2), toute trace du ruisseau avait disparu, il avait été canalisé en souterrain (Quand ? Comment ? Pourquoi ? Photo n° 4).
   Un léger vallonnement marque encore son ancien lit. Il  réapparaissait à l'air libre 150 mètres plus bas, au milieu de touffes de noisetiers (repère barre blanche) et poursuivait alors son cours vers le Vincou.
    A partir du grand chêne, au milieu du cliché, derrière les vaches, une limite de parcelle, à flanc de pente, apparaît encore matérialisée par des lambeaux de muret  en pierre sèche enfouis sous  des cépées de noisetiers d'autant plus vigoureuses qu'elles  bloquent à leur profit le ruissellement du versant. C'est la voie romaine principale : la bande de roulement a été débarrassée de ses pierres au cours des siècles pour se transformer en chemin de terre mieux adapté aux conditions agricoles de ces époques (photo 5).

N B :
De nos jours une résurgence de l'eau canalisée alimente un étang au milieu de la prairie aux vaches (voir le repère 4 sur la photo de GOOGLE ).




   Du fait d'une déprise agricole temporaire, la grande prairie qui domine le Vincou par-delà le rideau de noisetiers et le muret, nous est apparu  constellé de fourrés de ronces et d'orties qui trahiraient selon nous, une forte empreinte organique. Quinze ans plus tard l'image aérienne de l'IGN / Google nous montre  le même phénomène (zonage rouge, ovoïde).
  On sait qu'en attendant mieux,  nous attribuons ces marques au stationnement des équipages qui durant les siècles d'usage de la voie, auraient attendu des jours voire des semaines sur cette hauteur et dans des campements de fortune,  la décrue pour passer l'eau.

               B /  La  voie  principale  passe  le Vincou  et    remonte  vers  Clavières

   Le passage du Vincou à gué a nécessité l'abaissement des rives et le pavage des abords. L'abandon des itinéraires a très vite amené le colmatage de ces échancrures sans pour autant éviter les remontées d'eau dans les anciennes saignées : des populations de saules y ont trouvé un substrat idéal et se développent  ainsi perpendiculairement au fil de l'eau sur quelques dizaines de mètres (photos 6 et bandeau de page). Au delà, une friche vivace masque souvent des traces où roulent encore des pierres de rebut (photo 6 bis).
   Il arrive parfois que sous l'effet du  besoin, se soit créé un chemin d'exploitation agricole parallèlement à l'ancienne voie abandonnée et ruinée. Sur la photo 7, on distingue à la fois l'interruption de la friche (en bas, à droite) et au-delà de la route, en prolongement, la conservation sur quelques mètres du bombement de la chaussée antique.
  Le chemin d'exploitation va accompagner les vestiges antiques sur quelques 500 mètres, récupérant sur ses rives et sans réel besoin, les centaines de m3 de pierre des anciennes emprises routières devenues terres agricoles (photos 8 et 9).



  La trace antique à peine discernable comme une dépression légère dans la prairie (photo 10) domine le chemin creux chemisé de pierres sèches.
   Quelques mètres plus haut, un abreuvoir a été créé au milieu de l'ancienne chaussée épierrée.Observez que le muret transversal délimite exactement  l'emprise routière antique, laquelle transparaît encore comme une légère ensellure au faîte de la petite dorsale géographique (photo 11). Au delà, c'est enfin le replat du plateau de Clavières
   Au second plan de la photo, le fort thalweg du ravin sec précède la remontée du terrain qui porte la route de La Crèche à Clavières (plan lointain sur la photo 11).



   Et en vous rendant sur cette petite route, vous pourrez obtenir, par-dessus le ravin sec et  juste avant la levée de terre de l'abreuvoir, une vue de profil sur les derniers mètres du terrain, qui portait, il y a 2000 ans, la voie antique de Rancon (photo 12).
   La pente est impressionnante !  Ils étaient vraiment fous ces romains !





                      C/  Trois diverticules

                                                                                                                                     Rappel de l'image synoptique


  Le diverticule de La Crèche

   Il faut croire cependant que l'ingénieur ou l'agent-voyer, responsable du chantier antique,  se soit rendu compte de l'inconfort de la portion d'itinéraire que nous venons de décrire.
   On observe en effet que dès la sortie du gué sur le Vincou, un diverticule part sur la droite encore matérialisé par un lambeau de bois grossièrement rectangulaire puis par une ample dépression dans le parc de la maison proche du carrefour de La Crèche.
   Le haut du parc est limité par un long muret en pierre sèche (photo a et b ci-dessous).
 
   Quant à la dépression du parc, elle s'aligne avec un ancien chemin de terre qui monte au carrefour qui précède l'entrée dans Clavières (repère étoile). Et il n'est pas inintéressant de noter qu'une limite pacellaire conserve cette direction, dans les terres qui précèdent la localité, en-dessous du château-d'eau.


Le diverticule de la pancarte

    Il n'en restait pas moins qu'au bas de la tranchée routière de Villechenoux, le contournement de la tête de source et le passage en marge de la prairie aux vaches avaient quelque chose d'inaccoutumé dans le domaine des voies antiques. Peut-on parler d'un inadmissible défaut d'anticipation en regard des travaux gigantesques engagés et réalisés  quelques dizaines de mètres en amont de ces difficultés découvertes trop tard ?
  Pour mener une investigation courte et efficace, il nous a semblé intéressant selon une vieille habitude de mener une recherche  sur un axe facilement accessible, formant barrage à un éventuel passage antique en restant ici grossièrement parallèle au Vincou.

 La perpendiculaire du juste en somme, par opposition à la diagonale du fou si fréquente en la matière.
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    Un chemin ou mieux encore une route communale ou une petite départementale que l'on peut parcourir en voiture  à vitesse réduite, constituent une bonne démarche de départ.
    Nous avons refait ce jour-là le parcours, descendant du Roule (Le Roulet de l'ancien cadastre) au carrefour de La Crèche.
  Et à mi-chemin, à droite de la route, à demi cachée par la végétation, c'est une pancarte  qui nous a arrêté.
  C'était la réplique en tôle d'une chose déjà vue sur la voie d'Agrippa, rappelez- vous, à une douzaine de km de St Priest-Taurion :  "Défense de déposer des ordures".

  En face un passage en tranchée avait été, de toute évidence, décaissé dans la colline.
     


   Nous avons bien évidemment cherché à retrouver ce "diverticule de la pancarte" au niveau des chemins d'intérêt agricole de Villechenoux.
        Chemin CH 1 : la photo panoramique A prise en plongée , représente la souille de la chaussée antique envahie par les joncs, qui se dégage d'une terrasse de culture qui la masque dans sa  partie haute.
        Chemin CH 2 : la longue jonchée est prise en contre-plongée (photo B 1). De l'autre côté du chemin, le passage épisodique des bovins  dégrade un tas d'épierrement (B 2).
    Nous retrouvons de grosses pierres errantes sur une autre terrasse de culture qui barre la descente à mi-pente.
   A noter que la photo verticale de l'IGN et de Google est très explicite pour ce qui concerne  la "jonchère"  puis, par delà le gué, par une trace sombre qui se calque sur la lisière entre le bois et la grande prairie de rive. De toute évidence ce petit itinéraire de complément rejoint le précédent vers le site de la pancarte.

    Un diverticule tardif

   Un dernier contrôle  nous a permis de repérer un dernier (?) diverticule. Sensiblement plus loin, sur le chemin agricole CH 2, une dépression humide envahie par des saules enchevètrés descend vers le Vincou (repère F). Le gué sur cette rivière (repère E) illustre particulièrement bien le phénomème de remontée des eaux que nous avons déjà remarqué près de La Crèche.


 Une étude attentive des documents de l'IGN et de Google (édition 2011) montre l'origine de ce dernier cheminement dans les labours sur le plateau de Puy-Pichot à Villechenoux en dérivation de l'itinéraire principal. Mais il n'est pas douteux , que l'on puisse en trouver des traces au sol entre les chemins CH 1 et CH 2.
  Nous verrions volontiers dans cette nouvelle trace un itinéraire tardif destiné à faire oublier et à remplacer  définitivement les errements du passé par un cheminement direct, quasi-linéaire et offrant un dénivelé acceptable.