ARCHEOLOGIE  AERIENNE  EN  LIMOUSIN

 


                                                                         Cartes  IGN au 1/25 000ème   Série bleue   N°  2031  Est  LIMOGES                                                                
                                                                                                                                           N°  1931  Est   St JUNIEN


                  La  Voie  d'Agrippa (suite)


                       De Chamberet au Masbourdier

Nous reprenons le cours de la Voie d'Agrippa sur les hautes terres de la propriété de Chamberet (limite ouest de la commune de Limoges) où nous l'avions laissée pour courir d'autres chemins antiques. Car nous continuons à observer un véritable réseau d'échange, une anastomose, entre les deux grandes voies qui structuraient l'espace à  l'ouest de Limoges aux temps antiques.







   Deux cents mètres après le ruisseau et les lits de pierres arrondies, la chaussée antique a été dégagée lors de l'aménagement des Bois Départementaux, il y a une trentaine d'années. Elle vient vers nous en légère montée : deux voies piétonnières sont bien distinctes sur ses bords. Sur le terrain en dévers,  un seul fossé récupérateur d'eau, à l'amont du monument, suffit à le mettre à l'abri du ravinement.
  Sauf à invoquer des déprédations au cours des siècles dont  on ne trouve cependant pas de traces ici, la chaussée apparaît fortement éversée vers l'aval ce qui implique qu'elle devait être d'un usage peu commode (ci-dessous photo 3).
              Disons tout net notre sentiment que, sur ces vieilles voies,  le trafic antique devait essentiellement s'effectuer à bât et très peu par charroi.




   Derrière nous, la voie disparaît dans les fourrés pour reparaître 100 mètres plus loin bientôt coupée en biais par un chemin d'exploitation tracé après la tempête de 1999 : il aurait suffit de peu de choses pour qu'une étude stratigraphique nous en apprenne davantage sur la construction de ces chaussées monumentales.
   Les chemins piétonniers latéraux ne sont plus visibles, seul le fossé amont subsiste mais il est ici encombré par le bois mort et masqué par les jeunes pousses de genêts (photo  4).
   Derrière nous le relief de la  chaussée disparaît, détruit et arasé. Sa ruine est longée à  gauche par un nouveau chemin d'exploitation qui pourrait occuper l'antique bande piétonnière (site de la photo 5) .
  Digression sur la métrique des voies

   Cinquante mètres plus loin, sur un terrain déblayé par les forestiers, on retrouve notre voie avec son relief classique des chemins antiques bien conservés, parcourant en écharpe  les traversées de dévers : chaussée massive, fossé unique à l'amont et accotements piétonniers peu ou pas différenciés (cliché 6). Parmi tous les vestiges de voies généralement arasés, le cas de forêt des Vaseix est ainsi unique et aurait mérité que l'on s'y intéressât davantage. 
  Mais voici qu'une pancarte parmi celles présentes sur le site (photo ci-dessus et photo dans un cadre rouge ci-dessous ) nous apprend que ce profond fossé d'amont mesuré à 3 mètres de large, contiendrait toute la voie antique : la chaussée massive de 11 mètres  n'a été ni vue ni reconnue comme telle, elle n'a pas été prise en compte et la leçon du terrain s'est effacée  devant le ressac de l'érudition  : photo n°6, ci-dessous.
   Et quant à la chaussée mesurée sur des sites  reconnus en amont (plus de 11 mètres au niveau du cliché 3), ou en aval, ( plus loin : 12 mètres sur notre photo aérienne n° 12,), l'érudition ravageuse   réduit nos mesures à  . . . 6 mètres !  
    Est-il sûr que nous ayions mesuré la même chose ?





                                  Petite apologie du genêt à balai

   Nous l'avons déjà remarqué ailleurs mais ici, dans les Bois des Vaseix, grâce à leurs couches de galets souvent bien conservées sous une mince pellicule de terre et pour peu qu'un incident volontaire ou fortuit les aient mises à nouveau  à découvert, les chaussées antiques montrent la forte propension du genêt  à les coloniser en tant que végétation pionnière , grâce à sa photo-sensibilité  exacerbée et  à sa forte affinité silicicole.  Ainsi le terme "Les genêts" entre dans le champ de la toponymie   avec  bien sûr, toute la prudence dont on doit faire preuve vis à vis d'une espèce aussi prolifique.

 
  Même après un tel constat il nous était apparu souhaitable de chercher à dégager un ou deux éléments de confirmation. Alors parmi les jeunes pousses de genêts et de ronces et les fougères fanées, nous  avons encore parcouru 100 mètres sur le dos de la chaussée antique, jusqu'à la lisière des sapins. Et là, dans la pénombre retrouvée, le genêt a disparu et la pente traversière s'étant fortement amoindrie, notre chaussée intacte s'est retrouvée à nouveau bordée de deux voies piétonnières tout à fait praticables : celle d'amont, beaucoup moins profonde maintenant, cumulant toujours sa fonction avec une récupération d'eau (photo 7 A).
    Maintenant, notre site n° 6 étant au loin, en terrain découvert, au-delà des arbres, il suffit  de se retourner pour lire la suite de l'itinéraire.
  Les photos B et C visant le bas de la pente et la photo D en contreplongée, décrivent la tranchée routière antique décaissée dans le versant tandis qu'un diagramme tente de résumer  les 200 derniers mètres de la descente jusqu'au ruisseau des Vaseix. Et dans  la lumière revenue,  les genêts ont reparu.




                             Un atelier de concassage . . . et une aire de services ?

   Passé le ruisseau des Vaseix encombré  de  blocs de moyenne grosseur et par-delà un petit muret croulant  qui barre la route, il y avait autrefois au pied de la pente parmi les ronces, un gros tas de cailloux , reliquat sans doute d'un épierrement méticuleux de la parcelle de terre.
   En effet, dans la montée parcourue il y a 20 ans , la voie était déjà effacée et nivelée sous des siècles de culture.
   Mais récemment, nous avons eu la surprise de la voir reparaître de façon très fugace sous le soleil rasant d'un matin d'automne : le relâchement agricole avait permis aux joncs de réinvestir l'emplacement des anciens fossés (photo 9 ci-dessous).

  Puis c'est un ancien chemin agricole encore praticable, bordé à l'ouest par un haut talus, qui barre à nouveau la route antique. Ici, une forte tranchée entaillait la rupture de pente et permettait d'accéder au plateau : dans la montée sous les grands pins, le sol nu était encombré de pierres et de blocs de toutes grosseurs. Rien que de très normal sur le parcours d'une ancienne voie romaine. Rien n'est plus visble.
 Car il faut se résigner à parler au passé pour 40 à 50 ans encore. La tempête de 1999 a couché tous ces arbres et une fois les chablis éliminés, le terrain a totalement disparu en quelques années sous la friche dense des genêts. Sous ces "baliveaux" de deux mètres et plus le Centre-Nature tout proche  a tracé "Le Chemin des Hérissons", étroit boyau plein de mystères et de terreur, pour les écoliers des petites classes en visite.
  Cependant nous remémorant les pierres et les blocs vus dans les années 1990, nous avons récemment prospecté les marges de la parcelle que nous avions à l'époque négligées. Et ce sont presque uniquement de gros blocs que nous avons alors repéré : des blocs abandonnés depuis des siècles , tantôt à demi  enfouis ou remis au jour par les engins forestiers, tantôt simplement rebutés et laissés  en déshérence en raison leur volume  (photos 10 et repère 10 sur la photo synoptique Google).

   Et soudainement tout s'est éclairé !



                             
                       La Ferme de l'Echo . . . ou la toponymie à l'aune de la modernité.

  L'Echo pourrait être la francisation romantique (pourquoi pas ?) de "Les Caux" qui serait une autre francisation gratuite mais acceptable  de l'occitan "Las Caux", (terme probablement ressenti longtemps comme obscur car le sens s'en était perdu) et souvent transcrit en un seul mot "Lascaux" ou parfois en nord-occitan  "Lachaud".  
   L'Echo . . . ou Les Caux ?   Bien sûr, ces mots  n'éveillant plus aucune image depuis le Haut-Moyen-Age au moins, la tradition populaire et les géomètres de l'ancien cadastre ne pouvaient pas avoir d'états d'âme à l'égard d'une prétendue "orthodoxie orthographique" .
    Mais heureusement, depuis plus d'un siècle maintenant les linguistes européens nous aident chaque jour davantage à nous retrouver dans ce dédale.

    Dans ce XXème siècle finissant,  les archéologues locaux  - guidés par notre première photo aérienne   que l'on va retrouver ci-dessous - avaient bien remarqué, à côté de la ferme de l'Echo, une abondance de cailloux et de blocs à droite  de la tranchée routière évoquée plus haut après la prairie de la ferme. . Mais faute d'une curiosité qui  aurait pu les inciter à étendre leurs investigations de quelques dizaines de mètres alentour et à s'ouvrir peut-être à des idées novatrices, ils en étaient restés à une courte anecdote et dans ces cailloux et ces petits blocs, ils  avaient vu  des "déchets de taille" (?). Voir ci-dessus les photos des gros blocs signalés plus haut.
.
    Dans tous ces Lascaux et ces Lachaud venus du bas-latin calmis  et hérité à dire d'expert, d'une vieille racine pré-indo-européenne ("la hauteur dénudée"), je vois personnellement paraître en plus, éclairé par plusieurs observations  similaires, le vieux radical de même origine  cal = "la pierre".
   Nous ne voyons pas trace d'une ferme dite de l'Echo au vieux cadastre de 1823. C'est donc un éventuel nom du lieu-dit (= terroir) l'Echo ou les Caux, qui nous remonterait à une tradition de 2000 ans d'âge. Une tradition qui évoquerait à nouveau parmi d'autres sites comparables et pareillement nommés, un trait d'histoire antique où le projet grandiose de centurions, agents-voyers et chefs-cantonniers avant la lettre, était servi par le labeur  méconnu de  carriers   qui concassaient ici   sur ce plateau, les matériaux destinés à l'approvisionnement  des grandes voies en construction dans l'environnement immédiat (zone rouge et points rouges près de la Ferme de l'Echo, repère 10).
    Jacques BARRIERE érudit verneuillais bien connu,  après des recherches sur "l'état des fonds" nous confirme que 3 parcelles du nom de "Lacaux" et deux parcelles "de l'Ecot" existaient en 1823, autour de la ferme actuelle et situées  sur un plus large terroir nommé "La Lande de Félix" .
   Et sur ma vieille carte IGN, la terre jouxtant la nouvelle Départementale 20, touchant à l'aire de concassage présumée et où je découvrirai des nodules métalliques (voir ci-dessous), porte également le nom générique de "l'Echo".

   On a donc un jour du XIXème siècle, fait glisser le toponyme  des terres toutes proches aux bâtiments nouveaux, comme souvent en pareil cas. Merci, Jacques !

  Mais voici que ce nom porteur d'une information historique majeure et  transmis sans rupture par une  tradition vieille de 20 siècles,  l'Echo, a été rayé récemment de la carte et du même coup, du paysage archéologique. Devenue propriété du Département, notre ferme est devenue le "Centre Nature  la Loutre".
  La loutre,  gentille petite bête d'aujourd'hui ou réputée telle,
mais qui dévastait autrefois  les étangs !

   Certes et depuis le Moyen-Age, de fabliaux en "romans de renards" puis en fables édifiantes,  la gent "sauvagine" de nos contrées et d'ailleurs, forme un vieux fonds  où la littérature a largement et diversement puisé.
  Quant à la
tradition paysanne, elle s'en est surtout pris au renard, prédateur des poulaillers et à la famille des mustelidés. Et cette petite faune des prés des haies et des terriers, grands prédateurs de ruisseaux, de clapiers et de juchoirs, a été chargée de tous les péchés du monde : la loutre avide de poissons était le symbole de la fainéantise (allez savoir pourquoi !) et ses acolytes ne valaient guère mieux : la fouine et le furet c'est la curiosité sur pattes et l'instinct sanguinaire, le putois et la moufette plus rares se contentent de sentir . . .  Et, hors catégorie, ne parlons pas de la buse - "l'auseu poulard" - qui décimait les couvées.
On le voit, en fait de nom de baptème, cela aurait pu être pire !

 
   Car ce qui était nouveau à cette époque, c'est bien la réhabilitation générale et inconditionnelle de cette faune toujours prédatrice qu'il est devenu souhaitable  à la fois de contenir  et de préserver.  
    Moyennant quoi nous connaissons toujours "l'Impasse des Belettes", le "Chemin des Renards" (ancienne voie de Bordeaux), le "Chemin des Ecureuils" et "Chemin des Garennes" (les lapins ?), "l'Allée des Biches" (border line !). . . Curieusement nous n'avons pas trouvé d'Allée des Sangliers . Auraient-ils démérité ?
    C'était il y aura bientôt 40 ans et dans le cas évoqué, on avait pris soin,  au milieu du bestiaire, de baptiser   "Route des Chasseurs" un vieux chemin vicinal; on ne sait jamais !.
   En ces temps-là les chinois fêtaient l'année du Dragon, nous en étions apparemment  à l'année du Blaireau !

   Mais, me fait-on remarquer, il y avait autrefois au nord, juste à côté des Vaseix, une ferme maintenant disparue mais  que nombre d'entre nous ont parfaitement connue sous le nom de  "La Loutre"  et ainsi répertoriée littéralement sur les vieilles cartes d'Etat-Major! Et on aurait voulu relever le nom .
      Mon patois me pousse à douter de  l'hypothèse savante des linguistes qui font état d'une dérive à partir du latin  ultra devenant en ancien occitan  oltra puis l'outrai  : sousentendu "de  l'autre côté".
   Mais l'idée était à vérifier !  La ferme en effet était située entre deux maigres ruisseaux.

  La tradition pourrait être beaucoup plus récente et tout . . . bêtement (!) . . . dialectale car au vieux cadastre de 1823,  je lis non pas "La Loutre" mais "De l'Autre". Et voilà bien autre chose précisément !
   "De L'Autre" pourrait être une transcription en français de l'appellation  " Dé l'Autreis " avec élision de l'article  à partir de "De Lous Autreis". . .
  "Dé l'autreis"= "des autres", sous-entendu "La Ferme des Autres"
.
Il pourrait bien y avoir là-dessous une forte nuance péjorative car,  quand on en vient à désigner ses voisins de cette façon, c'est bien qu'on les considère comme des "pas grand-chose" !  
   
    La toponymie qui nous intéresse est un rappel des choses, des lieux ,des faits marquants - rares sont les états d'âme - qui se sont enracinés dans la mémoire de gens simples puis qui se sont transmis à travers les siècles d'autant plus fidèlement qu'ils en perdaient souvent à chaque étape, dans l'évolution de la langue et la dilution de la mémoire, le souvenir et le sens de leur  origine.
  Cette longue transmission a perdu beaucoup d'éléments au cours de sa longue histoire et nous ne sommes pas toujours à même de juger de la valeur des rescapés qui arrivent jusqu'à nous. La science des linguistes, la perspective historique, l'intelligence du sol, la lecture de paysage . . . nous aident souvent à mieux nous repérer.
   La toponymie, ce baptème du terrain, est également un fait contemporain. Et tous les noms qui recouvrent une réalité humaine, fût-elle limitée au moment présent, auront peut-être encore une valeur pour les historiens de demain. Mais on ne voit pas en quoi le remplacement de noms traditionnels - parfois à forte valeur historique -  par des noms d'emprunt fantasmés, peut être en rien un progrès.
                                                                                       
   Alors, applaudissons à l'avènement de l'écologie mais que l'on prenne soin de notre héritage commun et que l'on se garde de nous faire  "verdir idiots" !


             Une possible zone artisanale  

   Au cours de cette enquête nous avons toujours eu présente à l'esprit, une observation faite lors de l'inventaire des photographies de la mission aérienne verticale IGN de 1959/1960 ("mission Couraud" actuellement en dépôt à la BFM de Limoges) : deux enclos quadrangulaires de tradition gauloise occupaient l'espace entre notre site de concassage et l'angle droit de l'ancienne route du Mas-des-Landes au Breuil (délaissé de la D 20). Il nous avait semblé intéressant d'inspecter  le glacis du fossé amont lors de l'aménagement du  tronçon de la nouvelle route (autre zone rouge, au sud du repère 10) et tout particulièrement au droit d'une longue traînée verte dans la parcelle qui figure en haut de notre photo aérienne 12 (pointe de flèche rouge).
  Sous le niveau de la pelouse (50 à 80 cm), derrière les terres récemment décaissées pour élargir la route, nous  avons  récolté une dizaine de nodules ferreux fortement oxydés de diverses grosseurs : deux d'entre eux du volume d'une noix étaient encore  attirés par l'aimant.
La route antique passe 20 à 30 mètres au nord.


                                             De l'Echo aux Bachauds


    On  observera à nouveau ci-dessous la photo n° 11 correspondant au même repère dans les bois du Bas-Félix (autre pointe de flèche rouge sur le cliché aérien principal) et cent mètres plus loin on verra également en photo aérienne, un détail (12 bis) de la voie 12 et une vue rapprochée sur des délaissés de culture, probables blocs antiques en attente.
    On observera ici entre chaussée et bas-côtés, les lignes claires qui fossilisent l'alignement des margines, les grosses pierres plantées sur chant et qui bloquaient le massif de la chaussée.    
   En 1986,
moyennant les traces au mieux, nous avions mesuré au sol une chaussée de 12 mètres de large et des bas-côté de 7 et 8 mètres.
  Sur la photo 12, tenant compte de la perspective, un bon  exercice consisterait à tenter de restituer les dimensions de la voie antique dans la parcelle verte, à l'aune de la largeur de l' honnête chemin communal mesuré au sol, à hauteur de la ferme de mon ami Chabrol.
  Notez qu'au bas du cliché 12, à droite non loin de la ferme précisément, on discerne la trace d'un fossé.
  Et plus loin, dans les bois, sous le repère 13, nous avons découvert sur quelques m2 un dallage à plusieurs couches de plaquettes de schiste, d'aspect très semblable au cliché n° 11 et probablement mis au jour par des chasseurs explorant une tanière de renards : un possible diverticule vers le Mas-du-Puy ? (repère 13)







      
   En 1986, le passage de la voie antique dans la combe aménagée d'un petit ruisseau descendant des prés humides du Mas-du-Puy, était particulièrement lisible (photo aérienne n° 15 ci-dessous). Sur ce cliché des points rouges signalent le rebord d'une strate rocheuse  terminée par un important affleurement dominant la route communale qui présente à cet endroit un très fort raidillon.
  Les restes de la voie romaine et un ponceau réhabilité, servent toujours d'appui à la "queue" d'un petit étang . Actuellement, l'ancienne chaussée et le pourtour de l'étang sont maintenus en bon état par un quadrige de petits ânes (photo 14); il n'en a pas toujours été ainsi. Ainsi la belle montée vers le Masbourdier (photo 15) était revenue à la friche il ya une dizaine d'années. La photo n° 16, prise depuis le Masbourdier montre la fin de la montée vers ce village . Et c'est à quelques mètres de ce point  précisément (hors cliché) que se perpétue à grand peine un noyer rabougri qui épuise ici  les derniers nutriments calcaires de quelque mur antique (point vert).

   Sur le carrefour du Masbourdier nous soulignons pour mémoire (cf le même phénomène observé à la Croix-du-Thay sur la voie antique précoce de Verthamont) la contribution des ronces à la localisation précise des passages arasés de voies antiques (photo n°17).



                       Du Masbourdier au Pont des Piles sur la rivière Vienne





                                 Panneaux et photos nos  18, 19, 20, 21





   Depuis le carrefour du Masbourdier, la voie antique est constamment perceptible. Un site d'habitat ou de service, pour emprunter des clichés du temps présent, se signale par des placages d'humus qui retiennent l'humidité. Les structures, probablement bâties en matériaux périssables, occupent un espace qui est rattaché à la voie du Mas du Puy par un chemin modeste. Tout près, sensiblement parallèle et plus faiblement marqué, un sentier dessert à peu de distance, un petit autel carré probablement dédié aux dieux de la route, des voyages, du commerce . . .
    La voie antique réapparaît à flanc de fossé du chemin d'exploitation n° 21 A sous forme de cailloux affleurants, surmontés de quelques tiges de genêts. Même remarque au bas de la pente, en arrivant à la Croix des Chanceaux. Sépultures possibles.
   Après le carrefour précisément, la voie antique s'élève à mi-pente sans atteindre jamais le sommet. Cette configuration qui permet d'avoir des vues par-dessus la crête en évitant de se mettre trop en évidence, a été nommée "crête militaire". C'est un point de tactique intéressant quand on est assuré de ne pas avoir d'ennemi dans le dos.




   A noter dans le paysage, plus loin dans le pré,à droite de la route ,  la présence d'une "gabie", cabane en pierre sèche édifiée autrefois par les vignerons traditionnels avec les rebuts d'épierrement de leurs parcelles, voisines de la voie.
   Nombre d'entre elles  ont sans doute disparu dans les siècles passés, la bonne volonté des propriétaires ayant des limites.
    Bientôt il ne restera que le nom.




            Panneau n° 22

Outre ses traces périphériques et des indices intérieurs difficilement interprétables, la présence d'un grand  enclos rectangulaire sur le sommet de "La Grande Etouille" est encore attestée par le tracé de la voie qui  le contourne. D'autres traces existent un peu plus loin, sur le rebord du plateau au-dessus de la propriété de Las Bataudas.





  Photo 23

   Près de là, nous avons trouvé quelques rognons   de silex au bord de la voie, dans des rebuts de pierraille, au milieu de broussailles riches en touffes de fragon. On peut raisonnablement les mettre en relation avec la découverte d'une sole de calcaire damé, (point blanc, flèche blanche) plus bas, à l'entrée de la parcelle de Grandvaud lors des terrassements préliminaires à la construction d'une maison d'habitation..
  Auparavant et au même endroit, au moment des prises de vues aériennes , une entrée charretière agricole existait  (point rouge).
  On connaît ces phénomènes, on les reverra encore.




         Panneau et photos nos  23 et 24

   Des noyers rabougris existaient encore au moment des clichés, à proximité et sur la lisière courbe de la parcelle contiguë à la ferme de Grandvaud : en terre limousine la présence, même très ancienne, de gravats calcaire favorise l'établissement du noyer. Cette même parcelle montre un modeste diverticule routier qui quitte la voie principale et dessert le site occupé actuellement par la ferme  (autre point rouge). La pérennité d'un habitat peut ainsi valablement être envisagée en cet endroit précis.  
   Non loin, la présence d'une petite structure partiellement ou totalement ovoïde, a été remarquée à plusieurs reprises.

 
    En 1990
j'avais développé certain jour sur le terrain, à la demande de l'autorité archéologique du moment, quelques indications tirées de mes premières observations aériennes sur  cette descente vers la Vienne .
    En cette occasion, au flanc du fossé de la route qui passe devant la ferme de Grandvaud, il fut observé une strate de cailloux affleurants (3 points rouges au plan cadastral ci-dessous et flèche blanche sur la photo 23).
   Ce qui valu à mon court aperçu  de traces antiques, lors de la publication qui suivit, de s'effacer  devant un parcours  monstrueusement difforme et heurté dont l'auteur s'est finalement sorti en embouquant des chemins traversiers et des sentiers à brouette. Mais, de par la prévalence de la chose écrite, c'est ce parcours qui constitue désormais et pour une durée indéterminée,  la version "officielle" du chemin antique pour atteindre la Vienne. Simple exemple !
   Quelques mois plus tard en vue aérienne, une trace courbe à fossés parallèles  apparaissait en négatif  (traces claires entre pointes blanches). Elle pourrait  effectivement avoir une réelle valeur historique et être de surcroît d'origine antique. Nous n'en voulons pour preuve que la pousse plus haute et plus drue des arbustes qui couronnent le haut du fossé de la route de Chez-Caillaux (flèche blanche) où elle aboutit. Notre trace justifie  la présence des cailloux affleurants qui avaient été  observés  ici quelques mois plus tôt.
    Ainsi fut également démontré que la notion de diverticule routier est un terme de pure littérature historique antique qui  n'a aucune réalité  dans la courte expérience de certains  de nos archéologues.

    Ainsi nombre de voies romaines en goguette gagneraient déjà en vraisemblance à être redressées !





                   Panneau n° 24 ci-dessus, 24 bis (suite) et 25.
 
  Des noyers  remarquables par leur port tourmenté et leur fort développement en hauteur, prêchent pour la présence probable d'une structure d'habitat antique à  Chez-Caillaud : l'agrément du site et la proximité d'une grande voie romaine rendent plausible la présence de mortier calcaire antique dans le sol.
  A noter aussi que la noix se dit précisément tantôt "calao" en dialecte local, tantôt "caillaud" plus au nord.

  Du site de Chez-Caillaud émane un ancien chemin, à peine discernable sur le cliché réduit ci-dessus, qui rejoint l'angle du bois en contre-bas. L'apport constant d'eau draînée par cette ancienne  assise comblée entretient sur les 5 arbres de la lisière une teinte vert tendre qui tranche sur le reste du massif (flèches vertes). Ce chemin longe ainsi la lisière du bois et fait partie intégrante de la voie de liaison vers Balandie et la Boine dont le tracé est tout à fait explicite sur le plan cadastral et les photos.

   Notez  que la voie d'Agrippa qui aborde la traversée de ce petit bois,  se trahit sur la lisière  par une légère dépression dans la linéarité de la pente et par la présence d'une touffe de noisetiers (coudrier) qui profite ici de la fraîcheur amenée par les anciens fossés comblés ( panneau 24, flèches rouges).
  Et observez encore le raccord entre la voie d'Agrippa et le diverticule de liaison vers Balandie qui se lit  par une saignée courbe que les houppes des chênes dessinent dans la traversée du bois (autre flèche rouge ci-dessus n° 24) et qui s'abouche de l'autre côté de la route sur une haie de chênes et de noisetiers, chaussée de fragon (point rouge n° 24).

 Les lisières de bois, les limites de parcelles, jamais atteintes par les façons agricoles, fossilisent à qui sait les lire et les intégrer dans le contexte, des renseignements incontournables sur le tracé des vieilles voies.






   
        Photo 26

   De la vieille voie il ne reste plus qu'un fond plat; son passage est matérialisé par une population de noisetiers le long de la route des carrières de Pagnac. Au-delà de la voie, le terrain est surhaussé. Sur certaines photos il apparaît parfois cloisonné par des lignes à recoupement orthogonal : nous sommes à quelques dizaines de mètres du pont antique, il pourrait s'agir d'une aire d'attente en cas de crues importantes. Deux à trois touffes de ronces conforteraient l'hypothèse.

   Passé le ruisseau du Breuil et la voie ferrée, sur le haut de la côte, le château de La Collerie.